L’atelier de l’abbaye de Reichenau avait réalisé pour saint Henri et sainte Cunégonde un magnifique évangéliaire, qu’on peut consulter intégralement ici ou là. Voici quelques-unes des illustrations, en commençant par le couronnement de l’empereur et de l’impératrice.
« Jésus-Christ, le Pontife des biens futurs, étant venu dans le monde, est entré une fois dans le sanctuaire non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle. » Ainsi parle l’Apôtre, en écrivant aux Hébreux, de Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Pontife véritable. Or, la dignité de ce Pontife est telle que nos pontifes et nos prêtres ne font que le représenter dans tout ce qu’ils accomplissent à la messe. Je vais donc vous expliquer en abrégé ce que c’est que la messe, et comment elle nous est, ainsi que le ministre qui la célèbre, une figure de Jésus-Christ, afin de répondre au désir que vous avez d’assister à ses saintes solennités avec un respect plus profond et une dévotion plus grande.
Le prêtre commence d’abord par placer sur sa tête l’amict, qui est destiné, ainsi que son nom l’indique, à lui couvrir les épaules, et est compté au nombre des ornements sacrés. Ensuite il se revêt de l’aube, prend la ceinture, place le manipule sur son bras gauche, passe une longue étole sur son cou, la croise sur sa poitrine et en laisse pendre, en la retenant au moyen de la ceinture, les deux extrémités de chaque côté. Enfin il prend la chasuble et s’avance vers l’autel. Le prêtre qui négligerait de se revêtir de quelqu’un de ces ornements pour la célébration du sacrifice pécherait grièvement.
Mais voyons, en peu de mots, quelle est leur signification.
L’amict qui couvre la tête, représente Jésus-Christ qui est le chef de l’Eglise et qui a caché sa divinité sous le voile de l’humanité.
L’aube blanche et longue nous rappelle la pureté sans tache du Seigneur, dont saint Pierre nous a dit « qu’il fut toujours étranger au péché et que le mensonge ne sortit jamais de sa bouche ». C’est dans le baptême que Jésus-Christ nous a communiqué sa pureté. Car de même que le lin devient blanc sous l’action de l’eau, de même l’Eglise acquiert l’innocence par le baptême.
La ceinture nous désigne la virginité de Jésus-Christ et de sa très-pure Mère. Or, le Sauveur nous a enseigné à marcher sur ses traces quand il nous a dit : « Que vos reins soient ceints, et ayez dans vos mains des lampes allumées. »
Le manipule placé sur le bras gauche nous représente l’humilité du Seigneur durant sa vie mortelle, ou bien encore le combat qu’il eut à soutenir pour la justice. Car il a combattu vaillamment pour elle ; il a vaincu le monde, renversé la puissance du démon, et ainsi le manipule désigne fort bien le bouclier qu’on avait coutume de porter sur le bras gauche, ou même le combat pour la justice. Le Seigneur nous exhorte à combattre à son exemple quand il nous dit : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux leur appartient. »
L’étole, qui se place sur le cou, se croise sur le cœur et pend jusqu’aux pieds, nous marque l’obéissance de Jésus-Christ et la servitude volontaire qu’il embrassa pour nous. Car il s’est fait, pour notre salut, obéissant à son Père jusqu’à la mort de la croix, et c’est ce que nous rappelle cette étole placée sur la poitrine en forme de croix.
Cette croix nous marque encore la Passion de Jésus-Christ, que nous devons avec le prêtre porter en notre cœur et en notre corps par une méditation persévérante et en mortifiant en nous les désirs de la terre. Elle signifie également que le peuple juif, en faisant mourir le Seigneur et en refusant de croire en lui, est passé à la gauche, tandis que les nations, en croyant, sont passées à la droite par la foi. C’est ce qu’avait déjà exprimé Jacob quand, bénissant les fils de Joseph, Manassès et Ephraïm, il croisa ses mains et plaça sa droite sur la tête d’Ephraïm, le plus jeune, et sa gauche sur Manassès, l’aîné, en disant : « Que le Seigneur répande ses bénédictions sur ces enfants. »
La chasuble, dont l’étymologie veut dire une maison, signifie le ciel et la terre que Jésus-Christ remplit de sa majesté, selon cette parole du Prophète : « Je remplis le ciel et la terre. » Elle désigne encore la charité qui doit nous porter à aimer selon Dieu tous nos amis et tous nos ennemis à cause de Dieu, ainsi que le Seigneur nous l’a enseigné par ses paroles et par ses actions. La partie antérieure de la chasuble représente nos amis, et la partie postérieure nos ennemis. Jésus-Christ a dit dans saint Matthieu : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. »
Le chapitre 5 de saint Matthieu commence par les Béatitudes. Puis Jésus affirme qu’il n’est pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir. Et il donne six exemples, dont le premier fait l’objet de l’évangile de ce dimanche. « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point ; mais qui tuera sera justiciable du tribunal. Et moi, je vous dis : Quiconque se met en colère contre son frère sera justiciable du tribunal… » On est frappé par le fond : les exigences évangéliques dépassent infiniment celles de la Loi. De ce fait on ne fait pas assez attention à la forme.
