Stubb dans le texte

Dans une interview au Washington Post, le président finlandais Alexander Stubb déclare :

« Je crois que l’ADN de la Russie est toujours l’expansion et l’impérialisme. Et je pense que ce qui conduit Poutine est Russkiy Mir – la grande Russie – qui signifie fondamentalement une seule Russie, une seule langue, une seule religion et un seul dirigeant. »

Manifestement le pauvre Stubb confond la Russie avec le troisième Reich dont la Finlande était un des plus solides alliés. « Ein Volk, ein Reich, ein Führer », ce n’est pas du russe… Avant Hitler c’était « Ein Reich, ein Volk, ein Gott », mais ce n’était toujours pas du russe.

Ou plutôt, sans doute, le pauvre Stubb se sert-il du plus piteux argument qui soit, la reductio ad Hitlerum : Poutine c’est Hitler, il a un slogan similaire.

Il ne sait donc pas que dans la Fédération de Russie il y a sept républiques à majorité ou forte population musulmane et une république bouddhiste, il ne sait pas qu’il y a 47 groupes ethniques officiellement reconnus en plus des Russes, 37 langues d’Etats et 17 langues à statut officiel.

Il ne sait pas non plus que Russkiy Mir veut dire « le monde russe », et non la grande Russie. Car précisément l’expression « le monde russe » exprime cette diversité, qui est très présente dans la vie culturelle russe.

Et oui, il y a un seul président russe, comme il y a un seul président finlandais…

Un procès de la liberté de religion

Le Salon beige répercute un article de Religactu, un site que je ne connaissais pas, sur le procès en cours de la « Famille missionnaire de Notre-Dame », que je ne connais que de nom.

Religactu pointe une « évolution préoccupante du droit pénal appliqué au fait religieux ». Car ici on ne parle ni d’abus sexuels, ni de violences physiques, ni de détournements de fonds. On parle du ressenti d’anciens membres de la communauté. Le ressenti d’un mode de vie exigeant, d’une discipline stricte, d’une séparation radicale avec le monde extérieur…

Bref de ce qui jusqu’ici était le mode de vie normal des monastères.

Religactu commente :

Toute communauté religieuse structurée propose des normes, des interdits, des pratiques contraignantes et une hiérarchie spirituelle. Si ces éléments deviennent, en eux-mêmes, des preuves d’emprise, alors la liberté religieuse n’est plus qu’une liberté conditionnelle, accordée seulement aux croyances jugées « raisonnables » ou « modérées » par les autorités civiles. (…)

En filigrane, c’est une transformation profonde du rapport entre l’État et les religions qui se dessine. La liberté de religion n’est plus conçue comme le droit de croire, de pratiquer et de s’organiser selon ses convictions, mais comme une liberté sous surveillance, subordonnée à une norme implicite de « bonne religion », compatible avec les valeurs dominantes, le confort psychologique et les attentes sociales contemporaines.

Cela me fait penser à l’affaire des bénédictines de Montmartre. Là il y a eu de vrais abus psychologiques, manifestement, et des maltraitances physiques. Mais il n’y a pas eu de procès pénal. Dans un article qui faisait la liste de ce qu’on reprochait à l’ancienne prieure générale, je lisais qu’elle ouvrait le courrier des moniales. Et cela se trouve en effet dans le rapport de la Ciasep, dont les membres sont censés avoir des « compétences canoniques et théologiques ». Ces gens-là ne savent donc rien de la vie monastique. Une fois qu’il a prononcé ses vœux le moine ne dispose plus de lui-même, il doit se désapproprier de lui-même, ce qui passe notamment par une obéissance absolue au père abbé, lequel a notamment le devoir d’ouvrir le courrier (même si en temps normal il ne le lit pas). Que la commission sur les abus spirituels accuse la prieure d’ouvrir le courrier montre que même des « spécialistes » sont atteints par cette dérive que dénonce Religactu.

