Plus fiable

Question d’un journaliste au député européen slovaque Erik Kalinak :

Si les Russes prenaient Oujgorod ou Kiev, qu’est-ce que cela signifierait pour vous ?

Réponse :

Cela signifierait que la Slovaquie a un partenaire plus fiable.

Version longue : « Nous avons dû les sauver (les Ukrainiens) à plusieurs reprises après qu’ils ont créé une sorte de conflit économique avec la Russie, et combien de fois ils n’ont pas voulu nous aider, donc de ce point de vue, les Russes sont des partenaires plus fiables pour nous dans le domaine économique. »

Erik Kalinak est membre du parti SMER de Robert Fico.

Pschitt…

Dans le baratin du communiqué final du conseil européen extraordinaire d’urgence réuni hier en raison de l’imminente et terrifiante menace russe, il n’y a… rien.

Aucune décision. La seule mention d’un chiffre se trouve ici :

Le Conseil européen prend note de l’intention de la Commission de présenter une proposition relative à un nouvel instrument de l’UE visant à accorder aux États membres des prêts soutenus par le budget de l’Union à hauteur de 150 milliards d’euros, et invite le Conseil à examiner cette proposition de toute urgence.

Le Conseil prend note d’une proposition de la Commission… et s’invite lui-même à l’examiner…

Autrement dit, comme d’habitude, mais bien plus que d’habitude, tous les discours avant et après le Conseil sont du bidon, du vent. A commencer par la rodomontade d’Ursule sur les « 800 milliards » et sa recette pour les trouver…

Ce Conseil n’a même pas pu renouveler son soutien à l’Ukraine, en raison de l’opposition de Viktor Orban à tout nouvel engagement de dépenses militaires… Le communiqué renvoie seulement à un texte en annexe, signé par 26 Etats.

Vendredi après les Cendres

Les trois premiers jours du carême, la liturgie insiste sur les trois exercices de ce temps : le jeûne, la prière et l’aumône. Et sur le piège de la vanité qui se glisse dans les œuvres de vertu. Voici le début du sermon 19 de saint Jean Chrysostome sur l’évangile de saint Matthieu.

Jésus-Christ attaque ici la passion de toutes la plus violente, cet amour furieux de la vaine gloire, qui tourmente ceux qui sont délivrés des autres vices. Il n’en a rien dit d’abord, parce que cela était superflu avant que de nous avoir montré nos devoirs et la manière de nous en bien acquitter. Mais après nous avoir inspiré l’amour de la plus haute vertu, il a soin de combattre cette passion qui l’attaque d’ordinaire et qui en est l’ennemie la plus mortelle. Car cette maladie ne naît pas tout d’abord et comme au hasard dans nos âmes, mais seulement après que nous avons fait beaucoup d’œuvres saintes. C’est donc avec grande raison que Jésus-Christ établit premièrement et plante en quelque sorte dans le cœur les racines de la vertu la plus pure et qu’il entreprend ensuite de la défendre de cette vapeur contagieuse, qui en corrompt les fruits les plus excellents.

Il commence par l’aumône, par la prière et par le jeûne, parce que c’est dans ces exercices de vertu que la vanité d’ordinaire se plaît davantage. C’était de cela que le pharisien s’enorgueillissait : « Je jeûne, dit-il, deux fois la semaine et je donne la dîme de tout ce que je possède. » Il tirait même vanité de sa prière, puisqu’il ne la faisait que par ostentation. Comme il n’y avait là personne excepté le publicain, il indiquait celui-ci et disait : « Je ne suis pas comme le reste des hommes, ni comme ce publicain. »

Mais considérez comment Jésus-Christ, en commençant à parler de cette passion, en parle comme d’un serpent subtil et dangereux, capable de surprendre ceux qui ne s’appliquent pas avec grand soin à veiller sur eux-mêmes.

« Prenez garde, dit-il, de ne pas faire votre aumône devant les hommes pour en être regardés. » C’est ainsi que saint Paul parle au peuple de Philippes : « Prenez garde aux chiens. » Cette bête cruelle entre dans l’âme sans se faire sentir et elle infecte toutes les vertus qu’elle y trouve, par un poison secret et imperceptible.