Une fois dans l’évangile de ce dimanche, mais six fois dans le texte complet, Jésus dit : « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens… Moi je vous dis… » Or c’est Dieu qui a dit aux anciens, sur le Sinaï. Il s’agit des dix commandements. Comme souvent dans l’Ecriture, c’est la voie passive qui est utilisée pour évoquer l’action divine, pour ne pas avoir à prononcer le Nom ineffable. « Il a été dit aux anciens » : Dieu a dit aux anciens. Nul autre que Dieu n’a donné ses commandements aux Hébreux.
Quand Jésus dit : « Moi, je vous dis », il se pose donc ouvertement en autorité divine. Non pas pour contredire la révélation du Sinaï, mais pour l’accomplir. Dans ce « Moi, je vous dis », il y a le « Je Suis celui qui Suis » du Sinaï, qui est le « Je Suis » de Jésus dans l’évangile de saint Jean. Ces parallèles « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens… Moi je vous dis… » sont peut-être la plus claire affirmation de la personne divine du Christ dans les Evangiles.
Le martyrologe évoque aussi notamment saint Sidroine de Sens.
Et il se termine par saint Savin, confesseur en Poitou.
Saint Savin et son frère saint Cyprien auraient fui la Macédoine au début du Ve siècle et se seraient installés d’abord en Gaule lyonnaise, puis dans le Poitou. Savin est mort martyr à Cerisier, sur la Gartempe, peu avant son frère.
Trois cents ans plus tard, les reliques des deux martyrs sont retrouvées sur les lieux. Badillus, clerc à la cour de Charlemagne, décide d’y fonder un monastère : Cerisier devient Saint-Savin-sur-Gartempe.
L’abbatiale de Saint-Savin est célèbre pour ses fresques des XIIe et XIIIe siècles qui recouvrent les murs et toute la voûte de la grande nef centrale.
A Rome, la passion des Sept Frères martyrs, fils de la martyre sainte Félicité, savoir : Janvier, Félix, Philippe, Silvain, Alexandre, Vital et Martial, qui souffrirent au temps de l’empereur Antonin, sous Publius, préfet de la Ville. Janvier, d’abord battu de verges, puis soumis aux rigueurs de la prison, fut tué à coups de cordes garnies de plomb ; Félix et Philippe furent assommés à coups de bâton ; Silvain fut précipité d’un lieu élevé ; Alexandre, Vital et Martial eurent la tête tranchée.
A Rome encore, les sœurs saintes Rufine et Seconde, vierges et martyres. Durant la persécution de Valérien et Gallien, elles endurèrent divers tourments, après lesquels l’une ayant eu la tête fendue d’un coup d’épée, l’autre ayant été décapitée, elles allèrent au ciel. Leurs corps sont conservés avec les honneurs qui conviennent, dans la basilique du Latran, près du baptistère.
La liturgie célèbre les saints des deux premières notices du martyrologe, qui n’ont en commun que d’être des martyrs romains. Dans l’antiquité la fête des 7 frères était une grande fête romaine, avec quatre messes sur les quatre lieux du martyre. Leur mère Félicité était très présente dans ces messes, bien qu’elle eût sa fête propre le 23 novembre, jour de son martyre. Voici une préface du sacramentaire léonien, citée par le cardinal Schuster.
Vere dignum et justum est… Quoniam magna sunt opera tua, Domine, et immensa magnalia, per quæ nobis lætitia hodiernæ felicitatis accessit. Vere enim Felicitatis filii, et vera est suorum Felicitas Filiorum ; quos et casto fœtu sancti coniugii Mater fœcunda progenuit, et rursus, confessionis sacrosanctæ visceribus Martyr beata conceptos, per fidem denuo felicius peperit Martyres ad coronam. Per Christum Dominum nostrum…
Car vos œuvres sont grandes, Seigneur, et immenses vos hauts-faits, par lesquels nous est donnée la joie de la félicité d’aujourd’hui. En effet ce sont vraiment des fils de Félicité, et elle est la vraie félicité de ses Fils ; la mère féconde les a engendrés dans un saint mariage, et de nouveau, la bienheureuse martyre a conçu par les entrailles de la sacrosainte confession, et par la foi elle donna naissance avec encore plus de félicité à des martyrs promis à la couronne.