4e dimanche après Pâques

La semaine dernière, les répons des matines n’étaient plus ceux de Pâques, mais ils étaient pris de l’Apocalypse, la lecture biblique du moment. A partir de ce dimanche, jusqu’à l’Ascension, ils sont constitués de versets de psaumes sans rapport direct avec les lectures, mais toujours ponctuées des alléluias de Pâques. Le premier est pris du psaume 136, « Sur les rives des fleuves de Babylone ». C’est la réponse des Hébreux exilés à ceux qui leur demandent de chanter des cantiques de Sion. Le psaume dit : « Si je t’oublie, Jérusalem ». Le répons omet le nom de la ville, ce qui laisse entendre que c’est Dieu que je ne dois pas oublier.

℟. Si oblítus fúero tui, allelúia, obliviscátur mei déxtera mea: * Adhǽreat lingua mea fáucibus meis, si non memínero tui, allelúia, allelúia.
℣. Super flúmina Babylónis illic sédimus et flévimus, dum recordarémur tui, Sion.
℟. Adhǽreat lingua mea fáucibus meis, si non memínero tui, allelúia, allelúia.

℟. Si jamais je t’oublie, alléluia, que ma main droite m’oublie : * Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens plus de toi, alléluia, alléluia.
℣. Auprès des fleuves de Babylone, nous sommes assis et nous pleurons, en nous souvenant de toi, ô Sion.
℟. Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens plus de toi, alléluia, alléluia.

Comme dans tous les répons anciens, le texte est pris du psautier romain, avec « obliviscatur » au lieu de « oblivioni detur » dans le psautier liturgique, le psautier dit « gallican », révisé par saint Jérôme. C’est ce dernier qui traduit correctement le grec, comme d’habitude. Le psautier romain dit « que ma main droite m’oublie ». Le véritable texte est : « que ma main droite s’oublie » (elle-même), « soit mise en oubli », comme précise le psautier liturgique. Saint Hilaire l’avait fait remarquer.

Je pense souvent au fait que la liturgie latine et la liturgie grecque (et slavonne, etc.) avaient exactement le même psautier, jusqu’à la révolution liturgique romaine qui l’a trafiqué et censuré, et cela alors qu’on prétendait s’engager à fond dans l’œcuménisme…

(On constate que sur cette édition récente de l’antiphonaire de Hartker il y a « obliviscatur me » et non « mei » comme dans les livres liturgiques habituels. Je ne sais pas si c’est l’éditeur qui a corrigé, mais de fait le psautier romain a « me » et non « mei ». – Le sens est le même, le verbe se construisant soit avec le génitif soit avec l’accusatif.)

Saint Athanase

Doxastikon des laudes, par le moine Cyprien (1935-2007), du skite Sainte-Anne au Mont Athos, sur une mélodie de Jacob le protopsalte (portrait à 0’8). (Extrait de la collection Recueil de musique sacrée, Anthologie du Mont Athos, CD 13 et 14.)

Τὸ μέγα κλέος τῶν ἱερέων, Ἀθανάσιον τὸν ἀήττητον ἀριστέα, ἱεροπρεπῶς εὐφημήσωμεν· οὗτος γὰρ τῶν αἱρέσεων συγκόψας τὰς φάλαγγας, τῇ δυνάμει τοῦ Πνεύματος, τὰ τῆς ὀρθοδοξίας τρόπαια, ἀνεστήσατο καθ’ ὅλης τῆς οἰκουμένης, ἀριθμῶν εὐσεβῶς τὸ τῆς Τριάδος μυστήριον, διὰ τὴν τῶν προσώπων ἰδιότητα, καὶ πάλιν συνάπτων ἀσυγχύτως εἰς ἕν, διὰ τὴν τῆς οὐσίας ταυτότητα, καὶ χερουβικῶς θεολογῶν, πρεσβεύει ὑπὲρ τῶν ψυχῶν ἡμῶν.

Célébrons saintement la grande gloire des prêtres, Athanase, l’invincible prélat ; ayant mis en pièces les phalanges des hérésies par la puissance de l’Esprit, il érigea les trophées de l’orthodoxie par tout le monde habité, donnant le juste nombre au mystère de la sainte Trinité selon les personnes et leurs diverses propriétés et sans confusion les rassemblant dans l’unité à cause de leur identité substantielle ; avec les Chérubins il chante Dieu et il intercède auprès de lui pour nos âmes.

