5e sermon de saint Pierre Chrysologue sur le fils prodigue.
Un homme avait deux fils. Depuis que le Christ a assumé le fardeau de notre chair, et a revêtu les dépouilles de l’humanité, Dieu s’appelle en toute vérité homme. Dieu prend vraiment le nom de père des deux fils, parce que la déité mélangée à l’humanité, la piété associée à la déité ont mêlé l’homme et Dieu, ce que le Seigneur unit dans le Père. Cet homme, donc, ce père eut deux fils, qui n’obtinrent pas l’existence par leur mérite, mais par le commandement de Dieu. Car le Christ a été vu par nous comme un homme sans cesser d’être Dieu dans les arcanes de sa majesté. Il eut deux fils, c’est-à-dire deux peuples, le peuple des juifs et celui des Gentils. Le peuple juif, Il le rendit plus âgé par la modération de la loi. La stupidité du paganisme garda le peuple des gentils plus jeune. Car comme la sagesse donne de la mesure, la sottise enlève tout ce qui est viril. Ce n’est pas l’âge qui l’emporte chez le jeune, mais les mœurs. Ce ne sont pas les années qui ont fait le vieux mais les pensées.
Et le plus jeune dit à son père : donne-moi ma part d’héritage. Il ne demanda pas cela de vive voix à celui qui connaît les pensées, mais par le désir. Car la volonté propre de Dieu nous apporte le bien et le mal. Donc, celui-ci, maître de toutes les destinées comme son Père, a obtenu sa part par sa propre volonté, en disant : donne –moi ma part d’héritage. Et quelle est cette part ? Que peut-elle bien être ? La vertu, la parole, la science, la raison, le jugement, toutes ces choses qui appartiennent sur cette terre à l’homme de préférence aux animaux, c’est-à-dire, selon l’Apôtre, la loi naturelle. Il répartit donc ses biens, donnant au plus jeune ces cinq biens de la nature que nous avons énumérés. Au plus âgé, il a donné cinq livres divinement inspirés, d’après une répartition inégale selon le mérite, mais égale par le chiffre. La part du plus jeune corromprait l’ordre humain ; la part du plus âgée subsisterait, ayant été instituée par Dieu. L’une et l’autre loi conduiraient les fils à la connaissance du Père, promouvraient la révérence envers son auteur.
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