Notre héros BHL

On avait failli l’oublier. Alors, n’écoutant que son héroïsme, il est retourné en Ukraine pour se faire photographier au milieu des combattants. Et la légende de la photo où il est bien cadré au milieu dit ceci :

Qui se soucie de Soumy, dans l’est de l’Ukraine ? Hier encore, 95 drones et missiles ont été lancés avec succès par des criminels russes. C’est là que l’avenir de Poutine, Trump, Le Pen et du monde est en jeu. Soumy est la capitale de la douleur et de la résistance dans le monde. Et c’est pourquoi je suis ici.

Il est à Soumy le jour où 95 drones et missiles tombent sur la ville. Il a risqué sa vie 95 fois ce seul 5 avril. Dans ses rêves, évidemment. La seule raison pour laquelle on parle de Soumy est parce que c’est la capitale de l’oblast qui jouxte l’oblast russe de Koursk, et que les Russes, à force de chasser les Ukrainiens qui avaient envahi leur territoire, sont en train de grignoter un bout de l’oblast de Soumy… C’est très vexant pour les Ukrainiens, alors BHL tente de faire diversion…

Et le haut commandement ukrainien compte sur lui. Car il a des amis haut placés, notre BHL, à commencer par le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Syrsky en personne, qui l’a décoré, dit l’heureux récipiendaire, « d’une de plus hautes distinctions militaires de l’Ukraine pour un civil », la « médaille du commandant en chef des forces armées ukrainiennes pour assistance à l’armée ». On en pleure d’émotion.

L’ange d’Optina

Le célèbre monastère d’Optina (le « désert d’Optina », avec son ermitage où résida notamment Dostoïevski), à 270 km au sud de Moscou, a retrouvé son « ange sonnant de la trompette ». Avant la révolution bolchevique, un ange trompettiste faisant aussi office de girouette surplombait l’entrée principale du monastère, comme on le voit sur les anciennes photos. Il avait disparu. Le monastère (une petite ville, avec sa cathédrale et ses sept églises, sans compter celle de l’ermitage) a été entièrement restauré depuis le début des années 2000, et le nouvel ange sonnant de la trompette vient couronner la restauration. « L’effigie de l’ange, fabriquée dans un métal particulièrement résistant, a été équipée d’un mécanisme rotatif unique garantissant une facilité de mouvement et une solidité de fixation même lors de fortes rafales de vent », précise le monastère, non sans souligner la signification religieuse de la statue :

Le livre de l’Apocalypse de Jean le Théologien parle d’anges qui annonceront au monde l’approche de la fin des temps : « Et je vis les sept anges qui se tenaient devant Dieu ; et sept trompettes leur furent données » (Ap. 8:2). Tout comme une girouette capte le moindre souffle de vent, la figure de l’ange sonnant de la trompette nous rappelle la nécessité d’être attentifs aux signes des temps, d’être sobres et vigilants, prêts à rencontrer le Seigneur qui vient dans la gloire : « Veillez donc, car vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur viendra » (Mt 24, 42).

La persécution estonienne

Le Parlement estonien a adopté hier, sans surprise, par 60 voix contre 13 (16 députés n’ont pas participé au vote), le projet de loi interdisant l’Eglise orthodoxe. Sans surprise, la bonne volonté des orthodoxes, qui ont changé le nom de leur Eglise, n’aura servi à rien.

Comme en Ukraine, l’interdiction de l’Eglise devra passer par les tribunaux pour chaque entité, qui a deux mois pour se conformer à la loi, à savoir prouver qu’elle n’a strictement aucun lien avec la Russie, ce qui est évidemment impossible, et pas seulement pour le monastère de Pühtitsa qui dépend directement du patriarche de Moscou.