Saint Joseph opifex

L’office et la messe de saint Joseph « opifex » sont un naufrage liturgique, ne serait-ce que par l’utilisation de l’affreuse nouvelle traduction des psaumes voulue par Pie XII. Ont échappé au naufrage les deux alléluias de la messe, parce qu’on a gardé ceux de la « fête du patronage de saint Joseph », célébrée à partir de 1680 le troisième dimanche après Pâques chez les carmes et carmélites, étendue à toute l’Eglise latine par Pie IX en 1847, déplacée au mercredi précédent par Pie X en 1913, remplacée donc par Pie XII par saint Joseph opifex en 1955 et fixée au 1er mai.

Les missels francophones ont bourgeoisement traduit « opifex » par artisan. Ce qui se conçoit d’autant mieux que saint Joseph était effectivement un artisan. Mais il va de soi que lorsque Pie XII a institué cette fête au 1er mai, c’était pour christianiser la « fête des travailleurs ». Ce qui n’eut aucun effet, naturellement. (En anglais c’est « Joseph the worker ».)

Gaffiot :

ŏpĭfex,11 ĭcis, m. f. (opus, facio), ¶ 1 celui ou celle qui fait un ouvrage, créateur, auteur : CIC. Nat. 1, 18 ; Ac. frg. 19 ; Tusc. 5, 34 ¶ 2 travailleur, ouvrier, artisan : CIC. Off. 1, 150 ; Tusc. 4, 44 ; SALL. C. 50, 1 [au sens élevé d’artiste] : CIC. Nat. 1, 77 ; 2, 81 [poét. avec l’inf.] maître dans l’art de : PERS. 6, 3.

Allelúia, allelúia. ℣. De quacúmque tribulatióne clamáverint ad me, exáudiam eos, et ero protéctor eórum semper.

Alléluia, alléluia. Dans quelque tribulation qu’ils m’invoquent, je les exaucerai et je serai à jamais leur protecteur.

Allelúia, allelúia. ℣. Fac nos innócuam, Joseph, decúrrere vitam: sitque tuo semper tuta patrocínio. Allelúia.

Alléluia. ℣. Faites-nous mener, ô Joseph, une vie sans tache et qui soit toujours en sécurité sous votre patronage. Alléluia.

Sainte Catherine de Sienne

Lettre à Maître André Vanni, peintre (traduction Emile Cartier, 1886).

Très cher Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l’esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir constant et persévérant dans la vertu, et non pas comme la feuille qui cède au vent. Vous devez être comme un arbre profondément enraciné dans la vallée de l’humilité véritable, afin que le vent de l’orgueil ne puisse pas renverser votre âme, qui est un arbre d’amour; car Dieu l’a créée par amour; elle vient de l’amour et ne peut vivre que d’amour, du saint amour de Dieu, et non de l’amour-propre et sensuel, qui lui donne la mort et leur ôte la vie de la grâce, en la plaçant sur la montagne de l’orgueil, où elle est exposée a tous les vents contraires qui l’agitent, qui font tomber ses fruits et brisent ses rameaux. Et si elle ne se fortifie en prenant les moyens nécessaires, l’arbre sera renversé. Quelquefois souffle tout a coup le vent des tentations honteuses et des mouvements du cœur, qui agite continuellement l’arbre et le dépouille de ses feuilles, c’est-à-dire de ses saintes pensées et de ses paroles charitables pour le prochain; ce sont ces feuilles qui protègent les fruits. Il y a aussi un autre vent qui entre dans le cœur des hommes et qui sort par la bouche c’est celui des persécuteurs du monde qui, lorsque les cœurs sont corrompus, souffle les murmures, les injures, les mépris et les outrages de parole et d’action. Ce vent fait tomber l’arbre de la patience et brise les branches des autres vertus. L’arbre est renversé, si on ne le soutient pas par l’amour de Dieu et du prochain : il souffre de la violence du vent, parce qu’il est placé sur la hauteur; s’il était placé dans la vallée entre deux montagnes, cela ne lui arriverait pas; les vents frapperaient les hautes montagnes sans l’atteindre, il n’en entendrait que le bruit.