Nous avons vu par ce qui précède comment il a parlé au long de l’aumône et qu’il y a exhorté les hommes par l’exemple de Dieu même, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants. Après leur avoir persuadé d’aimer à donner et de le faire avec une grande effusion de cœur, il veut prévenir tout ce qui pourrait corrompre cette vertu, lorsqu’elle fleurit dans le cœur, comme un olivier beau et fertile. « Prenez bien garde, dit-il, que vous ne fassiez votre aumône devant les hommes. » Il dit « votre aumône », parce que l’autre, dont il est parlé auparavant, est comme l’aumône de Dieu. Mais après avoir dit : « Ne faites point votre aumône devant les hommes », il ajoute aussitôt : « pour en être regardés ». Il semble que cela était enfermé dans ce qu’il venait de dire. Mais celui qui examinera ces paroles verra bien que ce second avis est différent du premier et que Jésus-Christ y témoigne une grande tendresse envers nous et un admirable soin de tout ce qui nous regarde. Car un homme peut faire l’aumône devant les hommes sans avoir dessein d’en être vu, et au contraire une personne qui la fera en secret peut souhaiter quelquefois d’être vue des hommes. C’est pourquoi le Seigneur ne considère pas simplement l’action, mais il discerne la volonté ; et c’est elle qu’il punit ou qu’il récompense. Si Jésus-Christ n’eût point marqué si exactement cette circonstance, ce commandement eût pu servir de prétexte à plusieurs, pour se refroidir dans leurs aumônes, parce qu’on ne peut pas toujours les faire dans le secret. C’est pourquoi il ne vous impose point cette nécessité et il vous assure que ce n’est point l’action extérieure, mais l’intention secrète qu’il jugera digne de punition ou de récompense. Vous auriez dit peut-être en vous-même : Pourquoi suis-je coupable de ce qu’un autre me voit quand je fais l’aumône ? Mais je vous réponds encore : Il ne vous demande point le secret de l’action, mais la droiture de la volonté et la pureté de l’intention. Car Dieu veut guérir votre âme par votre aumône et la délivrer de ses maladies.

Saint Laurent faisant l’aumône, Fra Angelico, chapelle Nicoline des Palais pontificaux.

Douguine

Alexandre Douguine vient de publier ce tweet :

Nous devons restaurer la transcendance dans l’être. C’est l’âge d’or. Il s’agit du Royaume de Dieu.

Puis juste après il a publié cette photo :

Puis il a publié cette longue interview, par la journaliste ukrainienne réfugiée en Russie Diana Pantchenko. Facile à suivre si l’on comprend un peu l’anglais. Elle commence ainsi :

Pourquoi haïssez-vous les Ukrainiens ?

D’abord, pour être honnête, j’ai des raisons légitimes pour cela. Les Ukrainiens sont devenus un Etat terroriste, qui ont tué ma fille. Mais dans le même temps je dois dire que je ne les hais pas. Parce que pour nous, haïr les Ukrainiens signifie nous haïr nous-mêmes, haïr une partie de notre peuple, de notre histoire, de notre culture… Notre relation avec l’Ukraine n’est pas symétrique. Il n’y a pas deux nations qui se combattent, c’est un plus grand tout et une partie de ce tout. Quand une partie s’élève contre le tout, si une main se rebelle contre le reste du corps, et refuse d’écouter l’autre main, ou le cerveau, ou de considérer les autres organes, c’est toujours votre main, vous ne pouvez pas dire : mauvaise main je vais te couper parce que tu n’écoutes pas le cerveau, vous pouvez en être tenté mais vous vous mutileriez vous-même, et vous ne seriez plus vous-même. Nous les Russes ne sommes pas vraiment sur un pied d’égalité avec les Ukrainiens. Les Ukrainiens nous haïssent mais nous ne les haïssons pas, parce qu’ils sont une partie de nous et que nous sommes une partie d’eux, d’une certaine façon. Nous sommes un seul organisme, entremêlé. Comment pouvons-nous dire ce qui appartient à qui ? Et malgré cette terrible guerre entre nous, ce conflit, la folie qui a saisi une partie de notre peuple, une personne russe, même la plus patriote, ne peut pas se sentir bien à propos de la défaite des Ukrainiens. Ce n’est pas conquérir un autre territoire, c’est conquérir une partie de nous qui s’est égarée. (…)

Kiev est notre capitale, le berceau de l’Etat russe. Nous sommes tous kiéviens, de la Rus’, russes. (…) A un moment nous avons transféré la principauté plus à l’est, à Vladimir, puis à Moscou. Mais nous faisons partie de cet Etat kiévien. Et les gens qui vivent sur la rive droite du Dniepr sont les mêmes Russes que nous, ce sont ceux qui sont restés là-bas.

« Adam était assis »

Le dernier dimanche avant le Carême dans la liturgie byzantine (c’était dimanche dernier) a divers noms. Les grecs l’appellent dimanche de la tyrophagie ou dimanche des laitages, parce que c’est le dernier jour où il est permis de manger du fromage et autres aliments à base de lait. Les Russes l’appellent dimanche du pardon, en raison du rite du pardon qui se déroule à la fin des vêpres, ou surtout « dimanche de l’expulsion d’Adam et Ève du Paradis ». Aux vêpres on chante le stichère de la déploration d’Adam chassé du paradis. Le voici par les moniales du monastère Sainte-Elisabeth de Minsk, qui l’ont mis en ligne hier, avec la partition qui comporte l’indication « chant du monastère de Valaam ».

Adam était assis en face du Paradis et se lamentait éploré sur son dépouillement – Hélas, je suis séduit et trompé par le mensonge du mal, je suis éloigné de la gloire – Hélas, j’étais nu dans la simplicité, maintenant je suis dénué de tout – Ô Paradis, jamais plus je ne jouirai de tes délices – jamais plus je ne verrai le Seigneur mon Dieu et mon Créateur – je retournerai à la terre d’où j’ai été pris – Compatissant, Miséricordieux, je T’appelle – Aie pitié de moi, qui suis tombé.