Intéressante réaction d’un député qui n’a pas pris part au vote, Maria Jufereva-Skuratovski : « À un moment donné, j’ai compris qu’en adoptant cette loi, nous ne résoudrions pas nos problèmes, mais au contraire, nous en créerions d’autres qu’il faudra résoudre pendant des années. J’ai compris que je n’étais pas prête à assumer la responsabilité du destin de l’Église orthodoxe en Estonie. »

Ci-dessous le communiqué de l’« Église orthodoxe chrétienne d’Estonie » (le nom d’Eglise orthodoxe d’Estonie étant réservé à la petite scission russophobe adoubée par le gouvernement et reconnue par Constantinople) :

Lire la suite »

Jeudi de la Passion

L’hymne des laudes au temps de la Passion, qui est la suite de celle des matines, toujours dans la traduction de Corneille, et chantée par les moines de Saint-Florian (Autriche).

Lustris sex qui jam peráctis,
Tempus implens córporis,
Se volénte, natus ad hoc,
Passióni déditus,
Agnus in Crucis levátur,
Immolándus stípite.

De la terre et du ciel ce monarque absolu,
Né, parce qu’il l’avait voulu,
Pour mourir en souffrant et payer notre crime,
Après qu’il eut laissé six lustres s’écouler,
Innocente et pure victime,
Permit qu’à sa justice on l’osât immoler.

Hic acétum, fel, arúndo,
Sputa, clavi, láncea
Mite corpus perforátur,
Sanguis, unda prófluit,
Terra, pontus, astra, mundus
Quo lavántur flúmine.

Le vinaigre, le fiel, le roseau, les crachats
Joignirent l’insulte au trépas ;
Un fer fit dans son flanc une large ouverture,
Il en sortit du sang, il en sortit de l’eau,
Et l’air, le ciel et la nature
Se trouvèrent lavés par ce fleuve nouveau.

Crux fidélis, inter omnes
Arbor una nóbilis,
Nulla silva talem profert
Fronde, flore, gérmine :
Dulce lignum, dulces clavos,
Dulce pondus sústinet.

Arbre noble entre tous, quelle forêt produit
Pareilles feuilles, fleurs ou fruit ?
Croix fidèle, à jamais digne de nos hommages,
Qu’a de charmes ton bois, que bénis sont les clous,
Que de douceurs ont les branchages
Qui pour notre salut portent un bois si doux !

Flecte ramos, arbor alta,
Tensa laxa víscera,
Et rigor lentéscat ille,
Quem dedit natívitas :
Ut supérni membra Regis
Miti tendas stípite.

Arbre heureux, arbre saint, abaisse tes rameaux,
Relâche en dépit des bourreaux
L’inflexibilité qui t’est si naturelle,
Et souffre que les bras du roi du firmament,
Qui souffre et meurt pour un rebelle,
Demeurent étendus un peu plus doucement.

Sola digna tu fuísti
Ferre sæcli prétium,
Atque portum præparáre
Nauta mundo náufrago,
Quem sacer cruor perúnxit,
Fusus Agni córpore

Tu portes, par le choix des ordres éternels,
Le rachat de tous les mortels,
Et prépares un port à leur commun naufrage :
Ils t’en firent seul digne, et le sang de l’Agneau
Laisse à ton bois un sacré gage
D’un triomphe aussi grand que ton destin est beau.

Glória et honor Deo
Usquequáque altíssimo,
Una Patri, Filióque,
Inclyto Paráclito :
Cui laus est et potéstas
Per ætérna sæcula. Amen

Gloire, puissance, honneur et louange au Très-Haut,
Au Fils, comme lui sans défaut,
A leur Esprit divin, ainsi qu’eux ineffable !
Gloire, louange, honneur à leur sainte unité,
A leur essence inconcevable,
Et durant tous les temps et dans l’éternité !

« Goûtez et voyez… »

Le chant de communion de la divine liturgie des dons présanctifiés (les mercredis et vendredis de carême), au monastère Saint-Daniel de Moscou :

Вкусите и видите, яко благ Господь. Аллилуиа, аллилуиа, аллилуиа.
Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon. Alléluia, alléluia, alléluia.

C’est un verset du psaume 33, lequel est intégralement récité après la communion dans la divine liturgie slavonne.