Comment donc transplanter cet arbre dans la vallée et la terre de l’humilité? Le voici. C’est par une vraie connaissance de nous-mêmes, par la haine et le mépris de la sensualité; nous ne pourrons pas être humbles autrement. Mais alors nous serons entre deux grandes montagnes, entre la vertu de force et la vertu de patience, qui reçoivent les assauts de tous les vents contraires; et même, plus les vents sont contraires, plus l’âme se fortifie et montre sa force par l’épreuve de sa patience. Alors les vertus se conservent et se nourrissent par la doctrine et l’édification qu’on donne au prochain. L’âme porte les fleurs odoriférantes de ses saintes pensées en jugeant sainement les choses, en voyant en elle et dans le prochain la volonté de Dieu, qui ne veut que notre bien, et non celle des hommes; en mortifiant son jugement, en tuant sa volonté, en maintenant et en nourrissant l’arbre de la charité du prochain avec un ardent désir du salut des hommes, et en jouissant de. cette nourriture pour l’honneur de Dieu. Oh! qu’il est beau, l’arbre de notre âme! Lorsqu’il est bien planté, il se pare de l’humilité de l’Agneau sans tache qui nous a donné la vie, et il s’éclaire d’un soleil de grâce et de miséricorde; et cette miséricorde, tous nos mérites n’auraient pu l’obtenir. Mais, parce que Dieu s’est humilié jusqu’à l’homme en nous donnant le doux et tendre Verbe, parce que le Verbe, le Fils de Dieu, s’est abaissé dans sa patience jusqu’à la mort honteuse de la Croix, nos actions et nos vertus acquièrent des mérites par son humilité et par la vertu de son précieux sang répandu avec tant d’amour.

Vous voyez donc qu’il n’y a pas d’autres moyens de persévérer et de croître dans la vertu. Aussi je vous prie, mon très cher Fils dans le Christ, le doux Jésus, d’apprendre de ce doux Agneau sans tache à vous abaisser toujours par une humilité sincère, afin que vous conserviez et que vous augmentiez votre vertu, dans quelque état que vous vous trouviez. Car pour celui qui est humble, toutes ses œuvres spirituelles et temporelles lui profitent pour le ciel, parce qu’il les fait avec la grâce. Ses œuvres temporelles lui donnent la vie, parce qu’il les fait, le regard fixé sur Dieu; ses œuvres spirituelles répandent le parfum de la vertu devant Dieu et devant les hommes du monde: et s’il est appelé à commander, il répand la bonne odeur de la sainte justice; car celui qui est humble n’est pas injuste envers son prochain; il ne le méprise pas, mais il l’aime comme lui-même. Je vous prie donc, mon très cher Fils, dans votre position présente, de rendre toujours la justice au petit comme au grand, au pauvre comme au riche; rendez également à chacun ce qui lui est dû, ainsi que le veut la justice accompagnée de la miséricorde. Je suis certaine que la bonté de Dieu vous le fera faire; et je vous y invite autant que je le sais et que je le puis. Soyez dans ce doux Avent et dans cette sainte fête prés de la crèche de l’humble Agneau. Vous y trouverez Marie adorant son Fils; cette pauvre voyageuse, qui possède la richesse du Fils de Dieu, n’a pas de langes convenables pour l’envelopper, et de feu pour le réchauffer, lui, le Feu divin, l’Agneau sans tache; et ce sont des animaux qui s’inclinent sur le corps de l’Enfant pour le réchauffer de leur souffle. Ne faut-il pas rougir de l’orgueil , des délices des hommes et des richesses du monde, en voyant un Dieu si humilié? Visitez donc le saint lieu pendant cet Avent, afin de pouvoir renaître à la grâce; et afin de pouvoir mieux le faire et recevoir ce divin Enfant, confessez vous et disposez-vous, s’il est possible, à la sainte Communion. Je finis. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

Sainte Catherine de Sienne par Andrea Vanni, vers 1400, basilique Saint-Dominique de Sienne.

Saint Pierre martyr

Martyrologe romain :

Saint Pierre, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, martyr, qui souffrit pour la Foi Catholique le 8 des ides d’avril (6 avril).

Pierre de Vérone fut le premier martyr dominicain et le premier saint de son ordre, canonisé en 1253 un an après sa mort. Voir notamment ici et .

