Bugnini vu par le P. Luykx

Le P. Luykx dit qu’il avait de l’amitié pour Bugnini, et il le montre lorsque le travail de la commission préparatoire du concile sur la liturgie fut jeté à la poubelle et son secrétaire Bugnini destitué :

« En raison de mes obligations en Afrique, je n’étais pas à Rome lorsque ce coup d’État a eu lieu. Lors de mon voyage suivant, j’ai rendu visite au secrétaire Bugnini, destitué de manière ignominieuse, afin de le réconforter. Il était encore tellement affecté par les événements qu’il a pleuré sur mon épaule ! En signe de reconnaissance pour ma sollicitude, il m’offrit une bouteille d’excellente liqueur que son frère venait de distiller, afin de nourrir notre amitié. »

Mais voici ce qu’il écrit ensuite, sur le rôle de Bugnini dans le travail des sous-commissions après le concile. (Mgr Malula était l’archevêque de Kinshasa, et le P. Luykx était son « expert ». « CSL » est la constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum concilium.)

La tendance à s’éloigner de l’adhésion à CSL s’est propagée jusqu’au sommet, jusqu’au secrétaire Annibale Bugnini. Tout au long du Mouvement liturgique, de la Commission préparatoire pour la liturgie et du Consilium du pape Jean, le père Bugnini était resté fidèle à la Tradition et au Magistère. Mais après le Concile, il a changé. D’après l’amitié que je lui portais, je crois que ce changement n’était pas dû à une malveillance délibérée, mais plutôt à une faiblesse. Il me semblait très influençable : si quelqu’un le poussait dans un sens, il allait dans ce sens ; si quelqu’un le poussait dans l’autre sens, il allait dans l’autre sens.

Mais le père Bugnini était aussi un politicien, et un politicien avide de pouvoir. Pour obtenir ce pouvoir, il devait donner l’impression de réussir, alors il suivait ceux qui étaient les plus bruyants et apparemment les plus puissants. Il était fortement influencé par les modernistes qui avaient rompu avec la fidélité à CSL, dont le plus virulent était Johannes Wagner, de l’Institut de Trèves en Allemagne. Peu de temps après, Bugnini a cessé d’inviter aux réunions les membres « réactionnaires » qui osaient adhérer au texte de CSL ou aux principes solides de l’anthropologie religieuse. Je le sais de source sûre, car Mgr Malula et moi-même faisions partie de ceux qui ont perdu sa faveur.

Quel rôle l’évêque Malula et moi-même avons-nous joué au milieu de cette tension et de cette polarisation croissantes ? Après peu de temps, l’évêque Malula a perdu toute envie de participer aux sous-commissions. La boutique révolutionnaire des érudits lui donnait le sentiment d’être inutile ; ils le traitaient comme un ignorant et l’insultaient même. De plus, l’ensemble du travail des sous-commissions allait à l’encontre de CSL et était inutile pour les pays de mission, en particulier ceux d’Afrique. Mgr Malula a fait part de ce fait à plusieurs reprises au secrétaire Bugnini. À ces occasions, Bugnini a répondu au bon évêque par des remarques si atroces qu’elles sont à jamais gravées dans ma mémoire :

Bugnini : Si vous n’êtes pas d’accord, créez votre propre commission en Afrique.

Malula : Où notre Église, pauvre comme un mendiant, trouvera-t-elle les fonds pour faire une telle chose, alors que vous, ici, disposez de l’argent de tout l’Occident riche ?

Bugnint : N’importe. Ici, nous partons du principe que l’homme occidental moderne est l’homme tout court, le modèle de toute véritable humanité, pour tous les pays et toutes les cultures, et pour tous les âges à venir.

Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Furieux d’une insulte aussi arrogante et absurde, Mgr Malula jura de ne jamais revenir. Il m’autorisa à le remplacer et me donna des instructions en ce sens. Je suppose que le père Bugnini et ses acolytes étaient heureux de se débarrasser d’un « ennemi », conformément à la nouvelle politique d’exclusion de ceux qui étaient fidèles à CSL.

Nous reviendrons plus tard sur la réponse révélatrice du père Bugnini à Mgr Malula, car il est apparu clairement que son opinion sur la suprématie et la valeur normative de l’homme occidental moderne faisait partie de son programme – et par conséquent du programme des sous-commissions du Consilium qu’il supervisait.

À ce stade, on peut se poser une question évidente et sérieuse : d’où un homme ou un groupe tire-t-il le droit d’imposer sa manière de prier ou de célébrer à toute l’Église occidentale ? Cette question touche au cœur même de la validité douteuse, ou du moins de la licéité, d’une grande partie du travail des sous-commissions du Consilium, car celles-ci ont souvent travaillé au mépris de CSL, la seule norme faisant autorité donnée par le Concile.


En savoir plus sur Le blog d'Yves Daoudal

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire