C’est ici que les cœurs purs boivent La grâce à jamais jaillissante : C’est ici que de la sagesse Ils trouvent les trésors secrets.
Qui sitítis justítiam, Rebus spretis fallácibus, Plenam hauríte grátiam De Cordis Christi fóntibus.
Vous, les assoiffés de justice, Qui dédaignez les biens trompeurs, Buvez donc la grâce plénière A sa source, le Cœur du Christ.
Hic floret innocéntia : Hic inflammátur cáritas : Hic reis datur vénia : Hic sanátur infírmitas.
Ici l’innocence fleurit, Ici l’amour flambe en brasier, Ici le pécheur est lavé, Ici le malade est guéri.
Hic casta spirant lília, Quibus nitéscunt vírgines : Hic ungúntur ad prǽlia Mox coronándi púgiles.
Ici le lis immaculé, Parure des vierges, embaume ; Ici, pour remporter la palme, Les lutteurs s’imprègnent de force.
Terræ cedant divítiæ ; Mundi cedant inánia : Nostræ Christus divítiæ, Nobis Christus est ómnia.
Fuyez, richesses de la terre ! Fuyez, bagatelles du monde ! Le Christ, voilà notre richesse ; Le Christ seul : pour nous tout est là.
Castis amícum méntibus, Jesu Cor amantíssimum, Puris amándum córdibus, In corde regnet ómnium.
Il est l’ami des âmes pures, Le cœur très aimant de Jésus ; Des cœurs purs, ah, qu’il ait l’amour, De tous les cœurs qu’il soit le Roi !
Jesu qui lux de lúmine Plenus es sapiéntia, Cordis plenitúdine Da fluat in nos grátia.
Jésus, lumière de lumière, Plénitude de la sagesse, De votre Cœur puisse la grâce Déborder et couler en nous.
Qui candor es, in méntibus Lux una nostris fúlgeas ; Qui cáritas es, córdibus Ignis consúmens árdeas. Amen.
Vous êtes la clarté suprême ; Brillez en nous, lumière unique ; Vous êtes l’amour : feu ardent, Brûlez et consumez nos cœurs ! Amen.
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Cette séquence de la messe du Sacré-Cœur se trouvait encore dans le missel romano-lyonnais avant la destruction liturgique de 1969 (traduction dom Gaspar Lefebvre). Merci à Alexandre qui l’avait mise dans les commentaires en 2018. La première strophe se trouvait presque identique dans la messe publiée par l’archevêque de Paris Christophe de Beaumont en 1767 :
Venite, cuncti, currite Ad Cor Jesu mitissimum: Cunctos vocat, confidite; Amoris est incendium.
Mais la suite était très différente. Une autre version est la septième strophe de l’hymne des premières vêpres de la « solennité du Cœur admirable de Jésus », de saint Jean Eudes (qui parle curieusement du Cœur… du Père) :
Venite, gentes, currite Ad Cor Patris mitissimum: Omnes amat, confidite, Amoris est incendium.
Anonyme, première moitié du XVIe siècle, cathédrale (romane) Saints-Jean-et-Paul de Ferentino (Latium).
Dans l’antiquité chrétienne, la fête de ces deux derniers martyrs de Julien l’Apostat – cités dans le Canon romain – était assez importante pour être dotée d’une vigile et d’antiennes propres. Celles du Benedictus et du Magnificat sont particulièrement intéressantes.
Dans celle du Benedictus on croit y entendre des échos de la Sainte Ecriture (Apocalypse, Ecclésiastique, Sagesse, Machabées…), mais on ne trouvera aucune source précise. Cependant, telle ou telle expression se retrouve dans d’autres pièces liturgiques, ce qui accroît l’impression d’être en terrain connu…
Isti sunt Sancti, * qui pro Christi amóre minas hóminum contempsérunt : sancti Mártyres in regno cælórum exsúltant cum Angelis. O quam pretiósa est mors Sanctórum, qui assídue assístunt ante Dóminum, et ab ínvicem non sunt separáti !
Ceux-ci sont des Saints qui, pour l’amour du Christ, ont méprisé les menaces des hommes : les saints Martyrs se réjouissent avec les Anges dans le royaume des cieux. Oh ! Qu’elle est précieuse la mort de ces Saints, qui se tiennent constamment en présence du Seigneur ; ils n’ont point été séparés l’un de l’autre !
Celle du Magnificat cite Apocalypse 11,4 et 6, et ajoute que si ces martyrs ont le pouvoir de fermer et d’ouvrir le ciel c’est que leurs langues sont devenues des clefs du ciel. On la retrouvera dans les livres médiévaux pour l’octave des apôtres Pierre et Paul et le commun « de deux apôtres ».
Isti sunt * duæ olívæ, et duo candelábra lucéntia ante Dóminum ; habent potestátem cláudere cælum núbibus et aperíre portas eius, quia linguæ eórum claves cæli factæ sunt.
Ce sont les deux oliviers et les deux chandeliers qui luisent devant le Seigneur ; ils ont le pouvoir de fermer le ciel en le couvrant de nuages, et d’en ouvrir les portes, car leurs langues sont devenues des clefs du ciel.
La dernière notice du martyrologe de ce jour dit ceci :
Sibápoli, in Mesopotámia, sanctæ Febróniæ, Vírginis et Mártyris; quæ, in persecutióne Diocletiáni, sub Siléno Júdice, ob fidem et pudicítiam servándam, primo virgis cæsa et equúleo torta, deínde pectínibus laniáta atque igne succénsa, demum, excússis déntibus ac mammispedibúsque abscíssis, cápitis damnáta, tot passiónum ornáta monílibus migrávit ad Sponsum.
A Sibapolis, en Mésopotamie, sainte Fébronie, vierge et martyre. Durant la persécution de Dioclétien et sous le juge Silène, pour avoir voulu conserver sa Foi et sa chasteté, elle fut d’abord battue de verges et tourmentée sur le chevalet ; ensuite déchirée avec des peignes de fer et éprouvée par le feu ; enfin ayant eu les dents brisées, puis les seins et les pieds coupés, on lui trancha la tête. Parée de ces souffrances comme d’autant d’ornements, elle monta vers l’époux.
Saint Fébronie est la fête de ce jour dans le calendrier byzantin. Son icône est l’icône de base de la vierge martyre : elle tient la croix de la main droite et fait un geste de piété de la main gauche.
Illustre Fébronie, tu as souffert une passion conforme à l’entraînement que tu avais, car ton sang de martyre, tu le mêlas aux sueurs de l’ascèse; et tu méritas la double couronne que t’a donnée le Bienfaiteur vers lequel, splendidement ornée, tu es montée comme vierge sans tache et martyre victorieuse au combat. Avec la beauté de ton corps la divine splendeur de ton âme allait de pair: comme lis, en effet, tu brillas, dans le saint monastère ayant trouvé cette candeur, et des flots de ton sang tu fus empourprée; c’est pourquoi t’a reçue dans le ciel la nuptiale demeure, l’indestructible palais, comme vierge et martyre, épouse immaculée. Il a campé autour de toi, l’Ange qui t’a délivrée, illustre Fébronie; dès l’enfance tu craignis le Seigneur, en effet, et comme une offrande agréée tu t’es gardée pour le Tout-puissant; aussi tu foulas aux pieds la folie de Sélénus et, couronnée, tu montas vers le Christ, ton époux.
Par sa naissance, saint Jean mit fin au silence de Zacharie ; désormais ne pouvait plus se taire celui qui engendra la Voix criant dans le désert et d’avance annonçant la venue du Christ, mais comme l’incrédulité à son sujet avait enchaîné la langue du père tout d’abord, sa manifestation lui redonne la liberté ; ainsi fut annoncée, puis enfantée, la Voix du Verbe, le Précurseur de la Clarté, qui intercède pour nos âmes.
Par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, célébrons le Prophète né du prophète Zacharie, le rejeton d’un sein stérile, parmi les fils de femme le plus grand ; disons-lui : Baptiste et Précurseur du Christ, par le crédit que tu possèdes auprès de lui, implore le Sauveur au jour de ta sainte nativité pour qu’il donne au monde la paix et à nos âmes la grande miséricorde.
La parole du prophète Isaïe s’est accomplie en ce jour, en la nativité du plus grand des prophètes, saint Jean ; Voici, dit-il, que j’envoie mon Messager devant toi pour préparer devant ta face tes voies. Du Roi céleste il est vraiment l’éclaireur, puisqu’il aplanit les chemins de notre Dieu, il est homme par nature, mais des Anges il partage la vie ; ayant embrassé la pureté et la parfaite chasteté, il surpassa la nature par sa justice sans compromis. Et nous fidèles, imitant sa vertu, demandons-lui d’intercéder pour le salut de nos âmes.
Voici que pour nous a fleuri le fleuron de Zacharie ; le plus grand des prophètes, le joyau du désert réjouit le cœur des croyants ; du Christ il se montre Précurseur et véridique Témoin de sa venue. Au Baptiste, d’un même chœur, chantons un cantique spirituel ; au Prophète disons : Prédicateur de la vérité, intercède pour notre salut.
