Routine européenne

Les ministres de Affaires étrangères de l’UE ont adopté hier le 15e paquet de sanctions contre la Russie (et contre ceux qui ont des relations avec la Russie).

Kaja Kallas a déclaré :

« Notre message est clair : vous ne pouvez pas alimenter une guerre en Europe et vous en tirer comme ça. »

Prends ça, Poutine…

La semaine dernière, dix Etats membres ont déjà réclamé un 16e paquet. Jusqu’à la faillite complète des économies européennes.

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Mais il n’a pas été possible de définir des sanctions contre le gouvernement géorgien. La Hongrie et la Slovaquie ont opposé leur veto.

Après la réunion, le ministre slovaque a condamné la résolution du Parlement européen contre le gouvernement géorgien : « Nous rejetons une telle ingérence. Et même aujourd’hui au Conseil, personne n’a remis en question les résultats des élections, ce qui devrait être le fondement de notre approche. » Dans le huis clos du Conseil, personne n’a remis en question les résultats des élections… Voilà qui est intéressant.

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La Hongrie a maintenu son veto au versement des 6,6 milliards d’euros de la soi-disant Facilité européenne pour la paix qui doivent rembourser les achats d’armes pour l’Ukraine. Le Service européen pour l’action extérieure a de nouveau proposé en vain de permettre à la Hongrie de ne pas participer au soutien à l’Ukraine via la Facilité européenne pour la paix et de rediriger sa contribution.

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Kaja Kallas, dont la russophobie délirante est encore montée d’un cran depuis qu’elle est « haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité », a déclaré avant la réunion que l’UE n’aurait pas de relations avec le nouveau pouvoir syrien tant que la Russie aurait des bases dans ce pays. Mais cette stupidité diplomatique a été pudiquement oubliée.

Addendum. Tout et le contraire de tout. Aujourd’hui, la Kallas a déclaré :

Nous ne pouvons pas laisser un vide en Syrie. L’UE doit être présente. Nous avons déjà entamé un processus d’engagement prudent avec les nouveaux dirigeants et la société civile. Nous allons également rouvrir la délégation de l’UE en Syrie afin d’avoir un engagement constructif et d’obtenir des informations sur le terrain.

La Moldavie à marche forcée

Selon le service de presse du Service de renseignement extérieur (SVR) de Russie (qui communique très peu), le chef de la mission de l’UE en Moldavie, Janis Mazeiks, a donné des instructions détaillées à la direction du Parti de l’action et de la solidarité au pouvoir sur la manière dont la « démocratie moldave » devrait fonctionner avant les élections parlementaires de 2025, afin d’éviter que « l’extrême droite » arrive au pouvoir.

Il exige que les dirigeants moldaves traduisent en justice « sous n’importe quel prétexte » les dirigeants du bloc d’opposition Victoire, ainsi que les partis Renouveau et Chance, pour pouvoir mettre fin à leurs activités politiques. Il exige également du pouvoir moldaves de « rétablir l’ordre » en Gagaouzie en suspendant sa dirigeante Evghenia Gutsul et en mettant en détention les principaux membres de son équipe sur la base d’accusations criminelles.

Il ordonne aux dirigeants moldaves de stimuler les contradictions entre les partis de gauche afin qu’ils polémiquent entre eux et non contre le pouvoir.

Il exige encore que soit constitué un nouveau parti, « Pour une Moldavie européenne », qui sera dirigé par l’ancien ministre des affaires étrangères Nicolae Popescu, et devra être favorisé afin d’entrer au Parlement et de former une coalition avec le Parti de l’action et de la solidarité.

Je donne évidemment ces informations sous toute réserve. Il sera intéressant de voir si elles se concrétisent entièrement, partiellement, ou pas du tout.

