Kondakion de la Nativité

Hier, lors de la divine liturgie au monastère Sretenski de Moscou, un très beau kondakion de la Nativité, pour « l’avant-fête » (Noël c’est demain dans leur calendrier).

Дева днесь превечное Слово/ в вертепе грядет родити неизреченно:/ ликуй, вселенная, услышавши,/ прослави со Ангелы и пастырьми/ хотящаго явитися// Отроча Младо, Превечнаго Бога.

La Vierge aujourd’hui met au monde l’Eternel, et la terre offre une grotte à l’Inaccessible. Les anges et les bergers le louent, et les mages avec l’étoile s’avancent. Car Tu es né pour nous, petit enfant, Dieu éternel.

Epiphanie

L’hymne des vêpres et des matines est formée de quatre strophes tirées du grand poème A solis ortus cardine, de Sedulius, poème alphabétique qui retrace en 23 strophes la vie du Christ, dont le début (les strophes A à G) est chanté à Noël. Ce sont ici les strophes commençant par H, I, L et N, qui évoquent les trois mystères de l’Epiphanie. (La strophe commençant par K est celle qui évoque les Saints Innocents, et celle qui commence par M évoque les miracles du Christ en général.)

Hostis Heródes ímpie,
Christum veníre quid times?
Non éripit mortália,
Qui regna dat cæléstia.

Hérode, roi cruel, pourquoi crains-tu
L’arrivée d’un Dieu qui vient régner ?
Il ne ravit pas les sceptres mortels,
Lui qui donne les royaumes célestes.

Ibant magi, quam víderant,
Stellam sequéntes prǽviam:
Lumen requírunt lúmine:
Deum faténtur múnere.

Les Mages s’avançaient, suivant l’étoile
Qu’ils avaient vue et qui marchait, devant eux :
La lumière les conduit à la Lumière ;
Leurs présents proclament un Dieu.

Lavácra puri gúrgitis
Cæléstis Agnus áttigit:
Peccáta, quæ non détulit,
Nos abluéndo sústulit.

Le céleste Agneau a touché l’onde
Du lavoir de pureté ;
Dans un bain mystique, il lave en nous
Des péchés qu’il n’a point commis.

Novum genus poténtiæ:
Aquæ rubéscunt hýdriæ,
Vinúmque jussa fúndere,
Mutávit unda oríginem.

Nouveau prodige de puissance !
L’eau rougit dans les urnes de pierre.
Jésus ordonne de verser ;
L’eau coule et c’est du vin.

Jesu tibi sit glória,
Qui te revelas géntibus,,
Cum Patre, et almo Spíritu,
In sempitérna sǽcula.
Amen.

O Jésus, à vous soit la gloire,
Vous qui vous fîtes voir aux Gentils,
Avec le Père et le Saint Esprit,
Dans les siècles sempiternels.
Ainsi soit-il.

Le Très Saint Nom de Jésus

L’hymne des matines, dans la version de Palestrina, chantée au monastère Saint-Benoît de São Paulo (strophes 1, 3, 5, 1).

Jesu, Rex admirábilis,
Et triumphátor nóbilis,
Dulcédo ineffábilis,
Totus desiderábilis.

Jésus, roi adorable,
Noble triomphateur,
Ineffable douceur ;
Jésus tout aimable.

Quando cor nostrum vísitas,
Tunc lucet ei véritas,
Mundi viléscit vánitas,
Et intus fervet cáritas.

Quand vous visitez notre cœur,
La vérité brille pour lui,
La vanité du monde lui semble méprisable,
Et il s’enflamme de charité.

Jesu, dulcédo córdium,
Fons vivus, lumen méntium,
Excédens omne gáudium,
Et omne desidérium.

Jésus, douceur des cœurs,
Source vive, lumière des esprits,
Vous dépassez toute allégresse
Et tout désir.

Jesum omnes agnóscite,
Amórem eius póscite:
Jesum ardénter quǽrite,
Quæréndo inardéscite.