Cime des prophètes et prémices de la venue du Christ, tu es né en vérité d’étonnante façon et comme voix du Verbe tu proclamais : Repentez-vous, car le royaume des cieux approche ! Ayant préparé la voie du Seigneur, tu t’es montré à tous Précurseur de la grâce, Baptiste et Envoyé. Intercède, illustre Jean, auprès du Christ notre Dieu pour qu’il accorde le pardon de leurs péchés à ceux qui fêtent de tout cœur ta mémoire sacrée.
Que le père se réjouisse, que la mère exulte de joie pour avoir mis au monde le Prophète, en ce jour, selon la promesse, le Précurseur au nom choisi par Dieu. La Stérile nourrit le Baptiste, son nouveau-né, et Zacharie, tout joyeux, dit à l’enfant : Etonnante merveille, flambeau de la grande Clarté, par ta venue sur terre ma langue est déliée !
Merveille inouïe, en ce jour, d’une mère en âge avancée se hâte de venir le messager du Dieu et Verbe, saint Jean ; il rend parfaitement capable de parler par sa naissance une langue entravée. Ineffable providence que la tienne, Seigneur ; par elle et dans l’unique tendresse de ton cœur, ô Christ, sauve nos âmes.
Sur terre, d’un sein stérile naît en ce jour l’astre des astres, le Précurseur, Jean, l’aimé de Dieu, qui manifeste la lumière du Christ, Soleil levant qui vient d’en haut pour diriger les pas des croyants.
Prophète et Précurseur de la venue du Christ, nous ne pouvons te louer dignement, nous qui t’honorons avec amour : par ta glorieuse et vénérable nativité la stérilité d’une mère et le mutisme d’un père ont cessé, tandis qu’est annoncée au monde l’incarnation du Fils de Dieu.
L’évangile de ce jour est celui de l’annonciation à Zacharie, dans saint Luc. La parallèle avec l’annonciation à Marie est patent et évidemment voulu. Mais on peut voir aussi que cet épisode est tout tissé de références à l’Ancien Testament.
La plus visible est sans doute la référence aux vieux couples stériles qui vont miraculeusement procréer, d’abord et avant tout Abraham et Sara, qui vont engendrer le peuple d’Israël.
La mention qu’il ne boira pas de vin et de boisson fermentée (une des règles du nazirat, de la sainteté « nazaréenne ») renvoie aussi à l’annonciation à la mère de Samson, qui par ailleurs ressemble beaucoup à l’annonciation à Marie.
Or il y avait un homme de Saraa, de la race de Dan, nommé Manué, dont la femme était stérile. Et l’ange du Seigneur apparut à sa femme, et lui dit : Tu es stérile et sans enfants ; mais tu concevras et tu enfanteras un fils. Prends donc garde de ne pas boire de vin, ni rien de ce qui peut enivrer, et de ne rien manger d’impur ; parce que tu concevras et tu enfanteras un fils, sur la tête duquel le rasoir ne passera point ; car il sera nazaréen, consacré à Dieu dès son enfance et dès le sein de sa mère, et c’est lui qui commencera à délivrer Israël de la main des Philistins.
Samson sera « nazaréen » dès le ventre de sa mère. Comme Jean Baptiste. Comme Jérémie. Comme Isaïe aussi selon l’interprétation traditionnelle du chapitre 49.
« Le Seigneur m’a appelé dès le sein de ma mère ; lorsque j’étais encore dans ses entrailles, il s’est souvenu de mon nom. Il a rendu ma bouche semblable à un glaive acéré, il m’a protégé à l’ombre de sa main ; il a fait de moi comme une flèche choisie, il m’a caché dans son carquois. » Etc.
Jean marchera devant le Seigneur dans l’esprit et la puissance d’Elie. Ceci renvoie à la toute fin de la prophétie de Malachie, c’est-à-dire à la dernière parole d’un prophète de l’Ancien Testament. Celui qui vient juste après… Zacharie. Malachie qui vient de transmettre cette parole de Dieu :
« Voici que j’envoie mon ange (mon messager) qui préparera la voie devant ma face, et aussitôt viendra dans son temple le Dominateur que vous cherchez, l’ange de l’alliance que vous voulez. »
Jean sera grand devant le Seigneur. Et Jésus le soulignera. Dans l’Ecriture, peu de personnages sont qualifiés de grands : Moïse, Job, et… Naaman, le général syrien, qui était… « grand devant son seigneur ». Or Naaman, guidé par Elisée, le successeur d’Elie, va se plonger dans le Jourdain, et, baptisé dans le fleuve où Jean baptisera, il est guéri de sa lèpre.