2e dimanche après la Pentecôte

Introït

Factus est Dóminus protéctor meus, et edúxit me in latitúdinem : salvum me fecit, quóniam vóluit me.
Díligam te. Dómine, virtus mea : Dóminus firmaméntum meum et refúgium meum et liberátor meus.

Il s’est fait, le Seigneur, mon protecteur. Il m’a tiré dehors, au large. Il m’a sauvé parce qu’il m’a voulu.
 Je t’aimerai, Seigneur, ma force. Le Seigneur est mon abri, mon refuge et mon libérateur. (Psaume 17.)

À l’approche du soir de sa vie, David repensa à tout ce que les longues années lui avaient apporté. Il y avait eu beaucoup de souffrances ; nombreux sont ceux qui lui avaient été hostiles ; l’amertume, la torture et l’affliction causées par des passions tumultueuses avaient attristé son cœur. Mais tout cela était largement compensé par l’aide que Dieu lui avait accordée, la protection qui lui était venue d’en haut. C’est pourquoi il s’écrie avec un cœur reconnaissant : « Le Seigneur est devenu mon protecteur ! Je t’aimerai, ô Seigneur, toi qui es ma force ! »

Les saints dans le ciel expriment les mêmes sentiments : « Le Seigneur est devenu mon protecteur, et il m’a conduit dans un lieu spacieux. » Leur bonheur est désormais sans limites. Ils sont libérés à jamais de tout ce qui est petit, mesquin et imparfait, de tout ce qui les opprimait autrefois, de tout ce qui était défectueux. Ils jouissent désormais d’une liberté parfaite. Ils ont été sauvés et chantent à jamais un cantique d’amour reconnaissant.

Nous qui sommes encore sur terre, nous avons certainement toutes les raisons de remercier Dieu d’être devenu notre Protecteur, de nous avoir conduits au grand jour, dans la liberté parfaite des enfants de Dieu, et d’être devenu notre Rédempteur par pur amour. Notre reconnaissance doit être particulièrement sincère lorsque nous pensons au Sauveur eucharistique et à la protection que sa grâce nous offre contre tous les ennemis de notre âme, contre tout ce qui l’opprime, l’affaiblit ou obscurcit sa vision. Combien celui qui s’est fait chair est devenu notre protecteur dans la Sainte Eucharistie ! Quel amour ne nous manifestera-t-il pas dans ce sacrement jusqu’à la fin ! Quand nous considérons cela, les mots Diligam te doivent sûrement jaillir du plus profond de notre cœur. Je tenterai de rendre ton amour infini par mon pauvre amour. Tu es ma force contre toute la violence de ma nature incontrôlée, tu es mon refuge et mon secours, vers qui je peux me tourner dans tous mes besoins.

Dans la première phrase, la joie tend continuellement vers le développement, jusqu’à ce que le motif sur eduxit me atteigne sa pleine mesure avec les mots in latitudinem. C’est le chant de celui qui se retrouve soudain libre et en plein jour après un long emprisonnement dans un cachot étroit, sombre et humide. Il ne faut pas s’étonner que cette même mélodie se retrouve dans l’Introït Statuit. Ici aussi, elle transfigure le plus noble de tous les thèmes : la dignité du sacerdoce. L’ascension sur protéctor meus a un certain rapport avec le Dóminus prope de l’Introït Gaudéte (troisième dimanche de l’Avent) : elle rappelle aussi un peu le début de l’Introït de la fête de saint Étienne.

La construction est évidente dès le premier coup d’œil. Des deux phrases qui composent le morceau, la première a sa demi-cadence et sa cadence complète sur la dominante (la), la seconde finalement sur la tonique du mode (ré). La première phrase présente une arsis de grande envergure, tandis que la seconde est clairement une thesis. Alors que le fa est banni de la première moitié de la première phrase, la note si bémol apparaît quatre fois ; la seconde moitié est influencée par le do aigu, et le bémol apparaît trois fois. Sur edúxit, les deux podatus doivent être interprétés de manière large. La première phrase comporte une quarte descendante (ré-la) sur edúxit ; la deuxième phrase deux quartes descendantes (sol-ré). Le motif sur me fecit se réentend sur vóluit avec une tranquille formule finale qui libère la tension des quartes.

Dom Dominic Johner


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