Saint Ephrem

Illustration d’un manuscrit russe du début du XVIe siècle, traduction d’homélies de saint Jean Climaque et de saint Ephrem.

Extrait de l’homélie de saint Ephrem sur l’évangile des docteurs de l’Eglise (« Vous êtes le sel de la terre »), leçons des matines.

C’est une grande chose que d’entreprendre une bonne œuvre et de lui donner son achèvement, d’être agréable à Dieu et utile au prochain, de plaire enfin à notre souverain et très doux Maître le Christ Jésus qui a dit : Vous êtes le sel de la terre et les colonnes des cieux. Le labeur que tu poursuis dans l’affliction, très cher [frère, passe] comme un songe, mais le repos qui suivra ton labeur est indescriptible et inestimable. Veille donc attentivement sur toi-même, afin de ne point repousser l’un et perdre l’autre, en ne recherchant ni l’un ni l’autre, à savoir le contentement présent et la joie éternelle. Efforce-toi plutôt d’acquérir la vertu parfaite, ornée et caractérisée par toutes les dispositions que Dieu aime. Si tu y parviens, jamais tu ne provoqueras la colère de Dieu, ni ne feras tort à ton prochain.

Cette vertu [de charité] est appelée la seule vertu ; elle est dite d’une beauté unique car elle possède en soi la splendeur des diverses vertus. Le diadème des rois ne peut être achevé sans que des pierres précieuses et des perles brillantes y soient enchâssées et entrelacées, ainsi cette vertu unique ne peut-elle subsister sans l’éclat de vertus variées. Elle est assurément comparable à un diadème royal. Car de même que celui-ci ne peut scintiller entièrement sur la tête royale si une pierre ou une perle y fait défaut, de même cette unique vertu ne peut être appelée vertu parfaite, si elle n’a la gloire de réunir les autres vertus. Et semblablement dans un somptueux festin où les condiments les plus exquis ont été préparés mais où le sel fait défaut, comme ces mets précieux ne sauraient être mangés sans sel, ainsi, une vertu qui paraîtrait complète et posséder l’honneur et la gloire d’autres vertus variées, resterait assurément vile et méprisable, si l’amour de Dieu et du prochain en était absent.

Quelques-uns sont parvenus à cette vertu et cherchant à l’orner comme on orne tout alentour un diadème royal, ils ont possédé en grande partie la parure qui lui convient. Mais, dans la suite, à l’occasion d’un objet quelconque, sûrement très méprisable, ils ont laissé décliner entièrement une vertu si précieuse. Leur âme s’est trouvée attachée aux sollicitudes terrestres et leur vertu arrêtée par des liens si vils, n’a pu entrer au ciel.

Sois donc plein d’attention et de vigilance, mon très cher [frère], de peur qu’en t’embarrassant dans des entraves analogues, tu n’ouvres à l’ennemi en quête d’une proie et que tu ne perdes cette vertu admirable et illustre recherchée par toi au prix de tant de labeurs ; de peur encore que tu ne la rendes incapable, ta vertu, de pénétrer dans les parvis célestes et que tu ne la places plutôt avec le rouge de la confusion devant le trône de l’époux divin, ou enfin que tu la laisses fixée à la terre par un cheveu. Donne-lui au contraire l’essor d’une confiance que rien n’empêche, ainsi qu’une voix élevée, afin qu’elle parvienne avec exultation au lieu du repos et puisse réclamer à haute voix sa récompense.

Saint Grégoire Barbarigo

Béatifié par Clément XIII qui était fils de Vittoria Barbarigo, né à Venise comme lui, évêque de Padoue comme lui, Grégoire Barbarigo fut canonisé par Jean XXIII, qui était de Bergame où Grégoire avait été évêque avant d’être nommé à Padoue, lequel Jean XXIII avait été patriarche de Venise.

Pour en savoir plus sur ce dernier saint du missel traditionnel, on peut consulter ma note de l’an dernier et ses liens.