Et de vrais spécialistes, ou plutôt simplement des gens de bon sens, n’auraient pas gardé dans leur dossier cette plainte d’une religieuse : « J’ai souffert d’être séparée de ma famille »…

Continuité bergoglienne

Le pape a nommé lundi 19 nouveaux consultants au dicastère pour le Dialogue interreligieux. LifeSiteNews a noté que parmi eux se trouvent ces quatre femmes :

Emilce Cuda, qui est déjà secrétaire de la Commission pontificale pour l’Amérique latine. En 2020 elle disait dans une interview qu’elle ne faisait pas de commentaire sur l’avortement parce qu’elle est « spécialisée en morale sociale et non en bioéthique ». Lors de l’annulation par la Cour suprême américaine de l’arrêt Roe contre Wade elle déclarait que de nombreux catholiques « confondent la défense de la vie avec la défense de positions idéologiques » et soulignait que la dignité humaine ne devait pas être réduite aux seules questions de l’avortement et de l’euthanasie. Elle est proche de la « théologie du peuple ».

Mónica Santamarina, figure de proue de l’Union mondiale des organisations féminines catholiques (WUCWO). Dans une interview au quotidien de la Conférence épiscopale italienne, Avvenire, elle saluait le pape François comme un « champion » de l’inclusion pour avoir nommé des femmes à des postes de haut niveau au Vatican, tout en affirmant que   le cléricalisme persiste encore beaucoup, surtout au niveau local ».

Ana María Bidegain, présidente d’une confédération de mouvements laïcs appelée Pax Romana. Dans une interview en juin elle déclarait : « Notre grand défi est de savoir comment aider à articuler et à construire l’Église synodale. » Elle disait aussi que que « sans le travail des laïcs, la théologie de la libération n’aurait jamais vu le jour ».

Sofía Nicolasa Chipana Quispe, de Bolivie, est associée à la théologie indigène, féministe et décoloniale et est membre de la Communauté des femmes théologiennes indigènes d’Abya Yala, qui est le nom indigène de la région de l’Amérique latine et des Caraïbes. Elle a été présentée par le Conseil œcuménique des Églises (dont l’Eglise catholique ne fait pas partie) comme « une voix majeure d’une théologie indigène qui valorise la dignité et le caractère sacré de la vie sur terre et le respect de toutes les formes de vie ». Elle parle de la spiritualité andine comme étant « inconditionnellement liée à Pachamama, la Terre Mère ».

Sainte Agnès

C’est aujourd’hui la naissance céleste d’une Vierge, imitons sa pureté. C’est le jour de naissance d’une Martyre, immolons des victimes. C’est le jour de naissance de sainte Agnès ; que les hommes admirent, que les enfants ne désespèrent point, que les femmes mariées soient émerveillées, que les vierges l’imitent.

Mais que pouvons-nous dire, qui soit digne de celle dont le nom même contient déjà quelque louange ? Sa donation à Dieu est au-dessus de son âge, son courage au-dessus de sa nature, de sorte qu’elle ne me paraît pas avoir eu un nom de créature humaine, mais un nom prophétique de Martyre qui présageait ce qu’elle serait. Le nom de Vierge est un titre de pureté. En l’appelant Martyre, je l’ai assez louée. Elle s’étend largement, la louange qu’on n’a pas cherchée, mais qu’on retient. Personne n’est plus digne d’éloge que celui qui peut être loué par tous. Autant d’hommes qui prononcent son nom, autant de hérauts qui louent la Martyre.

