« Ne comprenez-vous pas que tout ce qui est entré dans la bouche va au ventre et est rejeté en un lieu secret ? mais ce qui sort de la bouche vient du cœur, et voilà ce qui souille l’homme. » Il n’est pas de passage des Évangiles qui ne soit plein de scandale pour les yeux des hérétiques et des méchants. Partant de cette proposition, quelques-uns soutiennent à tort que le Seigneur, dans l’ignorance de l’organisme physique, pense que tous les aliments vont dans le ventre et se dirigent au dehors, quand aussitôt ils se répandent et se distribuent à travers les membres, les veines, les nerfs et jusque dans la moelle des os. Aussi n’en voit-on pas en nombre dont l’estomac malade, et ne pouvant rien supporter, rejettent, aussitôt après leur repas, tout ce qu’ils ont pris et qui cependant sont d’un embonpoint sensible ; c’est parce qu’au premier contact, le boire et le manger, rendus liquides, se sont portés dans les membres. C’est ainsi que cette sorte d’hommes révèlent leur ignorance en voulant démontrer celle d’autrui…
« C’est du cœur, en effet, que sortent les pensées mauvaises, les homicides, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes ; c’est là ce qui souille l’homme ; mais manger sans avoir lavé ses mains, cela ne souille pas l’homme. » Les pensées mauvaises, dit-il, viennent du cœur. Le chef de l’âme n’est donc pas dans le cerveau, comme le veut Platon, mais d’après le Christ, il est dans le cœur. Ce passage donc doit confondre ceux qui pensent que les mauvaises pensées viennent du diable, et non du fond de la volonté propre. Le diable peut être l’auxiliaire et le fauteur des pensées mauvaises, il ne peut en être l’inspirateur. Quoiqu’il soit toujours aux aguets et à tendre des pièges, et que, par ses excitations, il active à leur naissance toutes nos pensées, nous ne devons pas conclure qu’il pénètre dans les secrets du cœur, mais que c’est par l’état du corps et son attitude qu’il juge de ce qui se passe en nous ; ainsi, s’il nous voit regarder fréquemment une belle femme, il comprend que notre cœur est blessé par le trait de l’amour.
Saint Jérôme, commentaire sur saint Matthieu, traduction Bareille, 1881.
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