Le Géorgien se rebiffe

Le Parlement géorgien issu des élections du 26 octobre a voté la confiance au nouveau gouvernement d’Irakli Kobakhidze par 84 voix contre zéro (l’opposition boycotte). Le Premier ministre a prononcé une allocution, commentant le slogan de campagne de son parti qui devient le nom du programme de gouvernement : « Seulement avec paix, dignité et prospérité vers l’Europe ». Il a souligné que « la dignité passe avant tout, et la dignité est la principale garantie que nous défendrons nos intérêts ». Il a répété que le chemin vers l’UE sera difficile, et que son gouvernement ne considérera que les conditions qui « ne sont pas en contradiction avec les intérêts nationaux de notre pays » et qui ne portent pas atteinte à sa « dignité ».

Dans le même temps, le Parlement européen a voté une résolution par laquelle il rejette les résultats des législatives géorgiennes, appelle la communauté internationale à ne pas les reconnaître, exige de nouvelles élections avant un an, et appelle la Commission et les Etats membres à prendre des sanctions contre les personnalités du gouvernement géorgien…

Alors Irakli Kobakhidze a repris la parole. La Géorgie, a-t-il dit, est un pays européen qui a toujours vu l’Europe comme « le bastion du christianisme » et « il est de notre responsabilité de faire de la Géorgie un membre à part entière de la famille européenne » en 2030, mais « les relations Géorgie-UE sont bilatérales et ne peuvent être que bilatérales ». « Nous sommes une nation fière, qui se respecte et qui a une longue histoire. Par conséquent, il est catégoriquement inacceptable pour nous de considérer l’intégration dans l’Union européenne comme une faveur que l’Union européenne devrait nous accorder. »

Maintenant, les « politiciens et bureaucrates européens » lancent « une cascade d’insultes » à l’encontre du gouvernement géorgien. « Les malveillants de notre pays ont transformé le Parlement européen en une arme de chantage contre la Géorgie, ce qui est une très grande honte pour l’Union européenne. Au cours des trois dernières années, le Parlement européen a adopté cinq résolutions pleines de mensonges et d’insultes, qui n’ont pas été partagées par la société géorgienne, la Commission européenne et même le Conseil européen. »

Les politiciens et les bureaucrates européens se sont « immiscés dans les élections parlementaires et ils attaquent maintenant le choix légitime du peuple, attaquent la mission d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH, qui a estimé que les élections étaient équitables, avec exactement la même ferveur que les dirigeants de l’opposition radicale en Géorgie ».

Les subventions et les prêts de l’UE, a-t-il poursuivi, sont utilisés comme un chantage contre la Géorgie. En 2021, deux semaines avant les élections, l’UE a menacé de suspendre un prêt de 75 millions d’euros, et avant les élections de 2024, elle a pris des mesures similaires qui n’ont « pas réussi à influencer le choix du peuple géorgien ».

Le statut de candidat lui-même a été utilisé pour faire pression sur la Géorgie après que la guerre en Ukraine a commencé et « organiser une révolution » en Géorgie avec l’aide d’ONG « financées par l’UE ». Ce qui a conduit à la radicalisation et à la polarisation en Géorgie.

« L’ouverture des négociations est maintenant utilisée comme un outil pour faire chanter notre pays et diviser notre société, tout comme le statut de candidat a été utilisé auparavant. Il s’agit également d’un phénomène totalement artificiel, d’autant plus que la date d’ouverture des négociations ne dépend pas de la date d’adhésion. » La Géorgie a franchi les étapes plus rapidement que d’autres pays, et « d’un point de vue technique », l’achèvement des négociations d’adhésion prendra un an et demi à deux ans. Étant donné que l’UE ne prévoit pas de s’élargir avant 2030, « faire du chantage avec cette question aujourd’hui est extrêmement offensant », mais aussi hors de propos.

En outre, l’UE exige de la Géorgie « non pas des réformes, mais des mesures qui porteraient atteinte à notre dignité », citant spécifiquement l’abolition de la loi sur les agents étrangers et de la loi anti-LGBTQ.

