Blasphème et tortures sur scène

A la première de « Sancta », d’après Sancta Susanna d’Hindemith, à Stuttgart, 18 spectateurs ont été pris de nausée ou de malaise, dont trois ont dû recevoir des soins d’un médecin. Néanmoins les cinq représentations affichent complet…

Hindemith n’a pas vingt ans quand en 1920 il gribouille un « opéra » (d’une demi-heure…) mettant en scène un fantasme érotique éculé : une religieuse entend les ébats d’un couple dans le jardin du couvent et repense à une autre religieuse qu’elle avait vu se plaquer, nue, contre le grand crucifix de la chapelle…

L’œuvre n’a aucun autre intérêt que le parfum de scandale antireligieux qui fit reporter de deux ans sa création… à Stuttgart. Elle fut ensuite oubliée, jusqu’à ce que les obsédés du combat anti-chrétien la reprennent. Il y a donc eu plusieurs productions ces derniers temps, dont une actuellement à Nancy, où la religieuse est seulement une des trois figures de « transgression féminine » de la soirée, avec le Château de Barbe Bleue de Bartok et la Danse des morts de Honegger. Spectacle qui se termine par « la défaite de Satan », selon Diapason.

« Sancta », à Stuttgart dure trois heures sans entracte. Le très bref opéra de Hindemith n’est donc qu’un prétexte pour la « performance » d’une certaine Florentina Holzinger, interdite au moins de 18 ans. La présentation prévient que des actes sexuels ont lieu sur scène, que du vrai sang (en plus du faux) est utilisé, et que le public assiste notamment à des scènes violentes où des artistes se voient infliger de vraies blessures. « Ici, la personne qui se produit n’incarne pas un personnage, c’est son corps lui-même qui est le médium. » Une artiste enfonce une épée en forme de crucifix dans sa gorge, des femmes nues suspendues à des cordes et imitant la position du Christ en croix se voient déverser sur elles des flots de (faux) sang, un morceau de peau est découpé sur une artiste avant d’être mis à griller. Jésus (qui est une femme) distribue du vin aux religieuses, se dénude et les fouette. Un pape nain passe par là…

En fait cette ignominie a déjà été représentée à Schwerin en juin, puis à Vienne en Autriche cet été, suscitant une molle réaction du cardinal Schönborn.

Le blasphème délirant est ici comme submergé par le mépris du corps humain, la négation de la personne humaine. A une époque où l’on prétend se mobiliser partout pour la défense de la « dignité de la personne humaine », on se presse pour voir un spectacle de tortures dont la seule justification est le combat contre le Christ…


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3 réflexions sur “Blasphème et tortures sur scène

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