CERV : l’USAID européen contre la Hongrie

Ci-dessous la traduction d’un texte de Zoltán Kovács, « secrétaire d’État à la Diplomatie publique et aux Relations publiques de la Hongrie », autrement dit porte-parole du gouvernement hongrois pour les affaires internationales (depuis 2014).

La boîte noire de Bruxelles : 62 millions d’euros de financement de l’UE
aux ONG politiquement actives en Hongrie

En matière de transparence, la Commission européenne prêche bien plus qu’elle ne pratique. Une analyse récemment publiée a révélé que depuis 2014, les ONG politiquement actives opérant en Hongrie ont reçu au moins 62,4 millions d’euros de financement direct de l’UE, soit l’équivalent de près de 25 milliards de forints. Mais ce n’est que la partie que nous pouvons vérifier.

Les chiffres proviennent des propres portails en ligne de l’UE – le portail des financements et des appels d’offres (FTP) et le système de transparence financière (FTS) – et pourtant, même eux ne disent pas tout. C’est parce que le système de financement des ONG de l’UE est conçu pour être opaque.

Les bases de données FTP et FTS, censées être les outils les plus complets pour suivre le soutien financier de l’UE, sont truffées d’incohérences et de lacunes dans les données. Alors que les bureaucrates bruxellois citent fréquemment ces plateformes pour démontrer la transparence, en réalité, les chiffres ne correspondent pas – et les deux systèmes omettent des détails essentiels.

Ces bases de données n’offrent aucune visibilité sur les flux financiers entre les entités, ce qui signifie qu’il est impossible de savoir si les fonds d’une ONG sont discrètement transférés à une autre. Elles ne fournissent pas non plus d’enregistrement définitif de toutes les aides financières, ce qui soulève de sérieuses questions sur les subventions cachées et les aides non divulguées.

Ce manque de transparence devient encore plus préoccupant lorsqu’on le considère dans le contexte du programme Citoyens, Égalité, Droits et Valeurs (CERV). Bien qu’il soit officiellement présenté comme un outil visant à renforcer la société civile et à promouvoir les valeurs de l’UE, la manière dont il distribue les fonds, en particulier en Hongrie, suscite des inquiétudes.

Par exemple, l’Université d’Europe centrale (CEU) [fondée par Soros] a reçu à elle seule plus de 50 millions d’euros, principalement par le biais de projets de recherche. En dehors de la CEU, d’autres organisations civiles politiquement actives ont tout de même obtenu la somme impressionnante de 12,2 millions d’euros. Rien qu’au cours des deux dernières années, près de 13 millions d’euros de fonds CERV ont été versés à des ONG qui s’opposent régulièrement au gouvernement hongrois démocratiquement élu. Et ce n’est que ce que nous savons.

Ce ne serait pas la première fois que l’aide étrangère est utilisée comme un outil d’influence politique. En effet, de nombreux rapports sur l’ancien homologue américain du CERV, l’USAID, ont révélé l’existence d’un réseau bien documenté conçu précisément à cette fin, utilisant le financement de la société civile comme un moyen de façonner les discours politiques, de faire pression sur les gouvernements et de contourner les processus décisionnels nationaux.

Avec l’USAID, les coups bas sont déjà connus : paiements indirects, conditions idéologiques d’octroi de subventions et structures opaques pour soutenir les groupes favorisés tout en écartant les autres. Les parallèles avec le CERV sont frappants.

La surveillance fragmentée, le regroupement idéologique des bénéficiaires et l’absence de contrôle national reflètent les schémas observés dans le système de l’USAID. À tout le moins, cela soulève des préoccupations légitimes quant au fait que le CERV pourrait dériver dans la même direction, passant d’un mécanisme de soutien à la société civile à un outil d’influence politique.

Alors même qu’elle exige des États membres qu’ils rendent des comptes, la Commission européenne refuse d’appliquer les mêmes normes à elle-même. Les registres de financement de l’UE restent incomplets, incohérents et invérifiables. Il est impossible de savoir comment l’argent circule entre les entités, où il finit par aboutir, ou s’il soutient le type de pluralisme démocratique que l’UE prétend défendre.

Les contribuables hongrois, comme les citoyens de toute l’Europe, sont laissés dans l’ignorance. On attend d’eux qu’ils financent ce système, mais ils n’ont pas leur mot à dire sur la manière dont l’argent est dépensé. Pire encore, ils financent peut-être des ONG qui travaillent directement contre leurs intérêts et contre les représentants et les gouvernements qu’ils ont élus.

L’UE appelle cela la « promotion des valeurs ». Mais à moins que la transparence totale et la neutralité idéologique ne soient rétablies dans son système de financement, il est légitime de se demander si le CERV est en train de devenir l’USAID de l’Europe, ou s’il l’est déjà.


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