« Sur la base de ce qui précède, nous avons pris la décision aujourd’hui de ne pas mettre à l’ordre du jour l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’UE avant la fin de l’année 2028. De même, jusqu’à la fin de 2028, nous rejetons toute aide budgétaire de l’UE. »

Car d’ici 2028, la Géorgie aura rempli 90% de ses obligations, et elle entrera dans l’UE « non pas comme un mendiant mais avec dignité ».

D’ici là il aura sans doute compris que la Géorgie telle qu’il la conçoit ne peut pas intégrer une UE qui est le contraire même d’un bastion du christianisme, et ne pourra qu’être la victime de condamnations à répétition.

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Vladimir Poutine, interrogé sur la Géorgie lors de sa conférence de presse à la suite de sa visite d’Etat au Kazakhstan :

« Nous n’interférons pas dans les processus politiques nationaux. Nous ne nous mêlons pas du tout de ce qui se passe. Nous n’y touchons tout simplement pas. Je ne peux pas en dire autant de nos “collègues” occidentaux… »

« Lorsque les événements en Géorgie ont commencé, à parler franchement, j’ai observé tout cela avec surprise. Nous n’avons aucune relation avec eux, avec les dirigeants géorgiens. Mais j’ai été émerveillé par le courage et la fermeté de caractère dont ils ont fait preuve pour défendre leur point de vue. »

Les valeurs de l’Europe

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a débuté les audiences le 19 novembre dans l’affaire de la loi hongroise « homophobe ».

La Hongrie est poursuivie par la Commission européenne et 15 Etats membres pour « discrimination présumée à l’encontre de la communauté LGBT », à cause de la loi qui interdit « la promotion de l’homosexualité et de la transition de genre dans les écoles et les médias ».

Car la promotion des déviations sexuelles et du charcutage sexuel des enfants est obligatoire dans les écoles de l’Union européenne.

Le jugement ne devrait pas intervenir avant l’été prochain, mais les conclusions de l’avocat général pourraient être connues dans trois ou quatre mois, et le lobby des pervers est très impatient de les connaître. Car si la Hongrie est condamnée, sa loi « homophobe » deviendra illégale, et le jugement « créera un précédent contraignant qui empêchera l’adoption de toute législation similaire en Europe » (Slovaquie, Roumanie, Bulgarie…) On notera l’emploi du futur, et non du conditionnel. C’est comme si c’était déjà fait.

La surprise roumaine

Au début de la campagne présidentielle, le candidat indépendant « d’extrême droite » (nationaliste, populiste, complotiste, religieux, prorusse, etc.) Călin Georgescu était crédité de 2% des voix. Il arrive nettement en tête du premier tour, avec tout près de 23% des voix.

Deuxième surprise : le Premier ministre européiste pro-Ukraine et tout et tout Marcel Ciolacu, qui devait remporter l’élection, arrive troisième avec 19% des voix.

Il est devancé de quelques milliers de voix par la présidente du parti libéral Elena Lasconi, qui avait fait campagne pour le oui au référendum constitutionnel interdisant le « mariage » entre personnes de même sexe, et par le fait avait été interdite de candidature aux élections européennes (telle est la démocratie roumaine). Elle est seulement maire d’une ville de 30.000 habitants.

Enfin, le candidat « d’extrême droite » dont on redoutait la « percée », George Simion, du parti Alliance pour l’unité des Roumains, arrive en quatrième position avec 14% des voix.

Le second tour aura lieu le 8 décembre. Sans le favori éliminé. Et avec une « extrême droite » qui sort du premier tour avec près de 37% des voix.

Entre temps auront lieu, le 1er décembre, les élections législatives. Où l’on redoute évidemment une montée spectaculaire de « l’extrême droite » – parce que les Roumains, qui sont pauvres, en ont assez de payer pour l’Ukraine…