Elle avait treize ans, quand elle souffrit le martyre, nous dit la tradition. Quelle cruauté plus détestable qui n’épargna point un âge si tendre ; mais surtout, quelle grande puissance de foi qui trouva un témoignage même dans cet âge ! Y avait-il, dans ce petit corps, place pour les blessures ? Et celle qui n’avait pas de quoi recevoir le fer, eut de quoi vaincre le fer. Intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, calme et immobile devant le fracas des lourdes chaînes, elle offre maintenant son corps tout entier au glaive du soldat furieux, ne sachant pas encore ce qu’est la mort, mais déjà prête, si on la traîne par force aux autels des idoles, à tendre vers le Christ ses mains, au milieu des flammes et à se signer, même sur le brasier sacrilège, du trophée du Seigneur victorieux. Elle passe le cou et les deux mains dans les anneaux de fer ; mais aucun anneau ne peut enserrer des membres aussi menus. Nouveau genre de martyre ! N’étant pas encore apte au supplice, elle est déjà mûre pour la victoire. Combattre lui est difficile, être couronnée, facile. Sa leçon de courage est parfaite, en dépit de ce que faisait prévoir son âge.

Une épouse n’irait pas aux noces avec autant de hâte que cette Vierge au lieu du supplice, toute joyeuse d’approcher hâtant le pas. Tous de pleurer, tandis qu’elle-même reste sans larmes. La plupart d’admirer avec quelle facilité elle est prodigue d’une vie qu’elle n’a pas encore goûtée et qu’elle donne comme si elle l’eût déjà épuisée. Tous sont surpris de voir déjà témoigner en faveur de la divinité, celle qui, par son âge, ne pouvait encore disposer d’elle-même. De quelles menaces le bourreau n’usa-t-il pas pour l’intimider, de quelles flatteries pour la persuader ; et combien d’hommes ne souhaitèrent-ils pas la recevoir comme épouse ! Mais elle de répondre : « C’est une injure pour l’Époux d’attendre celle qui lui plaît. Celui-là me possédera, qui le premier m’a choisie : que tardes-tu, bourreau ? Périsse ce corps que peuvent aimer des yeux dont je ne veux pas. »

Elle se présenta, pria et courba la tête. Vous eussiez vu alors le bourreau saisi de frayeur, comme s’il eût été lui-même conduit au supplice, sa main trembler et ses lèvres pâlir de crainte pour le péril d’un autre, alors que la jeune fille ne se souciait point du sien.

Vous avez donc ici, dans une seule victime, un double martyre, celui de la pureté et de la religion. Elle demeura vierge et elle obtint le martyre.

Saint Ambroise, sermon prononcé le 21 janvier 375 ou 376, repris dans son livre De Virginibus, leçons des matines avant 1960.

Mosaïque de l’abside de la basilique romaine Sainte-Agnès hors les murs. La sainte vêtue en impératrice foulant le feu est en compagnie des papes Symmaque (498-514) qui construisit la première basilique, et Honorius Ier (625-638), qui la fit reconstruire et fit réaliser cette mosaïque.

Urticaire athée

La Cour européenne des droits de l’homme va examiner la requête de de l’Union athée de Grèce qui demande la suppression des icônes dans les tribunaux du pays.

Selon les plaignants, la présence d’icônes porte atteinte au principe d’impartialité du tribunal, viole leur droit à un procès équitable, ainsi que leur liberté de pensée, de conscience et de religion. Ils insistent sur le fait que les institutions publiques doivent être totalement exemptes de symboles religieux.

Les tribunaux grecs ont rejeté ces arguments, indiquant que les icônes faisaient partie de la tradition historique et culturelle du pays et ne constituaient pas une forme de pression ou de coercition religieuse. Ils soulignaient que leur présence ne portait pas atteinte aux droits fondamentaux des parties au procès. Les athées se sont donc tournés vers la CEDH, qui vient d’accepter d’examiner la plainte.

Théoriquement elle n’a aucune chance d’aboutir, car la jurisprudence de la CEDH est que les Etats disposent d’une large marge d’appréciation en matière de présence de symboles religieux dans la sphère publique, s’ils sont liés à l’histoire et à l’identité nationales. On se souvient qu’elle avait ainsi rejeté la demande des athées italiens de retirer les crucifix des salles de classe.

Mais l’évolution de la mentalité européenne sous l’influence du wokisme impose d’être attentif…