Le vrai nom de la fête est « Dédicace de l’archibasilique du Très Saint Sauveur ». Elle prime le dimanche.
Bienheureux cardinal Schuster :
Cette fête, devenue si importante, apparaît dans l’usage liturgique du Latran vers le XIIe siècle, époque où les divers Ordines Romani notent qu’en cette circonstance l’église était ornée de guirlandes, et qu’en ce jour, si le Pontife était à Rome, il célébrait lui-même la messe et les vêpres de la solennité.
Quand et comment apparut cet anniversaire de la dédicace du Latran, ignorée d’abord de la tradition liturgique classique de Rome, nous l’ignorons encore. Si toutefois nous remarquons qu’elle se présente dix jours avant celle des basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul, nous serons tentés d’admettre qu’elle a été instituée en corrélation avec la solennité inaugurale des deux principaux sanctuaires apostoliques, afin de célébrer à quelques jours d’intervalle la dédicace des trois plus grandes basiliques constantiniennes de Rome.
Le martyrologe hiéronymien mentionne la dédicace des basiliques romaines restaurées ou construites par Sixte III comme Sainte-Marie-Majeure (5 août), Saint-Pierre ad vincula (1er août), les saints Sixte, Hippolyte et Laurent (2 novembre) tandis qu’il omet toute mention des dédicaces accomplies par le pape saint Sylvestre sur la voie Cornelia, sur la voie d’Ostie et in Lateranis.
Comment arriva-t-on, à Rome, à fixer au 9 novembre l’anniversaire de la dédicace de la basilique du Sauveur ? Les documents nous manquent, et nous ne pouvons faire que des hypothèses.
Il fut un temps où la tradition liturgique à Rome voulait qu’on célébrât aujourd’hui simultanément la dédicace des diverses églises dédiées au Sauveur. Peut-être, au début, le 9 novembre était-il simplement l’anniversaire de la dédicace de Saint-Sauveur in Thermis, dont Constantin aurait été également le premier fondateur ? Avec le temps, la dedicatio Sancti Salvatoris aurait été étendue à toutes les églises dédiées au Sauveur à Rome, à commencer par la basilique du Latran.
Il y a plus ; en ce même jour, les Orientaux fêtent la commémoration d’une image miraculeuse du Sauveur, profanée par les Juifs à Beyrouth, et de laquelle aurait jailli du sang. Il est possible que cette fête orientale du Sauveur, devenue populaire même chez les Latins et inscrite dès lors dans les martyrologes, ait été le point de départ de la solennité romaine de la basilique du Sauveur au Latran.
Mais même sans avoir la prétention de faire remonter la dédicace que nous célébrons aujourd’hui jusqu’au temps du pape Silvestre, pourquoi ne pas la mettre plutôt en relation avec celle qu’accomplit certainement au Latran Serge III (904-911) alors que, la vénérable basilique constantinienne s’étant écroulée en 897, il la releva entièrement ?
Comme on le voit, il faut actuellement laisser tous ces problèmes encore sans solution, et nous devons nous contenter, pour le moment, de savoir que la dedicatio Sancti Salvatoris a à son actif une antiquité d’au moins huit siècles, antiquité suffisamment vénérable par conséquent.
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Il est possible en effet, voire même probable, que le 9 novembre ait été choisi à cause de la commémoration en ce jour de « l’image du Sauveur laquelle ayant été crucifiée par les Juifs, répandit du sang en telle abondance que les églises d’Orient et d’Occident purent en recevoir à leur gré », comme dit le martyrologe. Mais je n’ai trouvé aucune mention de cette fête en ce jour ni en aucun autre dans les calendriers byzantins généraux. Il semble qu’elle existe dans le calendrier maronite au 10 avril. La fête de « l’image du Sauveur » était devenue en de nombreux pays latins la « fête du Sauveur », il était facile de lui substituer une fête de la « dédicace du Saint Sauveur ».
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