En Roumanie

La Cour constitutionnelle de Roumanie a donc annulé les élections présidentielles, parce que le candidat qui allait l’emporter ce dimanche ne plaisait pas à l’oligarchie euro-mondialiste. Car désormais c’est ainsi. Car si on n’interrompt pas le processus, après il faut organiser des émeutes, et ça fait désordre.

J’ai déjà cité la réaction de la candidate Elena Lasconi, qui a condamné la décision. Voici le communiqué de Calin Georgescu, qui utilise les mêmes formules, ajoutant l’expression de « coup d’Etat officialisé » :

« Aujourd’hui, l’État roumain a piétiné la démocratie. La décision de la CCR est pratiquement un coup d’État officiel. Avec le peuple, nous avons fait ce que nous avions dit – nous avons écrit l’histoire. Il est temps de montrer que nous sommes un peuple courageux. La démocratie est attaquée. Nous voyons des chefs de parti qui travaillent dans la crainte que des dossiers ne soient révélés. En ce jour, le système corrompu a conclu un pacte avec le diable. Je n’ai qu’un seul pacte – avec le peuple roumain et avec Dieu. Le pouvoir réside en chacun de nous, le peuple roumain ne cède pas. Soyez confiants, soyez courageux. Aujourd’hui n’est que le début d’une nouvelle page de l’histoire de ce pays. Le monde entier sait ce qui se passe en Roumanie. Les choses ne resteront pas en l’état. Le peuple roumain est derrière moi ».

La Cour constitutionnelle n’a donné aucun motif. Mais le gouvernement accuse la Russie d’avoir manipulé la campagne du premier tour via TikTok. Voici l’analyse d’Arnaud Bertrand (l‘original est en anglais) :

J’ai examiné en détail les documents déclassifiés des services de renseignement roumains sur la base desquels les résultats des élections ont été annulés et le plus fou dans tout cela, c’est qu’ils ne prouvent pas l’ingérence ou la manipulation étrangère.

Que montrent-ils ? Ils font état d’une campagne sur les médias sociaux en faveur de Călin Georgescu qui a impliqué environ 25.000 comptes TikTok coordonnés par un canal Telegram, des influenceurs rémunérés et des messages coordonnés.

Tout d’abord, en y regardant de manière rationnelle, il s’agit en fait d’un nombre relativement faible de comptes TikTok pour une campagne présidentielle nationale, et les documents fournissent des données limitées sur l’impact réel – ils mentionnent qu’environ 130 comptes TikTok ont généré entre 1.000 et 500.000 vues par vidéo, mais ne montrent pas de statistiques complètes sur l’engagement ou de preuves d’une influence significative sur l’électorat.

Par ailleurs, et c’est important, tout ce qui est décrit dans ces documents pourrait tout aussi bien être interprété comme du marketing numérique légitime. Les documents ne fournissent pas de preuve concrète de l’implication ou de la manipulation d’un État étranger – ils suggèrent simplement que la campagne « correspond au mode de fonctionnement d’un acteur étatique » et établissent des parallèles avec les opérations russes présumées en Ukraine et en Moldavie.

Les taux de paiement mentionnés (400 lei pour 20.000 followers, 1.000 euros par vidéo promotionnelle) sont en fait des taux standard du marché pour le marketing d’influence, bien que les documents allèguent que certains paiements ont été effectués illégalement après la période de la campagne (la personne visée, un crypto-entrepreneur roumain appelé Bogdan Peschir, nie ces allégations). La coordination de la campagne par l’intermédiaire de canaux Telegram avec des directives d’affichage spécifiques est exactement la façon dont les campagnes politiques modernes fonctionnent.

Ce qui manque à ces documents, c’est une preuve concrète de l’implication ou de la manipulation d’un État étranger. Il n’y a aucune preuve technique d’amplification artificielle, aucune preuve que les comptes étaient de faux partisans plutôt que de vrais partisans, et aucune distinction claire entre une activité de campagne coordonnée (ce qui est normal) et une manipulation malveillante.

Les documents tentent d’établir des parallèles avec les opérations d’influence russes en Ukraine et en Moldavie, mais les preuves présentées sont au mieux circonstancielles. Ils notent que certains comptes ont été créés en 2016 mais ne sont devenus actifs que récemment – il s’agit pourtant d’un comportement tout à fait normal

Lorsque les gens s’engagent politiquement pendant les élections. En outre, si les documents montrent que la popularité de Georgescu a augmenté au cours de cette période, ils ne prouvent pas que la campagne sur les médias sociaux est à l’origine de cette hausse. De nombreux autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte : ses positions politiques ont trouvé un écho auprès des électeurs, les activités traditionnelles de la campagne, la couverture médiatique, les apparitions publiques ou le mécontentement général des électeurs à l’égard des autres candidats.

Il est donc évident que l’histoire la plus importante ici est qu’une élection entière a été annulée sur la base de ce qui pourrait simplement s’apparenter à une stratégie de médias sociaux efficace. D’ailleurs, ils ne prouvent même pas que la stratégie de médias sociaux était efficace, de sorte que l’annulation repose simplement sur l’existence d’une campagne de médias sociaux…

En fait, si l’on enlève tout le vernis, ce qui vient de se passer en Roumanie, c’est que le plus haut tribunal du pays a annulé toute une élection présidentielle en raison de l’existence d’une campagne coordonnée de médias sociaux sur TikTok qui, selon les services de renseignement, ressemblait – sans preuve concrète – à des tactiques russes.

C’est le précédent qui est créé ici, où les élections peuvent être invalidées non pas sur la base d’une fraude ou d’une manipulation avérée, mais sur la base de la simple existence d’une campagne organisée sur les médias sociaux que les autorités jugent suspecte. C’est une voie dangereuse où les craintes d’ingérence étrangère, largement infondées, peuvent être utilisées pour annuler les choix réels des électeurs, ce qui, ironiquement, porte atteinte à la démocratie bien plus qu’une campagne sur les médias sociaux ne pourrait le faire.

Aujourd’hui, des perquisitions sont faites dans « trois maisons de la ville de Brasov dans l’affaire liée à des délits de corruption d’électeurs, de blanchiment d’argent et de falsification informatique », visant en particulier une personne « possiblement impliquée dans le financement illégal de la campagne électorale d’un candidat à la présidence », le candidat étant évidemment Georgescu, et la personne en cause Bogdan Peschir, mais on évite de les nommer…

Bref, il se profile que Calin Georgescu ne pourra pas se présenter à nouveau parce qu’on l’aura inculpé pour financement illégal, quitte à le relaxer après l’élection…


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Une réflexion sur “En Roumanie

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