Dans le martyrologe de ce jour on lit aussi cette mention pittoresque :

Dans l’île de Corfou, sept voleurs, qui, convertis au Christ par saint Jason, parvinrent à la vie éternelle par la voie du martyre.

Le synaxaire orthodoxe raconte ceci, pour la fête des « saints Jason, Sosipater et leurs compagnons ».

L’apôtre Jason était originaire de Tarse (Asie Mineure). Il fut le premier chrétien de la ville. L’apôtre Sosipater était originaire de Patras, en Achaïe. On pense qu’il s’agit du même Sosipater que celui mentionné dans les Actes 20, 4. Tous deux devinrent disciples de saint Paul, qui les appelait même ses « frères » (Rm 16, 21). Saint Jean Chrysostome (Homélie 32 sur Romains) affirme qu’il s’agit du même Jason que celui mentionné dans les Actes 17, 5-9. Saint Jason fut ordonné évêque dans sa ville natale de Tarse, et saint Sosipater à Iconium. Ils voyagèrent vers l’ouest pour prêcher l’Évangile, et en 63, ils atteignirent l’île de Kerkyra [Corfou] dans la mer Ionienne, près de la Grèce.

Là, ils construisirent une église au nom du protomartyr Étienne et baptisèrent de nombreuses personnes. Le gouverneur de l’île l’apprit et les fit jeter en prison, où ils rencontrèrent sept voleurs : Saturninus, Iakischolus, Faustianus, Januarius, Marsalius, Euphrasius et Mammius. Les apôtres les convertirent au Christ. Pour avoir confessé le Christ, les sept prisonniers moururent en martyrs dans un chaudron rempli de goudron, de cire et de soufre en fusion.

Le gardien de la prison, après avoir été témoin de leur martyre, se déclara chrétien. Pour cette raison, on lui coupa la main gauche, puis les deux pieds et enfin la tête. Le gouverneur ordonna que les apôtres Jason et Sosipater soient fouettés et à nouveau enfermés en prison.

Lorsque la fille du gouverneur de Kerkyra (Corfou), la jeune fille Kerkyra, apprit comment les chrétiens souffraient pour le Christ, elle se déclara chrétienne et distribua tous ses bijoux aux pauvres. Le gouverneur, furieux, tenta de persuader sa fille de renier le Christ, mais sainte Kerkyra resta ferme face aux tentatives de persuasion et aux menaces. Alors, le père furieux imagina un terrible châtiment pour sa fille : il ordonna qu’elle soit placée dans une cellule de prison avec le brigand et meurtrier Murinus, afin qu’il puisse souiller la fiancée du Christ.

Mais lorsque le brigand s’approcha de la porte de la cellule, un ours l’attaqua. Sainte Kerkyra entendit le bruit et chassa la bête au nom du Christ. Puis, par ses prières, elle guérit les blessures de Murinus. Puis sainte Kerkyra l’éclaira de la foi du Christ, et saint Murinus se déclara chrétien et fut exécuté.

Le gouverneur ordonna de brûler la prison, mais la sainte vierge resta en vie. Puis, sur l’ordre de son père furieux, elle fut suspendue à un arbre, asphyxiée par une fumée âcre et transpercée de flèches. Après sa mort, le gouverneur décida d’exécuter tous les chrétiens de l’île. Les martyrs Zénon, Eusèbe, Néon et Vitalis, après avoir été éclairés par les saints Jason et Sosipater, furent brûlés vifs.

Les habitants de Corfou, fuyant la persécution, se réfugièrent sur une île voisine. Le gouverneur prit la mer avec un détachement de soldats, mais fut englouti par les vagues. Le gouverneur qui lui succéda ordonna de jeter les apôtres Jason et Sosipater dans un chaudron de goudron bouillant. Lorsqu’il les vit sains et saufs, il s’écria en pleurant : « Ô Dieu de Jason et Sosipater, aie pitié de moi ! »

Une fois libérés, les apôtres baptisèrent le gouverneur et lui donnèrent le nom de Sébastien. Avec son aide, les apôtres Jason et Sosipater construisirent plusieurs églises sur l’île et agrandirent le troupeau du Christ par leur prédication fervente. Ils y vécurent jusqu’à un âge avancé.

La basilique « des saints apôtres Jason et Sosipater » est la plus ancienne église de Corfou (autour de l’an mil).