L’UE marginalisée

Les dirigeants des pays de l’UE, complètement affolés par la perspective de la rencontre entre Trump et Poutine, ont multiplié ces deux derniers jours les déclarations les plus absurdes, et les réunions « informelles » pour essayer de voir comment ils pouvaient avoir l’air d’exister encore. Cela a culminé avec la déclaration des « 26 », et non de l’UE, parce que la Hongrie a une fois de plus sauvé ce qui reste de l’honneur européen. Déclaration grotesque, qui insiste sur le respect des « frontières internationales », alors que même le secrétaire général de l’OTAN a fini par admettre que la paix passait par la reconnaissance de facto des conquêtes russes.

Plus grotesque encore s’il était possible, la Kallas qui répète que « tout accord entre les Etats-Unis et la Russie doit inclure l’UE et l’Ukraine », et que « c’est par l’unité transatlantique, le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie que nous (sic) terminerons cette guerre et préviendrons à l’avenir une agression russe en Europe ».

Les plus acharnés dans leur stupidité sont le chancelier Merz : « Nous ne pouvons permettre que des questions territoriales entre la Russie et l’Amérique soient discutées ou résolues en passant outre les Européens et les Ukrainiens », et le Polonais Tusk : « La Russie doit comprendre que l’Occident n’acceptera pas des conditions russes qui impliqueraient que l’Ukraine abandonne ses territoires. »

Voici ce qu’a publié hier Viktor Orban avant la réunion de l’UE :

« À seulement quatre jours du sommet historique entre le président Trump et le président Poutine, le Conseil européen a cherché à publier une déclaration au nom de tous les chefs d’État et de gouvernement de l’UE.

Avant que le chœur libéral-dominant ne commence sa nouvelle interprétation de leur air favori « la marionnette de Poutine », j’ai décidé de partager pourquoi je ne pouvais PAS soutenir la déclaration au nom de la Hongrie.

1. La déclaration tente d’imposer des conditions pour une réunion à laquelle les dirigeants de l’UE n’ont pas été invités.

2. Le fait que l’UE ait été laissée sur la touche est déjà assez triste. La seule chose qui pourrait aggraver la situation serait de commencer à donner des instructions depuis le banc de touche.

3. La seule action sensée pour les dirigeants de l’UE est d’initier un sommet UE-Russie, en s’inspirant de l’exemple de la rencontre États-Unis-Russie. »

Lopettes

Josep Borrell, qui a été le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité entre 2019 et 2024, écrit dans le Guardian à propos de la Palestine :

« Ceux qui n’agissent pas pour mettre fin à ce génocide et à ces violations du droit international, alors qu’ils en ont le pouvoir, s’en rendent complices. C’est malheureusement le cas des dirigeants de l’Union européenne et de ses États membres. Les dirigeants de l’UE et de ses États membres seront probablement appelés à rendre des comptes à l’avenir pour leur complicité dans les crimes contre l’humanité commis par le gouvernement Netanyahou. »

Et il dit à EUobserver à propos de l’accord commercial avec Trump :

« La Commission européenne le présente comme la « moins mauvaise option ». Mais je pense que c’est le résultat d’une stratégie défaillante – davantage une capitulation qu’une négociation. (…) D’un point de vue politique, le résultat est très mauvais. Il donne une impression de faiblesse et de soumission aux exigences de Trump. »

C’est étonnant le nombre de gens qui disent des choses sensées quand ils ne sont plus en poste… Mais qui n’ont rien fait quand ils y étaient…

Et ce ne sont pas que les politiques. Il y a aussi des évêques qui tiennent des propos traditionnels quand ils ne sont plus en fonction…

Nos valeurs

Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson :

« J’ai reçu aujourd’hui des vétérans LGBTQI ukrainiens et des membres de la RFSL [Fédération suédoise pour les droits LGBTQI] à Sagerska. Lorsque ces Ukrainiens risquent leur vie en première ligne et participent à la résistance d’une autre manière, ils contribuent à la défense de l’Ukraine. Mais ils sont aussi l’expression vivante des valeurs de liberté pour lesquelles l’Ukraine se bat. Aujourd’hui, les couples de même sexe ne peuvent pas contracter mariage ni partenariat enregistré en Ukraine. La pleine protection juridique des droits de toutes les minorités, y compris la communauté LGBTQI, est pour nous un élément important du rapprochement de l’Ukraine avec l’UE, et nous la soutenons. Fervent défenseur de l’Ukraine, la Suède veillera attentivement à ce que cette mesure soit mise en œuvre. »

L’eurocrate des corridors

Dans une interview au Financial Times, Apostolos Tzitzikostas, le commissaire européen aux transports, déclare qu’il faudrait plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour transporter des troupes vers les frontières orientales en cas d’attaque russe. En outre, vu le poids et la taille des engins de guerre actuels, ils pourraient rester coincés dans les tunnels et détruire les ponts, et « s’enliser dans la bureaucratie frontalière ».

Tzitzikostas a trouvé un nouveau moyen de faire peur avec l’inexistante menace russe, et de faire jouer cette peur pour tenter d’imposer l’avancée vers « l’Europe de la défense » qui ne vient toujours pas. C’est pourquoi il dénonce la « bureaucratie frontalière » : chaque Etat de l’UE est encore souverain dans ce domaine, malgré les prétentions de la Kallas.

Il faut donc supprimer ce reste de souveraineté qui empêche de faire rapidement la guerre aux Russes. Et il faut évidemment… dépenser des milliards pour rendre les infrastructures opérationnelles. Et là le commissaire aux transports est dans son domaine de compétence. Et on ne va pas lésiner : il lui faut 17 milliards d’euros pour modernisation de 500 sites clés le long de quatre corridors militaires traversant le continent. Lesquels corridors seront aussi un bon moyen de saper les souverainetés nationales…