Document russe de Noël

Cette vidéo présente deux hymnes principaux de la fête de Noël, dans lesquels l’Église confesse le mystère de l’Incarnation et célèbre la venue du Sauveur dans le monde : 1. Tropaire de Noël « Ta naissance, Christ notre Dieu… » ; 2. Kondak de Noël « La Vierge enfante aujourd’hui le Sursubstantiel… ». Interprétation : chœur spirituel d’I. I. Turoverov. 📀 Enregistrement d’archive de 1913 (Kharkov). 🎼 Musique : Dmitri Stepanovitch Bortniansky, grand compositeur de l’Église russe. Le chant est accompagné d’un reportage cinématographique unique du début du XXe siècle : ⛪ les églises orthodoxes de Rostov (1913), ⛪ de Kostroma (1911), ⛪ Moscou (1908) — témoignages vivants de la vie ecclésiastique pré-révolutionnaire de la Sainte Russie. Ces chants résonnaient dans les églises de l’Empire russe à la veille des grands bouleversements, comme une prière du peuple, comme le calme avant la tempête, comme un rappel que le Christ vient au monde non pas pour la gloire terrestre, mais pour le salut de l’homme. Que cette vidéo soit une contemplation priante de Noël, nous reliant à la tradition vivante de l’Église et à la foi de nos ancêtres. Le Christ est né — glorifiez-le !

De la férie

La liturgie byzantine célèbre la Théophanie du 6 au 14 janvier. Avec notamment ce kondakion (de Romanos le Mélode) :

Ἐπεφάνης σήμερον τῇ οἰκουμένῃ, καὶ τὸ φῶς σου Κύριε, ἐσημειώθη ἐφ ̓ ἡμᾶς, ἐν ἐπιγνώσει ὑμνοῦντας σε. Ἦλθες ἐφάνης τὸ Φῶς τὸ ἀπρόσιτον.

On en trouve diverses traductions. Voici celle des orthodoxes roumains en France, qui me paraît rendre le texte mieux que les autres :

En ce jour tu es apparu à l’univers Seigneur, et ta lumière nous a marqués de son empreinte, nous qui Te chantons en pleine connaissance : Tu es venu, Tu es apparu, Lumière inaccessible.

Le tropaire commence par le verbe qui en français a donné Epiphanie. On peut le traduire par apparaître, mais pour le distinguer du même verbe utilisé ensuite dépourvu de son préfixe on peut dire : En ce jour tu t’es manifesté. Toutefois aucune traduction ne peut rendre le fait que le verbe phaino, épiphaino, contient l’idée de lumière (phos), et renvoie donc au mot « lumière » qui est le mot essentiel et se trouve deux fois dans ce texte très bref (donc quatre fois avec les verbes) : l’Epiphanie, la Théophanie, est la manifestation de la Lumière divine.

Le tropaire cite le psaume 4 qui dit :

ἐσημειώθη ἐφ ἡμᾶς τὸ φῶς τοῦ προσώπου σου, κύριε.

En latin :

Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine.

La difficulté est de traduire ἐσημειώθη, signatum est. La traduction des Roumains est la seule qui donne au verbe son sens plein, et insiste : « Ta lumière nous a marqués de son empreinte. » Même si le verbe est utilisé pour parler de n’importe quel signe, il y a ici clairement l’idée de sceau, et le verset de psaume illustre en effet l’Epiphanie : « Tu as mis la lumière de ton visage sur nous comme un sceau. » Lemaistre de Sacy traduisait : « La lumière de votre visage est gravée sur nous, Seigneur. »

Chanté par Simon Karas (1903-1999) et le chœur de l’« Association pour la promotion de la musique nationale ».

La coalition en peau de chagrin

On n’a peut-être jamais vu une telle différence entre les harangues et la réalité.

Une réunion de la « Coalition des volontaires » a encore eu lieu à Paris. Grandiose : il s’agissait de signer la « Déclaration de Paris » inscrivant dans le marbre les garanties de sécurité de l’Ukraine après la guerre.

La « Coalition des volontaires », c’est 35 pays.

A la tribune, qui vibrait des discours enflammés de soutien à l’Ukraine, il y avait non seulement les chefs de la coalition, mais aussi deux envoyés de Washington, Kushner et Witkoff, assurant eux aussi que les Etats-Unis étaient à fond derrière l’Ukraine.

Et la fameuse « Déclaration » a été signée par… deux dirigeants (en dehors de Zelensky) : Macron et Starmer.

Tous les autres ont refusé, pour ne pas s’engager à envoyer des soldats en Ukraine…

Alors même que ce qui était présenté comme une Déclaration engageant les signataires n’était en fait qu’une « déclaration d’intention »…

Le projet évoquait une intention d’« engagement » des Etats-Unis sur le dispositif de garantie, et la poursuite de l’assistance militaire américaine à long terme, tout cela a disparu du texte final, qui n’a pas été signé par les Américains théoriquement venus pour ça…

En Russie c’est Noël

Vladimir Poutine a participé à la célébration de la veillée de Noël dans une église Saint-Georges de la banlieue de Moscou. Il a publié le communiqué suivant :

« Cette merveilleuse fête illumine le monde de la lumière de la bonté et de l’amour, donnant à des millions de personnes l’espoir et la joie de communier avec les traditions spirituelles de nos ancêtres, transmises de génération en génération.

Je tiens à souligner avec une profonde gratitude la contribution immense et véritablement unique de l’Église orthodoxe russe et des autres confessions chrétiennes au renforcement de l’unité sociale, à la préservation de notre riche patrimoine historique et culturel et à la promotion de l’éducation patriotique et morale des jeunes.

Les organisations religieuses consacrent une attention sans faille aux œuvres de miséricorde et de charité, prennent soin des personnes dans le besoin, soutiennent les participants et les vétérans de l’opération militaire spéciale et font beaucoup pour promouvoir un dialogue interconfessionnel et interethnique harmonieux dans notre pays. Ce travail important et indispensable mérite la plus sincère reconnaissance.

Je souhaite aux chrétiens orthodoxes et à tous ceux qui célèbrent Noël une bonne santé, du succès et tout le meilleur. »

*

Maria Zakharova était quant à elle à l’église de Tarakanovo, dans le kraï de Perm. Une église entièrement reconstruite par des bénévoles à partir d’une ruine, selon une photo de 1920. L’intérieur n’est pas encore terminé.

Joyeux Noël ! 🎄

Nous nous sommes retrouvés dans l’église de l’Archange Michel dans le village de Tarakanovo, que j’appelle Blokovsky. Il a été restauré à partir de ses ruines. Merci à tous les donateurs qui aident pour le mobilier, la décoration, la construction – tout est mis à profit, merci beaucoup.

De la férie

L’octave de l’Epiphanie a été supprimée en 1955, mais les féries qui suivent conservent partiellement la liturgie de l’Epiphanie. L’hymne des vêpres et des matines est donc toujours celle qui évoque les trois mystères : les Mages, le Baptême, les Noces de Cana.

Crudélis Heródes, Deum
Regem veníre quid times ?
Non éripit mortália,
Qui regna dat cæléstia.

Hérode, roi cruel, pourquoi crains-tu
L’arrivée d’un Dieu qui vient régner ?
Il ne ravit pas les sceptres mortels,
Lui qui donne les royaumes célestes.

Ibant Magi, quam víderant,
Stellam sequéntes prǽviam :
Lumen requírunt lúmine :
Deum faténtur múnere.

Les Mages s’avançaient, suivant l’étoile
Qu’ils avaient vue et qui marchait, devant eux :
La lumière les conduit à la Lumière ;
Leurs présents proclament un Dieu.

Lavácra puri gúrgitis
Cæléstis Agnus áttigit :
Peccáta, quæ non détulit,
Nos abluéndo sústulit.

Le céleste Agneau a touché l’onde
Du lavoir de pureté ;
Dans un bain mystique, il lave en nous
Des péchés qu’il n’a point commis.

Novum genus poténtiæ :
Aquæ rubéscunt hýdriæ,
Vinúmque jussa fúndere,
Mutávit unda oríginem.

Nouveau prodige de puissance !
L’eau rougit dans les urnes de pierre.
Jésus ordonne de verser ;
L’eau coule et c’est du vin.

Jesu tibi sit glória,
Qui apparuísti Géntibus,
Cum Patre, et almo Spíritu,
In sempitérna sǽcula. Amen.

O Jésus, à vous soit la gloire,
Vous qui vous fîtes voir aux Gentils,
Avec le Père et le Saint Esprit,
Dans les siècles sempiternels.
Ainsi soit-il.