Ci-après une illustration saisissante des incroyables progrès de l’architecture. A gauche le palais Barbarigo à Venise. A droite l’église Saint-Grégoire-Barbarigo de Rome, titre cardinalice…

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Vers la fin du martyrologe de ce jour on lit : « A Orléans, en Gaule, saint Avit, prêtre et confesseur. »

Ce saint Avit-là (il y en a plusieurs autres), était auvergnat, se fit ermite dans le Perche, puis devint abbé de l’abbaye Saint-Mesmin de Micy, près d’Orléans. Mort vers 530, il fut inhumé dans l’église Saint-Georges, qui devint l’église Saint-Georges et saint-Avit. L’église fut plusieurs fois détruite. D’abord par Clovis qui en fit construire une plus grande, puis par Louis VII après les Vikings, puis par les Orléanais eux-mêmes pendant la Guerre de Cent ans pour que les Anglais n’en fassent un fort, puis par l’évêque d’Orléans qui fait construire sur les lieux un grand séminaire. En 1852, à l’occasion de travaux d’agrandissement du séminaire, on découvre une crypte romane : il s’agit des ruines inférieures de l’église Saint-Avit. L’année suivante, Eugène Viollet-Leduc et Prosper Mérimée ordonnent de dégager le bâtiment et de rétablir l’abside.

De la férie

Le martyrologe fait brièvement mémoire, en sixième position, de saint Similien :

Nannéte, in Británnia minóre, sancti Similiáni, Epíscopi et Confessóris.

A Nantes, en Petite-Bretagne, saint Similien, évêque et confesseur.

Il est le seul évêque de Nantes inscrit au martyrologe. Il aurait été le troisième évêque de la ville, et l’évangélisateur des martyrs Rogatien et Donatien. Dès le Ve siècle une église lui est dédiée, et c’est l’une des trois églises primitives de la ville, avec la cathédrale et celle dédiée à Donatien et Rogatien.

Saint Grégoire de Tours raconte qu’au temps de Clovis Nantes fut assiégée par les barbares. Le siège durait depuis soixante jours, lorsqu’au milieu de la nuit, des hommes vêtus de blanc et portant des cierges allumés, parurent sortir de la basilique des saints martyrs Donatien et Rogatien. Au même moment, une procession semblable sortait de la basilique de saint Similien. Les deux processions se dirigèrent l’une vers l’autre, s’unirent pour prier, puis chacune d’elles retourna au lieu d’où elle était partie. Les Barbares, effrayés de cette vision, s’enfuirent, et leur chef, frappé de ce prodige, se convertit et demanda le baptême.

L’église Saint-Similien a été plusieurs fois reconstruite (et son orientation respectée jusqu’en 1894…) :

On y voit un puits, dont on dit que des infidèles (sans doute les Normands qui occupèrent Nantes de 844 à 939 et détruisirent la première église) y jetèrent la tête du saint. Son eau est (était ?) réputée miraculeuse.

De la férie

La liturgie byzantine célèbre les prophètes de l’Ancien Testament. Le 14 juin c’est Elisée, le 15 c’est Amos. Les tropaires de vêpres chantent ceci :

La lumière de l’Esprit a trouvé, Prophète, dans la pureté de ton cœur un miroir resplendissant de clarté ; elle a fait luire sur le monde l’éclat de la connaissance de Dieu et figura d’avance les images des mystères divins et la grâce que tous les hommes devaient recevoir.

Toi la bouche de Dieu, tu repris sans ambages les artisans d’impiété, leur promettant l’inéluctable et fatal jugement, Prophète bienheureux, te conformant aux décrets de la justice et aux sentences de Dieu ; aussi, nous qui voyons tes sages oracles réalisés, nous te chantons des louanges méritées.

Dieu fit de toi, Prophète bienheureux, l’initié de ses ineffables jugements ; tu éclairas et illuminas les nations, Amos, et tu annonças la Trinité ; c’est pourquoi nous glorifions ton illustre souvenir. Délivre donc de tout malheur tous ceux qui t’acclament et te célèbrent avec foi.

