Saint Jean Eudes

Extrait des Entretiens intérieurs, cité par le site des Eudistes.

Le Baptême est appelé, dans l’Écriture sainte, régénération et renaissance : le bain de la régénération (Tite 3, 5). À moins de renaître d’eau et d’Esprit (Jean 3, 5) ; génération et naissance qui a pour exemplaire et prototype la génération et la naissance éternelle du Fils de Dieu dans le sein de son Père, et sa génération et naissance temporelle dans le sein virginal de sa Mère.

Car, comme dans sa génération éternelle, son Père lui communique son être, sa vie et toutes ses perfections divines, ainsi, dans notre Baptême, ce même Père nous donne, par son Fils et en son Fils, un être et une vie toute sainte et divine.

Et comme dans la génération temporelle du Fils de Dieu son Père lui donne un nouvel être et une nouvelle vie, mais une vie qui, quoique toute sainte et divine, est néanmoins revêtue de mortalité, de passibilité et de toutes les misères de la vie humaine, ainsi la vie nouvelle que Dieu nous donne par le Baptême est toute environnée et assiégée de fragilité, de faiblesse, de mortalité et de toutes les infirmités de la vie humaine avec laquelle elle est jointe.

De plus, comme le Saint-Esprit est envoyé pour former le Fils de Dieu dans les sacrées entrailles de la Bienheureuse Vierge, aussi il est envoyé pour le former et pour le faire vivre, par le Baptême, dans le sein de notre âme, et pour nous incorporer et unir avec lui, et nous faire naître et vivre en lui: À moins de renaître d’eau et d’Esprit.

Et comme les trois Personnes divines ensemble ont coopéré par une même puissance et bonté à l’œuvre admirable de l’Incarnation, ainsi ces mêmes Personnes se trouvent présentes en notre Baptême, et coopèrent ensemble à nous donner le nouvel être et la nouvelle vie en Jésus-Christ, qui nous y est donnée.

Ainsi notre Baptême est une génération ineffable et une naissance admirable, qui est une image vive de la génération et de la naissance éternelle et temporelle du Fils de Dieu. À raison de quoi notre vie doit être une image parfaite de sa vie. Nous sommes nés de Dieu (Jean 1, 13);  nous sommes nés en Jésus-Christ, créés dans le Christ (Eph. 2, 10); nous sommes nés et formés par l’opération du Saint- Esprit: ce qui est né de l’Esprit (Jean 3, 6). C’est pourquoi nous ne devons vivre que de Dieu, en Dieu et pour Dieu ; nous ne devons vivre que de la vie de Jésus-Christ; et nous ne devons nous conduire que par son Esprit qui nous doit animer et posséder entièrement.

Humilions-nous de nous voir si éloignés de cette vie qui doit être dans tous les chrétiens. Donnons-nous à Dieu avec un grand désir de commencer à vivre ainsi, et prions-le qu’il détruise en nous la vie du monde et du péché, et qu’il y établisse sa vie, afin que nous ne soyons pas de ceux desquels saint Paul dit qu’ils sont étrangers à la vie de Dieu (Eph. 4 18).

De la férie

On fait mémoire de saint Agapit, martyr de 15 ans à Palestrina (Preneste) au IIIe siècle, d’où le nom de la cathédrale de la ville, qui est un titre cardinalice.

Avant que Pie XII saccage les octaves, y compris celle de la plus importante fête mariale, on lisait aux matines l’extrait du deuxième sermon de saint Jean Damascène résumant la tradition de la mort de la Mère de Dieu en présence des apôtres. C’est une explication détaillée de l’icône que j’ai reproduite le 15 août. En voici une autre, typique de l’école de Souzdal du XVIe siècle, où l’on voit les apôtres arrivant sur des nuages, puis les apôtres autour de la Mère de Dieu, à droite saint Timothée, premier évêque d’Éphèse et saint Denys l’Aréopagite, à gauche saint Hiérothée premier évêque d’Athènes et saint Jacques premier évêque de Jérusalem (qui n’avait pas besoin de nuage…) La Mère de Dieu est transportée au ciel sur un séraphin aux ailes rouges. Le plus souvent elle est escortée par deux anges.

Par un étonnant hasard (puisque ce fut le lot de la plupart des autres octaves), ce texte a été supprimé de la liturgie moins de cinq mois après la « définition » de l’Assomption selon laquelle on ne sait pas si la Sainte Vierge est morte ou non…

Une ancienne tradition nous a appris qu’au temps où la bienheureuse Vierge s’endormit glorieusement dans le Seigneur, tous les saints Apôtres, qui parcouraient le monde pour travailler au salut des Gentils, furent transportés en un instant à Jérusalem. Là leur apparurent des Anges, et le concert des puissances célestes retentit à leurs oreilles : ce fut ainsi, au milieu de la gloire divine que Marie rendit à Dieu son âme sainte. Son corps, où d’une manière ineffable la divinité avait été reçue, fut transportée au chant des hymnes des Anges et des Apôtres, et déposé dans un sépulcre du jardin de Gethsémani, et là, pendant trois jours entiers, retentit un concert angélique.

