C’est une parole pleine d’humanité [humanus sermo] et digne de tout accueil, que le Christ Jésus est venu en ce monde sauver les pécheurs. Écoutez attentivement ce que dit l’Évangile : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui avait péri. » Si l’homme n’eût pas été perdu, le Fils de l’homme ne serait pas venu. L’homme était donc perdu, mais un Dieu vint à lui et l’homme fut ramené. L’homme s’était égaré par sa volonté libre, un Dieu fait homme vint le sauver par sa grâce libératrice.
Voulez-vous savoir quel est le pouvoir du libre arbitre pour le mal ? Rappelez-vous le péché de l’homme. Cherchez-vous à connaître la puissance d’un Dieu-Homme pour nous secourir ? Considérez en lui la grâce qui nous délivre. Nulle part, ce que peut l’usage de la volonté humaine possédée par l’orgueil et séparée du secours de Dieu, n’a pu être montré comme dans le premier homme ; non, nulle part la malice de cette volonté n’a pu être manifestée davantage ni avoir plus d’évidence. Le premier homme s’est perdu, et ou serait-il maintenant, si le second Adam n’était venu ? Parce que l’un était homme, l’autre s’est fait homme ; elle est donc pleine d’humanité cette parole [et ideo humanus sermo].
Nulle part non plus la bénignité de la grâce et la libéralité de la toute-puissance de Dieu n’ont paru avec autant d’éclat qu’en cet Homme, établi pour médiateur entre Dieu et les hommes, en cet Homme qui est le Christ Jésus. Que disons-nous, mes frères ? Je parle à des fidèles nourris dans la foi catholique, ou à des âmes gagnées à la paix de l’Église catholique. Nous le savons et nous le croyons fermement : le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, est homme ; et il est, en tant qu’homme, de la même nature que nous. Car notre chair et sa chair ne sont point différentes de nature ; notre âme n’est pas d’une nature, et son âme d’une autre nature. La nature dont il s’est revêtu, c’est celle qu’il avait résolu de sauver.
Saint Augustin, De verbis apostoli, sermon 8, leçon des matines (2e nocturne).