« Tu annonças la Trinité » ? Voici ce que dit saint Jérôme dans son commentaire d’Amos :

« J’ai éloigné de vous la pluie trois mois avant la moisson ; j’ai fait pleuvoir sur une ville et je n’ai pas fait pleuvoir sur une autre ville ; une partie a été arrosée, et l’autre, sur laquelle je n’ai pas répandu la pluie, a été desséchée. Deux et trois villes sont venues vers une ville pour y boire de l’eau, et elles n’ont pas été désaltérées. Et pourtant, vous n’êtes pas revenus à moi, dit le Seigneur. » (Amos, 4) (…) Je n’ai pas seulement envoyé l’agacement des dents dans toutes vos villes, et la disette du pain dans toutes vos demeures ; j’ai éloigné de vous, trois mois avant la moisson, la pluie, celle qu’on appelle sérotine, et qui est des plus nécessaires au sol altéré de la Palestine ; en sorte que, lorsque le blé en herbe poussait l’épi, en engendrait le grain, l’excès de la sécheresse le desséchait. Le texte vise ici l’époque printanière de la fin d’avril, après laquelle il reste à courir trois mois jusqu’à la moisson du froment, mai, juin, juillet. (…)  Dieu donc a éloigné d’eux la pluie, afin qu’ils endurent, non seulement la privation du pain, mais aussi celle de la boisson et les ardeurs de la soif. Et, en effet, dans ce pays où je vis maintenant, sauf quelques maigres sources, il n’y a que de l’eau de citerne, et si la colère divine arrête les pluies, la soif est encore plus à craindre que la famine. C’est ce qui arriva, rapporte l’Écriture, au temps du prophète Élie, pendant trois ans et six mois. Et pour qu’on ne puisse croire que le fait arriverait aux villes et à leurs habitants par suite d’une loi de la nature, du cours des astres et du changement des saisons, Dieu annonce qu’il fera pleuvoir sur une ville et ses environs, tandis qu’il suspendra la pluie sur une autre, en sorte que deux ou trois villes aillent vers une seule, et qu’elles n’y puissent pourtant se rassasier de boire. Cela ayant été fait, non comme châtiment, mais comme correction, le Seigneur les réprimande ainsi de persister dans leur crime : Et pourtant, vous n’êtes pas revenus vers moi. Pareillement, le Seigneur éloigne des hérétiques ou arrête loin d’eux toutes les pluies spirituelles et toute rosée de la divine sagesse ; il commande à ses nuées de ne pas répandre leur pluie sur eux, trois mois avant la moisson ou la vendange, afin qu’ils ne puissent parvenir aux fruits du mystère de la Trinité. « 

(Dans le calendrier byzantin on commémore aussi aujourd’hui saint Jérôme. Et saint Augustin.)

3e dimanche après la Pentecôte

Réspice in me et miserére mei, Dómine : quóniam únicus et pauper sum ego : vide humilitátem meam et labórem meum : et dimítte ómnia peccáta mea, Deus meus. Ad te, Dómine, levávi ánimam meam : Deus meus, in te confído, non erubéscam.
Ad te, Dómine, levávi ánimam meam : Deus meus, in te confído, non erubéscam.
Gloria Patri…

Jetez un regard sur moi et ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis seul et pauvre, voyez mon humiliation et mon labeur et pardonnez-moi tous mes péchés.
Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme, ô mon Dieu, en vous je me confie, je ne serai pas confondu.
Gloire au Père…

Voici cet introït du 3e dimanche après la Pentecôte chanté par les moines de Triors, avec un très long commentaire de Radio Espérance. Il est amusant d’entendre : « Internet peut être vu comme un grand ennemi de l’humanité, un infanticide invisible, irresponsable, et qui fait des ravages à la vitesse grand V. » L’auteur ne paraît pas se rendre compte que sans internet on ne pourrait pas l’entendre…

Le commentaire du chant commence à 15’13. Il eût été bon de mettre la partition, pour que l’auditeur puisse suivre ce qui est dit de la mélodie, et qui est très pertinent. La voici.