Mercredi de la Passion

L’hymne des matines, qui comme le Vexilla regis est de saint Venance Fortunat. Elle est en fait divisée en deux : la deuxième partie est l’hymne des laudes. La voici (avec la belle traduction de Corneille) par les chœurs de la cathédrale de Westminster, avec deux petites variantes, et surtout la dernière strophe n’est pas celle que l’on verra ci-dessous mais la première de l’hymne des laudes… Je suppose que c’est une facétie de la néo-liturgie. (Et l’illustration correspond évidemment à l’autre Pange lingua, celui de saint Thomas d’Aquin pour la Fête Dieu.)

Pange lingua gloriósi
Prælium certáminis,
Et super Crucis trophæum
Dic triúmphum nóbilem,
Qualiter Redémptor orbis
Immolátus vícerit.

Sers de pinceau, ma langue, et peins avec éclat
Ce noble et glorieux combat
Par qui la croix s’élève un trophée adorable :
Peins comme le sauveur de ce vaste univers
Par un amour incomparable
Se laissant immoler, triomphe des enfers.

De paréntis Protoplásti
Fraude Factor cóndolens,
Quando pomi noxiális
Mors(u) in mortem córruit,
Ipse lignum tunc notávit
Damna lign(i) ut sólveret.

Peins comme la bonté de son père éternel,
Dès que l’homme devint mortel,
Eut pitié de le voir perdu par une pomme ;
Fais voir comme dès lors son amoureux décret
Voulut que par un nouvel homme
Un arbre réparât ce qu’un arbre avait fait.

Hoc opus nostræ salútis
Ordo depopóscerat :
Multifórmis proditóris
Ars ut artem fálleret,
Et medélam ferret inde,
Hostis unde læserat.

Il cacha son dessein, et pour rusé que fût
L’ennemi de notre salut,
Ce trompeur fut trompé par la ruse céleste ;
Et quelques yeux qu’ouvrît ce lion infernal,
Sans que rien lui fût manifeste,
Le remède partit d’où procédait le mal.

Quando venit ergo sacri
Plenitúdo témporis,
Missus est ab arce Patris
Natus, orbis Cónditor ;
Atque ventre virgináli
Caro factus pródiit.

A peine est arrivé par le retour des ans
L’heureux moment du sacré temps,
Qu’un créateur de tout lui-même est créature,
Et que Dieu fait sortir ce Fils, ce bien-aimé,
De la virginale clôture
Où pour se faire chair il s’était enfermé.

Vagit infans inter arcta
Cónditus præsépia :
Membra pannis involúta
Virgo Mater álligat ;
Et manus, pedésqu(e), et crura
Stricta cingit fáscia.

Sur une vile crèche il pleure comme enfant,
Et son corps déjà triomphant
Se laisse envelopper à cette vierge mère :
Sous des langes chétifs on lui serre les bras,
Et pour finir notre misère,
De la misère même il se fait des appas.

Gloria et honor Deo
usquequaque altissimo,
una Patri, Filioque,
inclito Paraclito:
cui laus est et potestas
per æterna sæcula. Amen.

Gloire, puissance, honneur et louange au Très-Haut,
Au Fils, comme lui sans défaut,
A leur Esprit divin, ainsi qu’eux ineffable !
Gloire, louange, honneur à leur sainte unité,
A leur essence inconcevable,
Et durant tous les temps et dans l’éternité !

Symbolique

Les Ukrainiens tenaient encore trois villages à la frontière de l’oblast de Koursk. Zelensky y envoie des troupes d’élite, pour pouvoir maintenir la fiction qu’il occupe une partie du territoire russe.

Hier Guievo a été entièrement libéré. Le village d’Olechnia, qui est plus loin isolé sur la frontière au nord-ouest, fait l’objet de derniers combats. Il restera Gornal, à la pointe sud de la frontière. Le problème ici est que les Ukrainiens se sont retranchés dans le monastère Saint-Nicolas. Un monastère qu’ils ont déjà gravement endommagé et partiellement incendié le 7 août dernier lors de leur stupide et suicidaire offensive. Aujourd’hui trois compagnies ukrainiennes sont dans le monastère, dont ils ont fait une place-forte d’occupation, avec ordre de tenir jusqu’au bout, et les Russes ne veulent pas le démolir…

(Les deux photos montrant des dégâts ne sont pas actuelles, elles ont été prises début août. Depuis lors il semble que l’une des deux églises ait été détruite. Et l’intérieur est certainement dévasté et profané, comme on l’a vu avec l’église de Kazatchya Loknya.)

La dictature britannique

Les Anglais sont manifestement en pointe dans la dictature idéologique, comme l’avait remarqué JD Vance. Il semble que cela commence même à inquiéter le très idéologiquement correct Times, qui se fend d’une enquête sur le sujet.

