Suspension ?

Les agences de presse américaines affirment que Donald Trump a donné l’ordre de suspendre toutes les livraisons d’armes à l’Ukraine, et que cela est effectif depuis ce matin. En Russie, l’agence TASS le dit aussi, citant un porte-parole anonyme du Pentagone qui « confirme » l’information.

Cette suspension serait certes dans la bonne logique des événements de ces derniers jours, mais il est curieux qu’un ordre d’une telle importance ne soit pas public : pour l’heure il n’est en aucune manière officiel. On est suspendu à l’annonce de la suspension…

Peut-être faudra-t-il attendre le grand discours de Donald Trump ce soir au Congrès (à 2 heures du matin chez nous).

Il se dit aussi que l’équipe de Trump a demandé au Département d’Etat et au Trésor de dresser une liste des sanctions contre la Russie qui pourraient être levées.

Addendum

Le Premier ministre polonais Donald Tusk constate que le trafic d’armes américaines est à l’arrêt à l’aéroport de Rzeszów : « Les rapports provenant de la frontière, de la plateforme de Jasionka, confirment les déclarations de la partie américaine. » Il a ajouté que cette décision de la Maison Blanche, ainsi que les discussions sur une éventuelle levée de certaines sanctions américaines contre la Russie, sont « le plus grand défi de ces dernières décennies ».

Addendum 2

Le conseiller de Trump Jason Miller a confirmé sur CNN le gel des livraisons d’armes à l’Ukraine : « Le président Trump est la seule personne qui parle d’arrêter le massacre, et parfois les dirigeants peuvent utiliser la carotte, parfois ils peuvent utiliser le bâton. Et dans ce cas, je pense que le président Trump utilise un madrier pour faire comprendre son point de vue au président Zelensky, à savoir que le président Trump veut arrêter le massacre. Zelensky doit revenir à la table des négociations. Il doit prendre cela au sérieux. »

Mardi de la Quinquagésime

Dans le calendrier romain c’est saint Casimir (avec sa collecte bannie de la néo-liturgie). On continue néanmoins de lire aux matines l’histoire d’Abraham. C’est la guerre des « quatre rois contre cinq ». Les vainqueurs emportent toutes les richesses de Sodome, et Lot aussi et tous ses biens. Abraham constitue une armée de 318 hommes et libère Lot. « Et Melchisédech, roi de Salem, offrant du pain et du vin, parce qu’il était prêtre du Dieu très haut, bénit Abram. »

Une mosaïque de Ravenne (basilique Saint-Vital) montre Melchisédech roi et prêtre offrant le pain et le vin, face à Abel qui offre un agneau. Tous deux sont figures du Christ, roi, prêtre, pasteur et agneau de Dieu, et le symbolisme eucharistique est évident.

Et pour ceux qui sont durs de la comprenette, il y a la miniature de la Bible de Maciejowski (XIIIe siècle) :

En bref

Donald Trump :

Nous devons moins nous inquiéter de Poutine et davantage des bandes de violeurs migrants, des barons de la drogue, des meurtriers et des personnes sorties d’institutions psychiatriques qui arrivent dans notre pays, afin de ne pas finir comme l’Europe.

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Il y a eu samedi une « grandiose » manifestation de l’opposition russe à Berlin. (Il y a 1,2 million de Russes en Allemagne, dont 400.000 arrivés ces dix dernières années.)

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Le Wall Street Journal souligne que pour la première fois ce sont les Ukrainiens qui ont dû payer le voyage et le séjour de Zelensky à Washington, alors que ces frais étaient toujours pris en charge jusqu’ici par le gouvernement américain.

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En arrivant à la Maison Blanche, Zelensky a offert à Donald Trump une ceinture (WBC, à gauche sur la photo) du champion ukrainien de boxe Oleksand Usyk, qui n’a jamais connu de défaite et est l’un des trois seuls boxeurs à détenir les quatre ceintures dans les catégories poids lourds légers et poids lourds. Mais Usyk a déclaré que toutes ses ceintures étaient toujours chez lui… Zelensky est un menteur compulsif et un escroc.

