Le « troisième Temple »

Il y a des mouvements en Israël qui veulent construire le « troisième Temple ». Et il y a aux Etats-Unis de nombreux « chrétiens sionistes » qui partagent cette grotesque utopie, comme l’actuel ministre de la Guerre Pete Hegseth. Lorsque j’ai évoqué cette folie j’ai signalé que c’était incompatible avec le christianisme. Ce matin je lisais la 10e homélie d’Origène sur le Lévitique. Elle commence par une explication parfaite (comme si souvent chez Origène) de cette incompatibilité. (Traduction Marcel Borret, Sources chrétiennes.)

Ceux dont l’art est de couler des effigies de bronze et de fondre des statues, avant d’exécuter l’œuvre véritable en bronze, en argent ou en or, modèlent d’abord une maquette d’argile à la ressemblance de la future statue. La maquette est bien nécessaire, mais jusqu’à l’achèvement du chef-d’œuvre. Une fois terminée |’œuvre pour laquelle avait été modelée la maquette d’argile, on ne cherche plus à s’en servir. Comprends qu’il en va de même pour ce qui a été écrit ou accompli dans la Loi et les prophètes « en type » et en figure des choses à venir. Car est venu en personne l’artiste et l’auteur de toutes choses ; et « la Loi qui possédait l’ombre des biens à venir », il l’a transformée en « l’image même des réalités ». Mais de peur que nos affirmations ne te semblent difficiles à prouver, examine-les une à une.

Il y avait jadis Jérusalem, cette grande ville royale où l’on avait élevé à Dieu un temple très célèbre. Mais après que fut venu celui qui était le véritable temple de Dieu et disait du temple de son corps : « Détruisez ce temple », et qui entreprit de dévoiler les mystères de « la Jérusalem céleste », cette ville terrestre fut détruite dès qu’apparut la céleste, et dans ce temple il n’est pas resté pierre sur pierre, depuis que la chair du Christ est devenue le véritable temple de Dieu. Il y avait jadis un pontife purifiant le peuple « avec le sang des taureaux et des boucs » ; mais depuis qu’est venu le véritable pontife qui a sanctifié les croyants par son sang, nulle part n’existe plus ce premier pontife, et aucune place ne lui fut laissée. Il y eut jadis un autel et on célébrait des sacrifices ; mais dès que vint l’Agneau véritable « qui s’est offert & Dieu en victime », tous ces sacrifices, comme institutions provisoires, ont pris fin.

Alors, ne te semble-t-il pas que, selon la figure établie plus haut, il y eut comme des maquettes façonnées d’argile qui représentaient les images de la vérité ? Bref, c’est pour cette raison que l’économie divine a pourvu à ce que la ville même et le temple et tout le reste fussent pareillement détruits : de peur que celui qui serait encore « petit enfant et nourri au lait dans la foi », à les voir subsister, alors que le rite des sacrifices, alors que l’ordonnance des cérémonies l’étonnent et l’émerveillent, ne fût séduit par la seule vue des diverses figures. Mais Dieu, veillant sur notre faiblesse, et voulant que son Eglise se multiplie, a fait que toutes ces choses soient détruites de fond en comble, pour que nous n’ayons aucune hésitation, elles disparues, à croire véritables celles dont elles contenaient d’avance le type.


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