Lâchage final ?

Defense News, qui n’est pas une publication de plaisantins, affirme sur la foi de nombreuses sources européennes et une source américaine que le secrétaire d’Etat à la Défense, chef du Pentagone, Pete Hegseth, ne participera pas à la réunion du groupe des 50 Etats soutenant militairement l’Ukraine dans le « format Ramstein », qui se déroulera le 11 avril à Bruxelles.

On précise qu’il n’y participera même pas virtuellement, et qu’aucun de ses adjoints ne sera présent non plus.

Or c’est le prédécesseur de Hegseth, Lloyd Austin, qui avait créé le Groupe de contact de défense de l’Ukraine, qui s’était réuni pour la première fois sous sa présidence à la base aérienne allemande de Ramstein.

L’absence du chef du Pentagone sera donc spectaculaire, et non sans signification quant à l’aide américaine à l’Ukraine. Mais on se souvient que lors de la dernière réunion Ramstein, le 12 février, Pete Hegseth, moins de trois semaines après sa prise de fonction, avait jeté un froid en affirmant que tant le retour de l’Ukraine à ses frontières d’avant 2014 que son adhésion à l’OTAN étaient « irréalistes ».

Résistance woke

Le décret de Donald Trump interdisant le wokisme dans les institutions américaines n’est pas encore parvenu à l’Université du Minnesota. On y affiche même une résistance active, comme en témoigne un cours de son Centre d’études médiévales intitulé « Art médiéval intersectionnel Arts/Sciences humaines » et ainsi présenté :

« Fondé sur la théorie critique de la race, l’intersectionnalité et la théorie queer, ce cours s’appuie sur des textes primaires et un éventail de sources visuelles et matérielles pour retracer les histoires, les expériences et les représentations des identités marginalisées dans le monde. Nous examinerons le genre, la sexualité et la race dans le contexte des cultures juive, chrétienne et islamique au Moyen-Âge. Ce cours abordera des sujets tels que les saints transgenres, les transformations miraculeuses, la possession démoniaque, les artistes et mécènes féminines, les « races monstrueuses » des récits de voyage et les chirurgies d’affirmation du genre. Contrairement aux idées reçues sur un passé européen blanc et homogène, la réalité de l’Europe médiévale était diverse et complexe, et ses frontières — géographiques, culturelles, corporelles et autres — étaient en constante évolution, comme en témoigne sa culture visuelle et matérielle. »

LifeSiteNews, qui rapporte le fait, a demandé à un professeur d’histoire catholique de l’Université de Chicago à quoi pouvait faire référence cet intitulé. Réponse : on ne voit guère que Jeanne d’Arc portant des vêtements d’hommes ou Syméon le Nouveau Théologien qui était peut-être eunuque, mais c’est sans rapport avec ce qu’on dit aujourd’hui « transgenre ».

La fin de l’Eglise ex-latine

Une étude mondiale du Pew Research Center sur les religions montre que l’Italie, le pays dont la capitale est Rome, est largement en tête des défections de fidèles chrétiens. Pour une personne non chrétienne devenue chrétienne, il y en a plus de 28 qui étaient chrétiennes et ne s’identifient plus comme telles. En France le ratio est de 1 pour 15,8.

Si l’on considère la proportion de personnes qui ont quitté le christianisme dans lequel elles ont été élevées, c’est l’Espagne qui est en tête, avec 36%. En France c’est 28%.

Le fait que l’Italie et l’Espagne soient en tête montre clairement le déclin rapide de l’Eglise catholique. Et ces chiffres masquent en fait une réalité bien pire.

Une enquête publiée en novembre dernier par l’institut CENSIS a montré que si 71,1% des Italiens se disent encore « catholiques », seulement 15,3% se définissent comme « pratiquants » (rappelons que dans les enquêtes le « catholique pratiquant régulier » est celui qui va à la messe au moins une fois par mois).

Il y a donc une « zone grise » de 58% d’Italiens qui se disent catholiques mais qui ne participent que rarement aux célébrations de l’Église (34,9 %) ou pas du tout (20,9%).

Sandro Magister précise :

58 % des Italiens continuent de croire en la vie après la mort et la plupart d’entre eux croient qu’il s’agira d’une vie différente selon que l’on se soit bien ou mal comporté. Mais dans la vie actuelle, écrivent les auteurs de la recherche, « le sens du péché n’est pas particulièrement ressenti, notamment parce qu’au cours des cinquante dernières années, la culture catholique a été particulièrement “indulgente” », et que le sens du péché a été remplacé par un sentiment de culpabilité plus générique et individualiste.

« La ‘zone grise’ dans l’Église d’aujourd’hui – écrivent les auteurs de la recherche – est donc le résultat de l’individualisme ambiant, bien sûr, mais aussi d’une Église qui n’est plus qu’horizontale et qui peine à encore à indiquer un ‘au-delà’. »

C’est ce à quoi je pensais encore en commentant la collecte de la messe d’aujourd’hui dans la liturgie traditionnelle. La néo-liturgie a supprimé toute notion du jeûne et a effacé les mots de pénitence et de repentir jusque dans la traduction « liturgique » de la Bible. Il y a donc un énorme fossé entre la liturgie traditionnelle du carême et ce que dit la néo-liturgie. Ce n’est plus la même religion. C’est encore plus flagrant si l’on se réfère à la liturgie byzantine. Chaque jour le Triode martèle les mots de jeûne, de péché, de vices (« passions »), de repentir. Les matines byzantines de ce jour sont constituées essentiellement de l’intégralité du Grand Canon pénitentiel de saint André de Crète, un texte capital du carême byzantin (on peut l’entendre chanté hier soir par exemple au monastère Sretenski de Moscou en slavon ou en l’église de l’Ascension d’Athènes en grec). On n’imagine pas que ce texte puisse être récité aujourd’hui dans une église catholique latine, même dans un monastère, tellement profond est le gouffre, l’abîme, entre la doctrine ascétique traditionnelle et l’actuelle « religion » ex-latine.

Il y a encore des prêtres qui donnent le change, qui tentent de « compenser » tant bien que mal. Mais la néo-liturgie, et l’idéologie qui a présidé à sa fabrication, sont plus fortes qu’eux : lex orandi, lex credendi. Leur tentative est vouée à l’échec, à long terme, et comme on le voit, à moyen terme, voire même à court terme. Dans le dernier réduit traditionnel qui est à ma portée, le célébrant, l’autre dimanche, a réussi le tour de force de faire tout son sermon sur les 40 jours de Moïse, d’Elie et de Jésus sans employer une seule fois le mot de jeûne. Or c’est un prêtre qui veut être traditionnel et qui s’adressait aux derniers survivants de la liturgie traditionnelle dans le diocèse. C’est dire…

Jeudi de la quatrième semaine de carême

Præsta, quǽsumus, omnípotens Deus : ut, quos jejúnia votíva castígant, ipsa quoque devótio sancta lætíficet ; ut, terrénis afféctibus mitigátis, facílius cæléstia capiámus.

La collecte de ce jour dit littéralement à peu près ceci :

« Faites, nous vous le demandons, Dieu tout-puissant, que ceux que les jeûnes votifs châtient, cette même sainte dévotion leur donne la joie ; afin que, les affections terrestres étant calmées, nous obtenions plus facilement les choses du ciel. »

Il y a là deux parallèles qui résument tout un pan de l’ascèse chrétienne.

En entrant dans le carême nous avons fait le vœu de jeûner. De nous châtier par le jeûne de nos péchés, de nous corriger (sens le plus général de castigo). Mais nous demandons à Dieu que ce jeûne lui-même, qui est une dévotion (même racine que vœu : votiva, devotio) nous apporte la joie. Comme le corps souffre du jeûne, cette joie ne peut qu’être spirituelle. Mais elle est tout aussi réelle que la souffrance du jeûne, et l’est même bien davantage, puisqu’elle transcende les contingences corporelles et se répand sur le psychisme.

La deuxième partie est sur un thème commun dans les collectes pénitentielles : par le jeûne on calme les affections terrestres, les désirs charnels, ce qui nous rend plus aptes à recevoir, à accueillir, les réalités célestes.

Voici le commentaire du bienheureux cardinal Schuster :

Dans la collecte, on invoque la joie du Saint-Esprit et une dévotion fervente, en faveur de ceux qui mortifient leur corps par le jeûne. Il est impossible d’unir les consolations des sens et celles de l’esprit ; leurs goûts sont en parfaite opposition. Quand les sens jouissent, l’esprit devient comme obscurci par la fumée des passions charnelles ; au contraire, plus l’âme imprime dans la chair les stigmates de la croix, plus elle se sent libre et pure, plus son regard est clair et perspicace.

« Maintenant les puissances célestes »

Pendant le carême, le mercredi et le vendredi, les byzantins célèbrent la divine liturgie des dons présanctifiés. La « grande entrée » des dons a une hymne particulière (à la place de celle des Chérubins). Le 7 mars j’en avais donné la version du chœur de l’Académie de théologie de Moscou. La voici dans un style très différent, celui de la pure tradition grecque, par Panagiotis Neochoritis, qui est l’actuel « archonte protopsalte de la Grande Eglise du Christ » (Constantinople).

Νῦν αἱ Δυνάμεις τῶν οὐρανῶν σὺν ἡμῖν ἀοράτως λατρεύουσιν. Ἰδοὺ γὰρ εἰσπορεύεται ὁ Βασιλεὺς τῆς δόξης.
Ἰδοὺ θυσία μυστική, τετελειωμένη, δορυφορεῖται. Πίστει καὶ πόθῳ προσέλθωμεν, ἵνα μέτοχοι ζωῆς αἰωνίου γενώμεθα. Ἀλληλούϊα.

Maintenant les puissances célestes célèbrent invisiblement avec nous. Car voici que s’avance le Roi de gloire. Voici avec son escorte, le Sacrifice mystique déjà accompli.
Approchons-nous avec foi et amour, afin de devenir participants de la vie éternelle. Alléluia.