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Plusieurs responsables américains nommés par Trump ont insisté ces derniers jours, et Trump lui-même, pour qu’on découvre ce que les Ukrainiens ont fait des milliards de dollars que les Etats-Unis leur ont donné. Le directeur du FBI, Kash Patel, vient de demander au Congrès d’enquêter sur le sujet :

« La question n’est pas que les États-Unis aient envoyé un milliard de dollars, mais plutôt que le montant envoyé à un pays soit cent fois supérieur à ce milliard. Nous ne pouvons pas avoir pleinement confiance en donnant 100 milliards de dollars à un dirigeant qui nous dit ensuite : “Je ne vous dirai pas où l’argent est allé.” »

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Sans surprise, le régime moldave est menacé par la fin de l’USAID. « Nous continuerons à négocier les programmes de l’USAID avec les États-Unis pour voir s’ils peuvent être préservés. Et si ce n’est pas le cas, nous discuterons évidemment avec d’autres partenaires de la manière de les poursuivre », a dit la Sandu après un entretien avec le président du Conseil européen, Antonio Costa. Car les autres partenaires, c’est forcément l’UE. Ursule lui a promis 1,8 milliard d’euros si elle poursuivait dans le chemin de « l’intégration européenne ».

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Si les Etats-Unis quittent l’OTAN (« Je suis d’accord », a dit Elon Musk hier), il n’y a plus d’OTAN :

Lundi de la Quinquagésime

Bible traduite en français par Jean de Sy pour le roi Jean II le Bon, 1355 (BnF).

La lecture des matines est le chapitre 13 de la Genèse. Abraham (qui s’appelle encore Abram) revient d’Egypte où il s’était réfugié à cause de la famine. Il était parti avec Lot, il revient avec Lot, et tous deux sont devenus extrêmement riches en or, en argent et en troupeaux. Les troupeaux continuant de s’agrandir, il commence à y avoir des conflits entre les bergers d’Abram et ceux de Lot. Abram dit à son neveu qu’ils doivent se séparer, et le laisse choisir la direction où il ira s’installer. Lot lève les yeux et voit la région du Jourdain, « comme le paradis de Dieu ou la terre d’Egypte », il choisit donc la rive du Jourdain, riche comme les rives du Nil, et va s’installer à… Sodome.

L’épisode montre la sainteté d’Abraham. Il est le chef de la famille, le chef de la tribu, Lot est son neveu. Pour préserver (ou rétablir) la paix, il lui aurait suffi de commander à Lot d’aller dans telle direction, et Lot aurait obéi. Il pouvait choisir pour lui-même les meilleures terres, mais il donne le choix à Lot. Le sort de son neveu, le bonheur de son neveu, lui importe plus que le sien. Il ne pense pas une seule seconde à sa personne et à ses biens. Mais l’épisode montre aussi que ce qui paraît avantageux à celui qui peut choisir sans être guidé dans son choix peut s’avérer désastreux. Le pays que choisit Lot est « comme le paradis de Dieu », mais c’est le territoire de Sodome, d’où il devra bientôt s’enfuir et qui sera détruit par le feu du ciel parce que sous ses aspects de paradis c’était un enfer de turpitudes.

Le Credo disparu

Je lis dans un bulletin paroissial, à propos du 1700e anniversaire du concile de Nicée :

« Pour honorer cet anniversaire, et garder en mémoire les mots de nos Pères dans la foi, alors que nous constatons que bien des chrétiens ne connaissent plus le “grand crédo”, nous l’utiliserons tout au long de ce Carême. »

Je prends conscience tout à coup que cela aussi a donc disparu. Je savais que la néo-liturgie avait gardé le canon romain (sous le nom de prière eucharistique n° 1) pour faire semblant de ne pas complètement supprimer la tradition mais en s’assurant que personne ne l’utilise plus, je n’avais pas fait attention qu’il en était de même du Credo…

Le Credo de Nicée-Constantinople est toujours optionnel dans le nouvel ordo missae, mais comme le canon romain il est, en fait, obsolète… Et on fait mine de s’en inquiéter l’année où l’on célèbre le 1700e anniversaire de Nicée. On va donc « l’utiliser tout au long de ce Carême », puis on l’oubliera de nouveau.

Le pire est que cela est écrit par un prêtre qui célèbre souvent la messe traditionnelle…

Une autre remarque : quand il dit que « bien des chrétiens ne connaissent plus le “grand crédo” », il fait une généralisation très abusive, bien dans la ligne « romaine » d’antan. Car en Orient la plupart des « chrétiens » connaissent le Credo de Nicée-Constantinople, pour la bonne raison qu’ils n’en ont pas d’autre et que c’est celui qu’ils disent dans leur liturgie.

Pendant près d’un millénaire l’Eglise de Rome a imposé dans le Credo de Nicée-Constantinople le « Filioque » qui ne s’y trouvait pas, et aujourd’hui elle impose de facto un « credo » qui n’est pas du tout celui de de Nicée-Constantinople…

(On remarque aussi que dire le vrai Credo est une pénitence de carême…)