8e dimanche après la Pentecôte

L’intendant de richesses malhonnêtes reçoit un éloge de la bouche de son maître pour s’être préparé une sorte de justice avec le fruit même de sa malhonnêteté, et le maître lésé loue la prudence de l’intendant parce qu’en portant préjudice à son maître, il a, dans son intérêt personnel, agi prudemment. Le Christ ne peut subir aucun dommage et toujours incline à la clémence. Combien plus ne louera-t-il pas ses disciples s’ils ont exercé la miséricorde à l’égard de ceux qui croiront en lui ?

Après la parabole, le Seigneur ajoute : « Et moi je vous dis : Faites-vous des amis avec le mammon malhonnête ! » Ce n’est pas l’hébreu, mais le syriaque qui appelle « mammon » malhonnête les richesses parce qu’elles s’amassent par des procédés malhonnêtes. Si donc un bien mal acquis, mais adroitement distribué, peut se changer en justice, la parole divine qui, elle, n’a rien de malhonnête et qui a été confiée aux Apôtres, n’élèvera-t-elle pas jusqu’au ciel ceux qui l’administrent, pourvu que ce soit à bon escient ?

On comprend la suite : celui qui est fidèle pour très peu de chose, ce qui veut dire pour le plan charnel, sera fidèle aussi pour beaucoup, ce qui veut dire pour le plan spirituel. Mais celui qui est malhonnête pour très peu qui ne met pas au service de ses frères ce que Dieu a créé pour tous, celui-là sera malhonnête aussi dans le partage des richesses spirituelles, car il ne dispensera pas la doctrine selon les besoins, mais selon les personnes. « Or, dit le Seigneur, si vous ne dispensez pas bien les richesses matérielles et caduques, qui donc vous confiera les vraies et éternelles richesses de la doctrine divine ? »

Saint Jérôme, leçons des matines (extrait de la lettre 151, à Algasius).

Saint Luc ne traduit pas mammon, saint Jérôme non plus. Parce qu’il ne faut pas le traduire.

De la férie

En 1960 a été supprimée la fête de saint Pierre aux liens. Il est resté la mémoire des saints Machabées, alors que la fête de saint Pierre aux liens avait été fixée au 1er août parce que cette église possède les reliques des sept frères et qu’elle a été consacrée un 1er août.

C’est aussi le 1er août que le calendrier byzantin fait « mémoire des sept frères Machabées, de leur mère Solomonie et de leur maître, le vieillard Eléazar ».

Avant 1960, la dernière leçon des matines de saint Pierre aux liens commémorait les Machabées par ce texte de saint Grégoire de Nazianze :

Quel était le nom des Machabées ? On les désigne, en effet, sous une appellation générique, ceux dont la fête est célébrée en ce jour, au milieu d’une nombreuse assistance. Beaucoup de chrétiens ne leur rendent pas les hommages qu’il faudrait, sous prétexte qu’ils n’ont pas combattu après la venue du Christ. Ils sont pourtant dignes d’être honorés de tous, ces héros qui ont montré tant de courage et une telle constance, pour défendre les lois et les institutions religieuses de leur patrie. Si, en effet, ils sont allés jusqu’au martyre, avant la passion du Christ, qu’auraient-ils fait s’ils avaient souffert la persécution après cette passion, après que la mort d’un Dieu acceptée pour notre salut eût été proposée à leur imitation ? Eux qui ont été si vaillants dans le combat, sans avoir cet exemple sous les yeux, ne seraient-ils pas descendus dans l’arène avec plus de courage encore ? Mais que dis-je ? D’après un sentiment mystique et caché, qu’avec tous les amis de Dieu je crois très probable, aucun de ceux qui ont subi le martyre avant la venue du Sauveur n’aurait pu y atteindre, sans la foi au Christ.

Icône de Souzdal, XVe siècle, en partie refaite les deux siècles suivants.

Saint Ignace de Loyola

Martyrologe :

A Rome, l’anniversaire de saint Ignace, prêtre et confesseur, fondateur de la Compagnie de Jésus. Homme illustre par sa sainteté et ses miracles, il fut animé d’un zèle ardent pour propager dans le monde la Religion Catholique. Le souverain pontife Pie XI l’a établi patron céleste de tous les Exercices spirituels.

Plus bas, dans le martyrologe de ce jour, il y a aussi :

A Ravenne, le trépas de saint Germain, évêque d’Auxerre. Très illustre par sa naissance, sa Foi, sa science et la gloire de ses miracles, il délivra entièrement la Grande-Bretagne de l’hérésie des pélagiens.

Germain, évêque d’Auxerre, est allé deux fois en Angleterre. La première fois avec saint Loup, évêque de Troyes, commémoré avant-hier 29 juillet. Et sur le trajet ils rencontrent une petite fille qui sera sainte Geneviève. Il la retrouvera lors de son deuxième voyage, avec saint Sévère, évêque de Trèves.

Il est mort à Ravenne parce qu’il avait négocié la paix entre les Armoricains révoltés et les Allains de la Loire lancés contre eux par Aetius : le roi des Allains acceptait à condition que le traité soit ratifié par Aetius, généralissime des armées romaines et consul, qui résidait à Ravenne comme l’empereur romain d’Occident.

Les Eglises orthodoxes en France chantent saint Germain avec ce tropaire, se souvenant qu’il était duc (commandant) de la Marche Armorique avant de devenir évêque :

Saint évêque Germain, notre protecteur, honneur et consolation de l’Église des Gaules, tu as quitté la gloire et les richesses, pour suivre avec humilité le Christ notre Dieu. Tu as combattu les hérésies et fait triompher la vraie foi. Ô Père des Auxerrois, refuge des malheureux, prie le Christ de nous affermir dans Sa miséricorde !

La rencontre de sainte Geneviève et de Saint Germain, avec saint Loup, par Pierre Puvis de Chavannes, 1877, Panthéon.

De la férie

On fait mémoire des saints Abdon et Sennen.

« Les Actes des deux martyrs ont subi de telles interpolations de faits légendaires qu’ils n’inspirent pas confiance », disait le bienheureux cardinal Schuster, qui ajoutait aussitôt : « Cependant les antiques monuments du cimetière de Pontien y suppléent ; là, en effet, dans la crypte sépulcrale d’Abdon et Sennen, nous voyons encore représentés ces martyrs dans leurs habits persans, recevant les couronnes du Sauveur. » De part et d’autres deux autres martyrs : saint Milix (ou Milex) et saint Vincent.

En outre, soulignait le même cardinal Schuster, le calendrier philocalien (ou Chronographe de 354) évoque la mise au tombeau, ce jour, des saints Abdon et Sennen, dans le cimetière de Pontien, au lieu dit « ad ursum pileatum » (à l’ours coiffé).

« Au VIIe siècle, leurs reliques furent transportées du souterrain dans une basilique supérieure. Cependant l’hypogée où était le tombeau primitif demeura toujours en grande vénération ; on y creusa même un baptistère où l’on voit peinte la croix gemmée sortant des eaux. Plus tard, Grégoire IV (826) transféra les corps des saints Abdon et Sennen dans le titulus Marci [la basilique Saint-Marc]. »

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L’arrivée de reliques des saints Abdon et Sennen à Arles-sur-Tech, par Prosper Mérimée.