Pour la seule année 2023, la police a procédé à 12.183 arrestations pour crime de pensée non conforme, précisément pour publications en ligne jugées « menaçantes » ou « offensantes ». Néanmoins les condamnations sont en baisse, en raison des « difficultés à réunir des preuves », notamment lorsque les victimes renoncent à poursuivre les procédures judiciaires… En bref, la police de la pensée vous arrête et vous met en garde à vue, la justice vous inculpe, et l’affaire est classée parce que votre « victime » ne porte pas plainte…

Le Times cite le cas de Maxie Allen et Rosalind Levine, arrêtés le 29 janvier pour avoir exprimé leurs inquiétudes sur un groupe privé WhatsApp de parents concernant le processus de recrutement à l’école de leur fille. Six policiers en uniforme se sont rendus au domicile du couple et ont procédé à leur interpellation devant leur autre enfant, avant de les conduire au commissariat. Le couple a été interrogé pour des présomptions de harcèlement, de communications malveillantes et de nuisances dans les locaux de l’école, qui les avait accusés de « diffamation » contre le président du conseil d’administration. Les empreintes digitales du couple ont ensuite été prises, ils ont été fouillés, puis enfermés dans une cellule durant huit heures. « Il était difficile de me débarrasser du sentiment que je vivais dans un État policier », a déclaré Allen au Daily Mail, affirmant que les messages ne contenaient « aucun langage offensant ni aucune menace », mais qu’ils étaient simplement « quelque peu sarcastiques ».

D’autre part, l’actualité remet en lumière le cas Lucy Connolly. Cette femme de Northampton a été condamnée en octobre dernier à 31 mois de prison ferme pour incitation à la haine raciale, parce que le 29 juillet, à la suite du meurtre de trois jeunes filles à Southport, elle appelait sur X à une « déportation massive » et évoquait l’idée de mettre le feu à des hôtels hébergeant des clandestins. Message rapidement supprimé, mais qui n’avait pas échappé à la police de la pensée.

Lucy Connolly est donc en prison. Théoriquement elle a le droit à des permissions de sortie pour voir sa fille de 12 ans ou son mari, qui est malade. Mais toute sortie vient encore de lui être refusée. A cause de la « dangerosité » de ses propos…

En Angleterre il vaut mieux être délinquant clandestin que mère de famille ayant un coup de colère sur internet.

Russes et américains

Les Russes de la Station spatiale internationale ont envoyé ce message à Alexandre Ovetchkine :

« Nous, l’équipage russe de l’ISS, Alexeï Ovtchinine, Ivan Wagner et Kirill Peskov, nous te félicitons ! Non seulement la Russie, mais le monde entier du sport est fier de toi. »

Alexeï Ovtchinine est devenu hier le commandant de l’ISS, succédant à l’Américaine Sunita Williams. Et ce matin deux astronautes russes et un américain sont partis de Baïkonour (en présence de 2.500 touristes, ce qui est un record) pour rejoindre la station.

Car les sanctions américaines contre la Russie n’ont pas touché Roscosmos, l’agence du programme spatial russe…

Mardi de la Passion

Tempus meum * nondum advénit, tempus autem vestrum semper est parátum.

Mon temps * n’est pas encore venu, mais votre temps est toujours prêt.

Vos ascéndite * ad diem festum hunc: ego autem non ascéndam, quia tempus meum nondum advénit.

Allez, vous, * à cette fête : pour moi, je n’y vais point, parce que mon temps n’est pas encore venu.

*

Les « antiennes directrices » du jour, comme les appelle dom Pius Parsch, au Benedictus (laudes) et au Magnificat (vêpres) reprennent deux propos du Christ dans l’évangile, aux versets 6 et 8 du chapitre 7 de saint Jean. La liturgie insiste sur « mon temps n’est pas encore venu » au point de modifier le texte de l’évangile pour que la répétition soit parfaite et donc frappante.

En fait Jésus dit la première fois « mon temps n’est pas encore venu », mais la deuxième fois il dit : « mon temps n’est pas encore accompli ». En latin impletum est, en grec πεπλήρωται (peplirotai).

L’insistance, qu’elle résulte de la répétition ou d’une inflexion particulière qui renforce le premier terme, montre que le temps du Christ (kairos) est bel et bien sur le point de venir, d’être accompli : ce sera la semaine prochaine.

Sur le plan musical, ces deux antiennes sont des récitatifs sans surprise, sauf deux particularités parallèles. Celle du Benedictus insiste sur « vestrum », lourdement : votre triste temps terrestre, votre temps pénible, est toujours prêt. Celle du Magnificat insiste sur « ego », l’auto-affirmation de la divinité, par une double note doublement longue, suivie d’un mélisme se terminant pas l’une des révérences qui illustrent habituellement le nom du Seigneur. C’est un écho de l’« Ego Sum », Je Suis, qui ponctue l’évangile de saint Jean.