


Lettre à sa nièce Elisabeth Porto.
Je suis un pécheur et je m’estime peu de chose, mais je recours aux plus excellents serviteurs du Seigneur, afin qu’ils prient pour toi le Christ béni et sa Mère. Mais n’oublie pas que tous les saints ne peuvent pas te rendre chère au Christ autant que tu le peux toi-même : c’est là ton affaire. Et si tu veux que le Christ te chérisse et vienne à ton aide, chéris-le toi-même, dirige vers lui ta volonté afin de lui plaire en tout ; et ne doute pas que, même si tous les saints et toutes les créatures t’abandonnaient, lui du moins sera toujours auprès de toi dans tes nécessités.
Sache-le comme une chose certaine : nous sommes ici sur terre comme des étrangers et des voyageurs. Notre patrie est le ciel. Celui qui se gonfle d’orgueil s’égare loin du chemin et court à la mort. En vivant ici-bas, nous devons acquérir la vie éternelle, que nous ne méritons pas, car nous l’avons perdue à cause de nos péchés, mais que Jésus Christ a reconquise pour nous. C’est pourquoi nous devons toujours lui rendre grâce, l’aimer, lui obéir et, autant que c’est possible, être toujours avec lui.
Il s’est donné pour nous en nourriture : malheureux, celui qui méconnaît un si grand don ! Il nous est donné de posséder le Christ, fils de la Vierge Marie, et nous le refusons. Malheur à celui qui ne se soucie pas de le recevoir !
Ma fille, voici le bien que je souhaite pour moi et que j’implore pour toi, mais il n’y a pas d’autre voie pour l’obtenir que de prier souvent la Vierge Marie : qu’elle te visite avec son glorieux Fils. Mieux encore : ose lui demander de te donner son Fils, qui est la véritable nourriture de l’âme dans le Saint Sacrement de l’autel. Elle te le donnera volontiers, et lui-même viendra plus volontiers encore pour te fortifier, pour que tu puisses avancer sans crainte dans cette sombre forêt où tant d’ennemis nous guettent, mais qui demeurent loin de nous s’ils voient que nous sommes gardés par un tel protecteur.
Ma fille, ne communie pas à Jésus-Christ afin d’user de Lui à ton gré ; je veux que tu t’abandonnes à lui, et que lui te reçoive, afin que lui-même, ton Dieu sauveur, fasse pour toi et en toi ce qu’il veut. Voilà ce que je désire, à quoi je t’exhorte et, autant que j’en ai le pouvoir, ce que j’exige de toi.

« A Rome, sur le mont Esquilin, Dédicace de la Basilique Sainte-Marie aux Neiges ». Cette basilique, une des plus importantes de Rome, est un sanctuaire qui intéresse grandement la piété de l’Église romaine. La dédicace d’une cathédrale ou d’une église paroissiale reste une fête locale ; la dédicace des églises-mères de la chrétienté (le Latran, Saint-Pierre, Saint-Paul, Sainte-Marie-Majeure) se célèbre, au contraire, dans l’univers entier, en signe de la communion de tous les fidèles avec Rome. Sainte Marie-Majeure est une des grandes stations du calendrier liturgique où nous nous rendons plusieurs fois tous les ans par la pensée (à Noël, à Pâques, aux mercredis des Quatre-Temps).
Ce sanctuaire, primitivement appelé Basilica Sicinini, remonte à l’époque constantinienne. L’histoire de sa fondation repose sur une légende dont on ne trouve pas trace avant le moyen âge. En voici les épisodes d’après le bréviaire : « Sous le pontificat du pape Libère (352-366), le patrice romain Jean et son épouse, étant tous deux sans enfants, décidèrent de donner leur héritage à la Très Sainte Vierge en la suppliant ardemment de leur faire connaître, d’une manière ou d’une autre, à quelle œuvre pieuse devaient employer leurs richesses. Marie écouta leur prière et y répondit par un miracle. Le 5 août, à l’époque des grandes chaleurs à Rome, une partie du mont Esquilin fut couverte de neige durant la nuit. Cette même nuit, les pieux époux eurent un songe pendant leur sommeil, et la Mère de Dieu les avertit séparément d’élever une église qui lui serait dédiée à l’endroit qu’ils verraient couvert de neige : ainsi voulait-elle être instituée leur héritière. Le patrice Jean rapporta la chose au pape Libère qui avait eu la même vision. Celui-ci se rendit alors processionnellement, accompagné de son clergé et du peuple, à la colline couverte de neige, et y détermina l’emplacement de l’église ».
La basilique fut reconstruite sous le pontificat de Sixte III (431-440) qui la dédia (432) à Marie, dont le Concile d’Éphèse (431) venait de proclamer le titre de Mère de Dieu. L’abside et les murs du nouvel édifice furent ornés de mosaïques représentant la vie du Sauveur. A la fin du quatrième siècle, on y avait bâti une grotte à l’image de la Grotte de Bethléem ; de là le nom de Sainte-Marie-à-la-Crèche qu’on lui donne aussi. C’était Bethléem que les fidèles de Rome croyaient retrouver en ce temple. On l’appelle encore : Basilique Libérienne (du nom du pape qui. l’a construite), Sainte-Marie-Majeure (en raison de son importance), et Sainte-Marie-aux-Neiges (d’après la légende de son origine).