Après trois jours, le concert angélique ayant cessé, Thomas, qui seul avait été absent, étant survenu alors et ayant voulu vénérer le corps dans lequel Dieu s’est incarné, les Apôtres qui avaient assisté à la sépulture ouvrirent le tombeau. Mais ils ne retrouvèrent nulle part le saint corps. N’ayant trouvé que ce qui avait servi à l’ensevelir, et d’où s’exhalait une odeur merveilleuse dont ils furent tout embaumés, ils refermèrent le sépulcre. Stupéfaits de ce miracle, ils ne purent penser autre chose, sinon que celui qui avait bien voulu s’incarner en la Vierge Marie, se faire homme et naître d’elle, quoiqu’étant le Verbe de Dieu et le Seigneur de gloire, et qui avait conservé dans son intégrité la virginité de sa Mère après l’enfantement, avait aussi voulu, quand elle cessa de vivre, conserver incorruptible son corps immaculé et le transporter par honneur dans le ciel, avant la résurrection générale.

Il y avait alors avec les Apôtres le très saint Timothée, premier Évêque d’Éphèse, et Denys l’Aréopagite, ainsi qu’en témoigne ce dernier dans sa lettre au précédent, au sujet du bienheureux Hiérothée, qui s’y trouvait aussi. Voici comme il en parle : « Lorsque plusieurs de nos saints frères, et nous avec eux, vous le savez, étions réunis aux princes mêmes de l’Église remplis du souffle divin (parmi lesquels Jacques, le frère du Seigneur, et Pierre, l’oracle suprême et l’autorité souveraine de la théologie), pour considérer le corps qui donna au monde le principe de la vie et renferma la divinité ; ayant contemplé ce saint corps, tous se complurent à célébrer par des hymnes, chacun selon son pouvoir, l’infinie bonté de la puissance divine ».

10e dimanche après la Pentecôte

Illustration d’un livre des chants du Triode édité par les « vieux croyants » de Gouslitsy (région de Vladimir) en 1820.

L’évangile de ce dimanche est celui du publicain et du pharisien. Dans la liturgie byzantine c’est le thème du premier dimanche de préparation au carême. Voici la 7e ode des matines, dans la traduction du Triode publié cette année par les éditions Apostolia.

Le pharisien, s’exaltant au souvenir de ses justes actions, dans son orgueil démesuré fut pris au piège de la vanité ; au contraire le publicain de Dieu put s’approcher, emporté sur les ailes de l’humilité.

Gravissant es degrés de l’humilité, le publicain monta jusqu’au ciel et par sa jactance le pharisien, dans sa légèreté, s’aventura sur la corde raide de l’enfer.

Prenant en embuscade les justes, le Séducteur les dépouille par le moyen de la vaine gloire ; quant aux pécheurs, il les enchaîne dans le filet du désespoir ; mais nous, les émules du publicain, cherchons à éviter tous ces maux.

Devant Dieu prosternons-nous, dans la prière et les larmes, dans les profonds gémissements, imitant du publicain l’exaltante humilité, pour chanter fidèlement : Dieu de nos pères, Seigneur, tu es béni.

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.

Initiant tes disciples, Sauveur, tu leur recommandais de ne pas s’enorgueillir, leur enseignant, ô Maître, plutôt à se laisser entraîner vers d’humbles pensers ; et nous fidèles, nous chantons : Dieu de nos pères, Seigneur, tu es béni.

Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

En toi nous reconnaissons la divine échelle pleine de beauté que Jacob vit en songe autrefois, unissant la terre et le ciel ; ô Vierge sainte, en effet, tu as permis à Dieu de descendre pour prendre chair et par toi les hommes montent jusques aux cieux.

*

Le propre de la messe :

L’introit.

Le graduel.

L’alléluia.

La communion.

(L’offertoire est le même que celui du premier dimanche de l’Avent.)

Assomption

« Dormition aux nuages » (les nuages qui amènent les apôtres auprès de la Mère de Dieu mourante), icône du monastère de la dîme, Novgorod, début du XIIIe siècle, galerie Tretiakov.

Doxastikon des apostiches des grandes vêpres, par le protopsalte Athanasios Vougioukli, membre fondateur du chœur universitaire « Les maîtres de l’art du chant liturgique », professeur de musique byzantine (premier prix du Conservatoire d’Athènes), auteur de plusieurs ouvrages sur le chant byzantin. Le titre d’« archonte hymnode de la Grande Eglise du Christ » lui a été décerné en 2003 par le patriarche Bartholomée en reconnaissance de sa contribution à l’art sacré.

