Chapitre 16 de son livre De l’incendie du divin amour, traduction de l’abbé Templier, 2e édition 1854.
Éloge de la charité
L’Écriture nous enseigne que nous ne pouvons compter sur une amitié qui ne repose pas en Dieu. D’ailleurs, comme l’amitié est un don de Dieu, il est juste que celui qui aime en vertu de ce don n’aime que Dieu ou à cause de Dieu ; car les fleuves doivent remonter à la source d’où ils prennent leur cours, et le ruisseau qui découle de la plénitude de la grâce doit remonter à son principe pour ne pas tarir.
Si nous ne regardons comme véritable amitié que celle que Dieu nous témoigne en nous appelant ses amis, si nous accomplissons ses préceptes en vue de ces paroles : « Si vous observez mes commandements, vous êtes mes amis », cette amitié de Dieu n’est que la charité par laquelle il nous a aimés avant même la constitution du monde, et qui nous a mérité la grâce de notre élection en son Fils bien-aimé.
C’est cette charité qui est la source de tous les biens et de tous les dons que nous tenons de la divine libéralité ; c’est elle qui forme et qui règle tout amour légitime, et nulle affection ne peut être bien ordonnée si elle ne puise en elle sa cause, ses modes et sa distinction. Le Livre de la Sagesse dit de cette précieuse charité qu’elle est ordonnée dès l’éternité. Ordonnée par Dieu même, c’est elle qui ordonne ensuite les esprits célestes dans leur hiérarchie, et c’est elle aussi qui détermine, suivant leurs différents états, les travaux et les œuvres des justes. Sans elle, l’amitié humaine est toujours déréglée ; c’est elle seule qui est la voie et la vie des vertus. Elle est cette voie qui mène au salut de Dieu et qui faisait dire à Isaïe : « Les affranchis et les rachetés du Seigneur marcheront dans cette voie ; ils accourront vers Sion en chantant ses louanges ; une joie éternelle couronnera leurs têtes ; ils vivront désormais dans l’allégresse et le ravissement : la douleur et les gémissements ont fui pour toujours de leurs cœurs. »
La charité est le flambeau qui éclaire toutes les actions et qui dirige toutes les affections de l’homme, pour lui apprendre en quoi consistent réellement la lumière et la paix.
La charité est comme l’huile qui surnage à la surface de tous les liquides, qui donne le brillant, et qui, par sa douceur, dissimule toutes les aspérités. C’est après avoir été oints de cette huile que les apôtres et les martyrs trouvaient des douceurs dans les rigueurs de la mort. Non seulement la charité fait disparaître l’amertume du trépas et des souffrances, mais, par une vertu toute-puissante, elle donne la mort à la mort elle-même. Est-ce que la charité de Jésus-Christ ne fut pas destructive de la mort ? Maître de la vie, il a bravé la mort, en s’écriant par la bouche de son prophète : O mort, je serai ta mort. L’amour est plus fort que la mort. Lorsque la mort nous arrache la vie du temps, la charité nous conduit à la vie éternelle.
La charité, c’est la jeune vierge qui réchauffait les membres glacés de David. Ceux qui laissent refroidir la charité en eux et qui ne produisent plus que des fruits de mort sentiront bientôt la chaleur renaître en eux, s’ils veulent s’appliquer au souvenir de la Passion de Jésus-Christ.
La charité est cette nuée légère qui, à la prière d’Élie, versa une pluie abondante. Celui qui commence à aimer Dieu de tout son cœur répand à la fois et sur ses amis et sur ses ennemis les flots de la grâce et les ondées de sa générosité.
La charité, c’est encore cette huile de la veuve de Sarepta, qui s’accroît toujours à mesure qu’on la distribue. Les cantiques des anges et les discours de l’homme, la pauvreté et le martyre ne sont rien sans la charité. Que la prophétie perce les voiles de l’avenir, que la science étende le domaine de l’intelligence, que la foi transporte les montagnes, tout cela n’est d’aucun prix si la charité n’en est le principe. Rien n’est utile sans la charité ; rien ne peut nuire avec elle. O prodige ! ô excellence de la charité !
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