Contrairement à l’usage habituel, la liturgie utilise aujourd’hui, non pas l’Office de la Dédicace, mais l’office de la Sainte Vierge avec la messe si connue du commun : Salve Sancta Parens.
Séquence du missel dominicain.
In cælésti hierarchía,
Nova sonet harmonía,
Novo ducta cántico.
Que dans la hiérarchie céleste
Résonne une nouvelle harmonie
Menée sur un cantique nouveau.
Cui concórdet in hac via,
Nostri chori melodía
Congáudens Domínico.
Qu’à celle-là concorde en cette vie
La mélodie de notre chœur
Se réjouissant avec Dominique.
Ex Ægýpto vastitátis
Virum suæ voluntátis
Vocat Auctor sǽculi.
De l’Égypte de la solitude,
L’auteur du monde
Appelle l’homme de sa volonté.
In fiscélla paupertátis,
Flumen transit vanitátis
Pro salúte pópuli.
Sur la nacelle de la pauvreté
Celui-ci passe le fleuve de la vanité,
Pour le salut du peuple.
In figúra cátuli,
Prædicátor sǽculi
Matri præmonstrátur.
Sous la forme d’un petit chien,
Le prêcheur du monde
Est montré d’avance à sa mère.
Portans ore fáculam,
Ad amóris régulam
Pópulos hortátur.
Portant dans sa bouche une torche,
A la règle de la charité
Il exhorte les peuples.
Hic est novus legislátor
Hic Elías æmulátor,
Et detéstans crímina.
C’est lui, le nouveau législateur,
Il est Élie le zélé,
Et qui déteste le péché.
Vulpes díssipat Samsónis
Et in tuba Gedeónis
Hostis fugat ágmina.
Il disperse les renards de Samson,
Et avec la trompette de Gédéon
Il met en fuite les troupes de l’ennemi.
A defúnctis revocátum,
Matri vivum reddit natum,
Vivens adhuc córpore.
Un enfant rappelé de la mort,
Il le rend vivant à sa mère,
Alors que lui-même vivait de la vie corporelle.
Signo crucis imber cedit,
Turba fratrum panem edit,
Missum Dei múnere.
A un signe de croix la pluie se retire,
La foule des frères mange le pain
Envoyé comme un présent de Dieu.
Felix per quem gáudia
Tota iam Ecclésia
Sumens exaltátur.
Heureux est-il celui par qui
L’Église toute joyeuse déjà
Est exaltée.
Orbem replet sémine :
In cælórum ágmine
Tandem collocátur.
Il jette la semence dans le monde ;
A la fin il est placé
Dans l’armée des cieux.
Iacet granum occultátum
Sidus latet obumbrátum,
Sed Plasmátor ómnium
Le grain gît caché,
L’astre se cache dans l’ombre,
Mais le Créateur de toutes choses
Ossa Ioseph pulluláre,
Sidus iubet radiáre,
In salútem géntium.
Ordonne aux ossements de Joseph de multiplier,
Et à l’astre de briller
Pour le salut des nations.
O quam probat carnis florem,
Omnem súperans odórem,
Túmuli fragrántia !
O comme cela prouve la virginité de sa chair :
L’odeur suave de son tombeau
Qui surpasse tout parfum !
Ægri currunt et curántur
Cæci, claudi reparántur,
Virtútum frequéntia.
Les malades y courent et sont guéris ;
Les aveugles, les boiteux, sont rétablis
Par de fréquents miracles.
Laudes ergo Domínico
Personémus mirífico,
Voce plena.
Louanges donc à Dominique
Faisons-les retentir pour lui plein de merveilles
A pleine voix.
Clama petens suffrágia,
Eius sequens vestígia,
Plebs egéna.
Criez en réclamant ses suffrages,
Vous qui suivez ses traces,
Peuple indigent.
Sed tu Pater pie, bone,
Pastor gregis, et patróne,
Prece semper sédula,
Et vous, ô père tendre et bon,
Pasteur du troupeau et son protecteur,
Par une prière toujours assidue,
Apud cúriam summi Regis,
Derelícti vices gregis
Comménda per sǽcula.
Amen. Allelúia.
A la cour du souverain Roi,
Le sort du troupeau par vous laissé
Recommandez-le dans les siècles.
Amen. Alléluia.
Ce matin, en l’église de l’Ascension d’Athènes, superbe Chérouvikon, de Dimitrios Sourlantzi et Athanasios Karamanis, par un jeune chantre impressionnant, manifestement disciple du protopsalte qui est à côté de lui et le dirige. C’est à 1h05’30. Aussi, par le même, le mégalynaire (Axion esti) de Constantin Pringos, Licourgos Petridis et Dimitrios Sourlantzi, à 1h32’40.
Quand on entend cela on prend la mesure de l’ignorance des latins dont un grand argument anti-orthodoxe est que ces gens-là ont une tradition figée, sclérosée. Or les noms ci-dessus sont ceux de professeurs de musique byzantine et de chantres du patriarcat de Constantinople du XXe siècle. Le chant byzantin est toujours vivant, et chaque grand chantre reprend et adapte les compositions des aînés ou ajoute ses propres compositions, dans le respect de la tradition.