Venez tous connaître Jésus,
Demandez son amour ;
Cherchez Jésus avec ardeur ;
En le cherchant, embrasez-vous.

Te nostra, Jesu, vox sonet,
Nostri te mores éxprimant,
Te corda nostra díligant,
Et nunc, et in perpétuum.
Amen.

Que notre voix, ô Jésus ! vous proclame ;
Que notre vie exprime nos vertus.
Que nos cœurs vous aiment,
Et maintenant, et toujours.
Ainsi soit-il.

*

Ô Nom de Jésus ! Toi qui es la clef de tous les dons, ouvre-moi la porte, pour que je puisse pénétrer dans la maison qui abrite ton trésor et tes richesses, et je te louerai d’une louange qui me viendra du cœur, pour les miséricordes que tu m’as récemment faites, car tu es venu et tu m’as renouvelé en me faisant connaître le monde nouveau.

Isaac le Syrien, Œuvres spirituelles II, discours 5, 5.

De la Sainte Vierge le samedi

De via perversitátis prodúntur dícere: Virgo concépit, sed non virgo generávit. Pótuit ergo virgo concípere, non pótuit virgo generáre, cum semper concéptus præcédat, partus sequátur ? Sed, si doctrínis non créditur sacerdótum, credátur oráculis Christi ; credátur mónitis Angelórum dicéntium : Quia non est impossíbile Deo omne verbum ; credátur Sýmbolo Apostolórum, quod Ecclésia Romána intemerátum semper custódit et servat. Audívit María vocem Angeli, et, quæ ante díxerat : Quómodo fiet istud ? non de fide generatiónis intérrogans, respóndit póstea : Ecce ancílla Dómini, contíngat mihi secúndum verbum tuum.

Certains se sont fourvoyés dans l’erreur au point de déclarer : « Une vierge a conçu, mais ce n’est pas une vierge qui a enfanté. » Ainsi donc, une vierge a pu concevoir, mais une vierge n’a pu enfanter, alors que c’est toujours la conception qui précède et que l’enfantement s’ensuit. Mais si l’on ne croit pas ce qu’enseignent les prêtres, que l’on croie du moins ce qu’affirme le Christ, ce que proclament les anges : « Il n’est rien d’impossible à Dieu » ; que l’on croie le Symbole des Apôtres, que l’Église romaine garde et conserve intact à jamais. Marie a entendu la parole de l’ange, elle venait de dire : « Comment cela arrivera-t-il ? » Sans mettre en doute le fait de la naissance, à présent, elle répond : « Voici la servante du Seigneur : qu’il me soit fait selon ta parole. »

Saint Ambroise, lettre au pape Sirice, leçon des matines.

Les trois cygnes de cette icône russe de l’Annonciation (école de Souzdal, XVIe siècle) restent mystérieux (et uniques), si j’en crois les sites que j’ai pu consulter. Rien n’empêche d’y voir la virginité de la Mère de Dieu avant, pendant et après la naissance du Christ.

Sainte Geneviève

J. F. Gigoux, Sainte Geneviève, 1841, chapelle Sainte-Geneviève, église Saint-Germain-l’Auxerrois (fondée sur un oratoire situé sur le lieu de la deuxième rencontre de Geneviève et de Germain)

Elle avait jusqu’au fond du plus secret hameau
La réputation dans toute Seine et Oise
Que jamais ni le loup ni le chercheur de noise
N’avaient pu lui ravir le plus chétif agneau.

Tout le monde savait de Limours à Pontoise
Et les vieux bateliers contaient au fil de l’eau
Qu’assise au pied du saule et du même bouleau
Nul n’avait pu jouer cette humble villageoise.

Sainte qui rameniez tous les soirs au bercail
Le troupeau tout entier, diligente bergère,
Quand le monde et Paris viendront à fin de bail

Puissiez-vous d’un pas ferme et d’une main légère
Dans la dernière cour par le dernier portail
Ramener par la voûte et le double vantail

Le troupeau tout entier à la droite du père.

Charles Péguy, La Tapisserie de sainte Geneviève (1912).