Δόξα Πατρὶ καὶ Υἱῷ καὶ Ἁγίῳ Πνεύματι, καὶ νῦν καὶ ἀεὶ καὶ εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων. Ἀμήν.
Ὅτε ἐξεδήμησας Θεοτόκε Παρθένε, πρὸς τὸν ἐκ σοῦ τεχθέντα ἀφράστως, παρῆν Ἰάκωβος ὁ Ἀδελφόθεος, καὶ πρῶτος, Ἱεράρχης, Πέτρος τε ἡ τιμιωτάτη κορυφαία τῶν θεολόγων ἀκρότης, καὶ σύμπας ὁ θεῖος τῶν Ἀποστόλων χορός, ἐκφαντορικαῖς θεολογίαις ὑμνολογοῦντες, τὸ θεῖον καὶ ἐξαίσιον, τῆς Χριστοῦ τοῦ Θεοῦ οἰκονομίας μυστήριον, καὶ τὸ ζωαρχικόν, καὶ θεοδόχον σου σῶμα κηδεύσαντες, ἔχαιρον πανύμνητε. Ὕπερθεν δὲ αἱ πανάγιαι καὶ πρεσβύταται τῶν Ἀγγέλων Δυνάμεις, τὸ θαῦμα ἐκπληττόμεναι, κεκυφυῖαι ἀλλήλαις ἔλεγον· Ἄρατε ὑμῶν τὰς πύλας, καὶ ὑποδέξασθε τὴν τεκοῦσαν, τὸν οὐρανοῦ καὶ γῆς Ποιητήν, δοξολογίαις τε ἀνυμνήσωμεν, τὸ σεπτὸν καὶ ἅγιον σῶμα, τὸ χωρῆσαν τὸν ἡμῖν ἀθεώρητον καὶ Κύριον. Διόπερ καὶ ἡμεῖς τὴν μνήμην σου ἑορτάζοντες, ἐκβοῶμέν σοι· Πανύμνητε, Χριστιανῶν τὸ κέρας ὕψωσον, καὶ σῶσον τὰς ψυχὰς ἡμῶν.

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Vierge Mère de Dieu, lorsque tu allas rejoindre celui qui fut mis au monde d’ineffable façon par toi, il y avait Jacques, premier hiérarque et frère du Seigneur, Pierre le vénérable et souverain coryphée des théologiens et tout le chœur des Apôtres divins ; en des hymnes d’explicite théologie ils chantaient le divin mystère de l’Economie du Christ notre Dieu ; et tandis qu’ils mettaient ton corps au tombeau, ce corps porteur de Dieu et source de vie, ils étaient dans la joie, Vierge toute-digne de nos chants. Au-dessus d’eux les très-saintes et vénérables Puissances des cieux, admirant la merveille et courbées de respect, se disaient mutuellement : Elevez les portes et recevez celle qui enfanta le Créateur de la terre et du ciel ; glorifions et chantons l’auguste corps plein de sainteté qui porta le Seigneur invisible pour nous ! C’est pourquoi, dans la célébration de ta mémoire, nous crions, Vierge toute-digne de nos chants : Relève le front des chrétiens et sauve nos âmes.

Vigile de l’Assomption

Pendant les deux semaines avant la fête de la Dormition (le « carême de la Mère de Dieu ») on chante dans les églises byzantines un office spécial, la Paraklisis (supplication) à la Mère de Dieu (sauf le jour de la Transfiguration). Voici les exapostilaires, chantés par des moniales d’un monastère de la Sainte Protection (de la Mère de Dieu), mais je n’ai pas trouvé où…

Ἀπόστολοι ἐκ περάτων,
συναθροισθέντες ἐνθάδε,
Γεθσημανῆ τῷ χωρίῳ,
κηδεύσατέ μου τὸ σῶμα,
καὶ σύ, Υἱὲ καὶ Θεέ μου,
παράλαβέ μου τὸ πνεῦμα.

Apôtres réunis des confins de la terre au domaine de Gethsémani, ensevelissez mon corps, et toi, mon Fils et mon Dieu, accueille mon esprit.

Ὁ γλυκασμὸς τῶν Ἀγγέλων,
τῶν θλιβομένων ἡ χαρά,
χριστιανῶν ἡ προστάτις,
Παρθένε Μήτηρ Κυρίου,
ἀντιλαβοῦ μου καὶ ῥῦσαι
τῶν αἰωνίων βασάνων.

Ô douceur des anges, joie des affligés, protection des chrétiens, Vierge Mère du Seigneur, viens à mon secours et garde-nous des tourments éternels.

Καὶ σὲ μεσίτριαν ἔχω,
πρὸς τὸν φιλάνθρωπον Θεόν,
μή μου ἐλέγξῃ τὰς πράξεις,
ἐνώπιον τῶν Ἀγγέλων,
παρακαλῶ σε, Παρθένε,
βοήθησόν μοι ἐν τάχει.

J’ai en toi une médiatrice devant Dieu qui aime les hommes ; qu’il ne m’accuse pas pour mes actions devant les anges, je t’en supplie, ô Vierge, viens vite à mon aide.

Χρυσοπλοκώτατε πύργε,
καὶ δωδεκάτειχε πόλις,
ἡλιοστάλακτε θρόνε,
καθέδρα τοῦ Βασιλέως,
ἀκατανόητον θαῦμα,
πῶς γαλουχεῖς τὸν Δεσπότην;

Tour tressée d’or et cité aux douze murs, trône qui distille le soleil, chaire du Roi, merveille incompréhensible, comment allaites-tu le Maître ?