Il est dit que le royaume des cieux est semblable à un père de famille qui embauche des ouvriers pour cultiver sa vigne. Or, qui peut être plus justement représenté par le père de famille que notre Créateur, qui gouverne ceux qu’il a créés, et qui possède ses élus dans ce monde, comme un maître a ses serviteurs dans sa maison ? Il possède une vigne, à savoir l’Église universelle qui a poussé autant de sarments qu’elle a produit de saints, depuis le juste Abel jusqu’au dernier élu qui doit naître à la fin du monde.
Ce divin père de famille loue donc des ouvriers pour cultiver sa vigne, dès la pointe du jour, à la troisième heure, à la sixième, à la neuvième et à la onzième, parce qu’il ne cesse point, depuis le commencement de ce monde jusqu’à la fin, de réunir des prédicateurs pour enseigner les fidèles.
Le matin du monde peut s’entendre du temps qui s’est écoulé depuis Adam jusqu’à Noé ; la troisième heure, de Noé à Abraham ; la sixième d’Abraham à Moïse ; la neuvième de Moïse à la venue du Sauveur, et la onzième, depuis la venue du Sauveur jusqu’à la fin du monde. Les Apôtres ont été envoyés pour prêcher en cette dernière heure, et quoique venant si tard, ils ont reçu pleine récompense.
Le Seigneur ne cesse donc en aucun temps d’envoyer des ouvriers pour cultiver sa vigne, c’est-à-dire pour instruire son peuple. Par les Patriarches d’abord, ensuite par les Docteurs de la Loi et les Prophètes et enfin par les Apôtres, cultivant les mœurs de son peuple, il a travaillé, comme par le moyen d’ouvriers, à la culture de sa vigne ; mais cela n’empêche pas que tous ceux qui, avec une foi droite, se sont appliqués et ont exhorté à faire le bien, ne puissent être considérés aussi, chacun dans sa mesure et à un certain degré, comme les ouvriers de cette vigne. Ceux de la première heure ainsi que ceux de la troisième, de la sixième et de la neuvième, désignent l’ancien peuple hébreu qui, depuis le commencement du monde, s’efforçant, en la personne de ses saints, de servir Dieu avec une foi droite, n’a pour ainsi dire pas cessé de travailler à la culture de la vigne. Mais à la onzième heure, les Gentils sont appelés, c’est à eux que s’adressent ces paroles : Pourquoi êtes-vous ici tout le jour sans rien faire ?
Saint Grégoire le Grand, homélie 19 sur les évangiles, leçons des matines dans le bréviaire monastique et avant 1960 dans le bréviaire romain.
Un peu après saint Grégoire ajoute :
Nous pouvons aussi distribuer ces diverses heures du jour entre les âges de la vie de chaque homme. Le petit jour, c’est l’enfance de notre intelligence. La troisième heure peut s’entendre de l’adolescence, car le soleil y prend alors déjà, pour ainsi dire, de la hauteur, en ce que les ardeurs de la jeunesse commencent à s’y échauffer. La sixième heure, c’est l’âge de la maturité : le soleil y établit comme son point d’équilibre, puisque l’homme est alors dans la plénitude de sa force. La neuvième heure désigne la vieillesse, où le soleil descend en quelque sorte du haut du ciel, parce que les ardeurs de l’âge mûr s’y refroidissent. Enfin, la onzième heure est cet âge qu’on nomme vieillesse décrépite ou extrême vieillesse. De là vient que les Grecs n’appellent plus gerontas ceux qui sont très âgés, mais presbyterous, afin de souligner que ces personnes qu’ils dénomment « plus avancées en âge » ont dépassé le stade de la vieillesse. Puisque les uns sont conduits à une vie honnête dès l’enfance, d’autres durant l’adolescence, d’autres à l’âge mûr, d’autres dans la vieillesse, d’autres enfin dans l’âge décrépit, c’est comme s’ils étaient appelés à la vigne aux différentes heures.
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• L’introit.
• Le graduel.
• Le trait.
• L’offertoire.
• La communion.