Fête Dieu

O sacrum convívium, * in quo Christus súmitur: recólitur memória passiónis eius: mens implétur grátia: et futúræ glóriæ nobis pignus datur, allelúia.

O banquet sacré, où est reçu le Christ, et renouvelée la mémoire de sa passion : où l’âme est remplie de grâce : et le gage de la gloire future nous est donné, alléluia.

Antienne du Magnificat (texte de saint Thomas d’Aquin), chantée par la schola du grand scolasticat des Pères du Saint-Esprit de Chevilly-Larue en 1956.

Saint Ephrem

Cathédrale de la dormition, Kremlin de Moscou.

Le calice est entre les mains du Seigneur ; il est rempli de vin et de lie.
Les renégats ont bu et se sont enivrés ; ils se sont séparés et retournés contre Jésus.
Le chien enragé, s’il le peut, mord même son maître ;
Ainsi les hérétiques aboient et blasphèment contre leur maître.
Gloire à Celui qui est trop au-dessus d’eux pour qu’ils puissent parvenir à sa hauteur !
Si les pervers avaient la faculté de monter aux cieux,
Ils jetteraient la discorde dans le séjour calme des êtres célestes.
Leurs semblables l’ont tenté autrefois ; ils cherchèrent à atteindre les cieux.
La justice divine les frappa et ces pervers furent confondus et couverts de honte.
Si ceux qui voulurent monter au séjour des anges célestes
Furent frappés de la sorte, et reçurent ce châtiment,
Quelle peine est donc réservée, mes frères, aux téméraires,
Qui veulent diviser le Père du Fils et du Saint-Esprit ?
Conservez ma doctrine, mes disciples, et ne vous écartez pas de ma foi.
Que celui qui doute de Dieu, erre sur la terre comme Caïn !
Que celui qui abaisse le Fils au-dessous du Père, descende vivant dans la terre !
Que celui qui blasphème contre le Saint-Esprit, n’obtienne pas le pardon !
Que celui qui doute, de l’Église, soit couvert de lèpre comme Giézi !
Que celui qui s’écarte de ma foi, reçoive la corde de Judas !
C’est un grand péché que le blasphème, fuyez le, mes amis.
Celui qui injurie et blasphème est constamment en révolte contre Dieu.
Les fautes de la chair nous suffisent, n’ajoutons pas à notre perversité.
Une seule chose me donne de l’espoir et du courage devant Dieu,
C’est que je n’ai jamais injurié le Seigneur, et le blasphème n’est pas sorti de ma bouche.
Seigneur, j’ai haï tes ennemis et je n’ai pas aimé les adversaires.
Inscrivez mes paroles sur vos cœurs et souvenez-vous de moi.
Car, après moi, les méchants se rendront auprès de vous.
Ils sont vêtus de peaux d’agneau et, à l’intérieur, ce sont des loups dévorants.
Douces sont les paroles de leurs bouches, mais amer est le désir de leurs cœurs.
Ils prennent l’extérieur des bons, mais ce sont les émissaires de Satan.
Fuyez-les, ainsi que leur doctrine, et ne vous approchez pas d’eux.
Vous savez, en effet, que celui qui se trouve dans un endroit où le roi a été outragé,
Comparaîtra, lui aussi, devant le tribunal et sera interrogé selon la loi.
Quand même il prouverait qu’il n’a pas injurié, il sera condamné pour manque de zèle.
Ne t’assieds pas avec les hérétiques el ne t’associe pas aux renégats.
Mieux vaut habiter avec un démon qu’avec un renégat.
Car, si tu conjures le démon, il s’enfuit et ne peut demeurer devant le nom de Jésus.
Mais le renégat, quand même tu le conjurerais dix mille fois,
Ne cessera pas sa méchanceté et ne sortira pas de sa rage.
Mieux vaut prêcher les démons que de vouloir convaincre les fils de l’erreur.
Les démons, en effet, ont confessé et dit : « Tu es, Seigneur, le fils de Dieu. »
Mais les renégats regimbent toujours et disent qu’il n’est pas le fils de Dieu.
Satan qui demeure en eux, confesse ; mais, eux, persistent dans la rébellion.
Si le platane poussait sur le roc, le renégat pourrait être converti.

Extrait du Testament de saint Ephrem

Saint Grégoire Barbarigo

Grégoire Barbarigo, né à Venise d’une famille très ancienne, obtint avec grands éloges les deux doctorats en droit à l’Université de Padoue. A l’âge de dix-neuf ans, il se rendit à Munster pour y assister aux pourparlers réglant les préliminaires de la paix de Westphalie, et, sur les conseils du légat pontifical Fabio Chigi, il décida d’entrer dans les ordres. Quand il fut prêtre, le même Chigi, devenu pape sous le nom d’Alexandre VII, le nomma d’abord évêque de Pergame ; puis, l’ayant associé au Collège des cardinaux, il le choisit pour le siège de Padoue. Dans l’exercice de sa charge épiscopale, il se proposa comme modèle saint Charles Borromée et, jusqu’à son dernier souffle, s’appuyant sur les avis et les décrets du saint concile de Trente, il travailla à extirper les vices et à propager les vertus, développa les séminaires de ces deux diocèses, il dota en particulier celui de Padoue d’une bibliothèque et d’une imprimerie, destinée notamment à publier des livres qu’il voulait répandre parmi les peuples du Proche-Orient. Il favorisa énergiquement l’enseignement catéchétique et parcourut avec ardeur chaque localité de son diocèse, en enseignant et en exhortant. Il se distingua par les œuvres de charité et par la sainteté de sa vie, il se montra si généreux envers les indigents et les pauvres qu’il alla jusqu’à distribuer pour leur venir en aide le mobilier de sa maison, ses vêtements et son lit. Enfin, après une courte maladie il s’endormit paisiblement dans le Seigneur le 18 juin 1697. Illustre par ses mérites et par ses vertus, il fut placé au nombre des bienheureux par Clément XIII et au nombre des saints par Jean XXIII.

Bréviaire

Le texte le plus intéressant que j’ai publié sur le dernier saint canonisé du missel de 1960 est sans doute celui-ci.

Sur la famille Barbarigo, voir ici. Et ci-dessous leur palais à Venise.

De la férie

A Tarse, en Cilicie, saint Cyr et sa mère Julitte, martyrs, sous l’empereur Dioclétien. Cyr, enfant de trois ans, voyant sa mère cruellement frappée à coups de nerf de bœuf, en présence du préfet Alexandre, pleurait sans vouloir s’apaiser : on l’assomma contre les marches du tribunal. Quant à Julitte, après une rude flagellation et d’atroces tourments, elle eut la tête tranchée, et parvint ainsi au terme de son martyre.

Telle est la troisième notice du martyrologe de ce jour. Malgré la grande popularité de ces saints au moyen âge (rien qu’en France il y a 43 localités qui portent le nom de saint Cyr, et davantage encore d’églises qui portent les deux noms de Cyr et Julitte, dont la cathédrale de Nevers), ils n’ont pas de fête dans le calendrier général latin.

Ils l’ont en revanche dans le calendrier byzantin, au 15 juillet. En Russie, saint Vladimir, fêté le même jour, leur fait de l’ombre au point de les occulter, mais les icônes de « saint Kirik et sainte Julitta » sont cependant courantes. Souvent très simples, comme celle-ci :

On trouve le même schéma dans cette icône ancienne, avec la vie des martyrs tout autour :

Et il y a la superbe fresque de Dionisios (1502) qui fait partie des 600 mètres carrés peints par maître Denys et son équipe au monastère de Ferapontov (Vologda).

La Très Sainte Trinité

La liturgie byzantine célèbre la Sainte Trinité le jour de la Pentecôte. Voici un document historique : le chant du doxastikon des vêpres, par Thrasyvoulos Stanitsas en la basilique de la Sainte-Trinité de Chalcédoine, en 1960.

Thrasyvoulos Stanitsas, né en 1910 à Constantinople, mort en 1987 à Athènes, fut le « protopsalte de la Grande Eglise » (premier chantre du patriarcat de Constantinople) de 1960 à 1964, date à laquelle il fut expulsé de Turquie.

Chalcédoine est aujourd’hui le quartier d’Istanbul appelé Kadikoï. Le diocèse, élevé au rang de métropole lors du Concile portant son nom (en 451), comptait encore 38 paroisses au début des années 1920. Les diverses mesures anti-grecques (la dernière en 1964) l’ont dépeuplé. Il reste le dernier diocèse dépendant du patriarcat de Constantinople en Asie mineure. Le « métropolite de Chalcédoine » porte un titre très prestigieux mais n’a plus qu’une poignée de fidèles. La basilique de la Sainte Trinité n’est ouverte que le dimanche matin.

La partition a été réalisée d’après le chant par Giorgios Dovoulos, professeur de musique byzantine et chantre lui-même. La voix aiguë qu’on entend et dont on se passerait volontiers est celle qui annonce le texte qui va être chanté, au fur et à mesure. Une vieille tradition grecque qui n’a plus guère de raison d’être depuis qu’il y a des livres…

Δόξα Πατρὶ καὶ Υἱῷ καὶ Ἁγίῳ Πνεύματι. Καὶ νῦν καὶ ἀεὶ καὶ εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων. Ἀμήν.

Δεῦτε λαοί, τὴν τρισυπόστατον Θεότητα προσκυνήσωμεν, Υἱὸν ἐν τῷ Πατρί, σὺν ἁγίῳ Πνεύματι· Πατὴρ γὰρ ἀχρόνως ἐγέννησεν Υἱόν, συναΐδιον καὶ σύνθρονον, καὶ Πνεῦμα ἅγιον ἦν ἐν τῷ Πατρί, σὺν Υἱῷ δοξαζόμενον, μία δύναμις, μία οὐσία, μία Θεότης, ἣν προσκυνοῦντες πάντες λέγομεν· Ἅγιος ὁ Θεός, ὁ τὰ πάντα δημιουργήσας δι’ Υἱοῦ, συνεργίᾳ τοῦ Ἁγίου Πνεύματος, Ἅγιος ἰσχυρός, δι’ οὗ τὸν Πατέρα ἐγνώκαμεν, καὶ τὸ Πνεῦμα τὸ Ἅγιον ἐπεδήμησεν ἐν κόσμῳ, Ἅγιος ἀθάνατος, τὸ Παράκλητον Πνεῦμα, τὸ ἐκ Πατρὸς ἐκπορευόμενον, καὶ ἐν Υἱῷ ἀναπαυόμενον, Τριὰς ἁγία, δόξα σοι.

Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Venez, tous les peuples, adorons en trois personnes l’unique Dieu: le Fils dans le Père avec le saint Esprit; car le Père engendre le Fils hors du temps, partageant même trône et même éternité, et l’Esprit saint est dans le Père, glorifié avec le Fils: une seule puissance, une seule divinité, un seul être devant qui nous tous, les fidèles, nous prosternons en disant: Saint Dieu qui as tout créé par le Fils avec le concours du saint Esprit, Saint fort par qui le Père nous fut révélé et par qui le Saint-Esprit en ce monde est venu; Saint immortel, Esprit consolateur qui procèdes du Père et reposes dans le Fils, Trinité sainte, gloire à toi.