La liturgie de ce jour est centrée sur la guérison du corps et le salut de l’âme, la première étant image et signe du second.
La station, c’est-à-dire l’église de Rome où le pape célébrait la messe, était celle des saints Côme et Damien : les médecins anargyres, qui soignaient « sans argent », et guérissaient souvent miraculeusement. Au nom du Seigneur. Salus populi… « Je suis le salut du peuple, dit le Seigneur. » Ainsi chante l’introït. « Ceci est mon corps livré pour vous », dira Jésus le Jeudi Saint, dans trois semaines.
La liturgie insiste sur la guérison au point que les trois oraisons de la messe évoquent les saints Côme et Damien, dont c’est la « solennité », dit même la collecte. L’évangile insiste quant à lui sur les guérisons miraculeuses du Christ. Dans les sept versets de saint Luc, Jésus guérit la belle-mère de Pierre, puis une quantité indéfinie de malades. « Et lui, imposant les mains à chacun d’eux, les guérissait. »
Mais la guérison de la belle-mère de Pierre est atypique : il n’y a pas de geste. Il n’y a pas de mention de la foi de la patiente. Simplement, Jésus est debout au-dessus d’elle, et il « commande » à la fièvre, et la fièvre la quitte. Le verbe grec traduit en latin par « impero » est épitimao. C’est un commandement qui a une valeur de menace, d’admonestation, de rabrouement. C’est le verbe qui vient d’être employé pour dire que Jésus commande au démon de sortir d’un homme, c’est celui qui va être employé juste après pour dire que Jésus ne permet pas aux démons de parler quand il guérit tout le monde en imposant la main, c’est celui qui va être employé ensuite pour dire que Jésus commande à la mer pour que cesse la tempête :il admoneste la mer comme il admoneste la fièvre et les démons.
Au début de cet évangile, Jésus sort de la synagogue. Sept versets plus tard, il explique à la foule qui veut le retenir qu’il doit aller annoncer la bonne nouvelle (evangelizare) dans les autres villes. « Et il prêchait dans les synagogues de la Galilée. » Tant en latin qu’en grec on insiste sur cet imparfait qui indique une occupation habituelle sur une longue durée, mot à mot : « Il était prêchant ». Dans les synagogues. Or c’est ce qu’on ne voit jamais dans les films qui évoquent la vie de Jésus.
En savoir plus sur Le blog d'Yves Daoudal
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.