4e dimanche après Pâques

La liturgie de ce dimanche est très proche de celle de dimanche dernier : l’évangile évoque la tristesse des apôtres, il y a une semaine parce que Jésus leur annonce son Ascension, aujourd’hui parce qu’il annonce la Pentecôte, quand il ne sera plus là. Or tout cela baigne dans les chants de la joie pascale, joie de la Résurrection qui est début et prémices des joies éternelles.

La collecte, qui est une des plus belles de l’année par le rythme de son parallélisme final et de ses assonances, nous fait demander qu’au milieu des mundanas varietates, de tout ce qui change tout le temps en ce monde (dont parle aussi saint Jacques au début de l’épître), nos cœurs soient fixés là où sont les vraies joies :

ibi nostra fixa sint corda
ubi vera sunt gaudia.

La joie s’installe dès l’introït : Cantate Domino canticum novum alleluia. Et l’on peut mettre deux points après canticum novum : ce chant nouveau que nous chantons au Seigneur, c’est « Alléluia ».

Par les moines du Barroux en 1994 :

Cantáte Dómino cánticum novum, allelúia : quia mirabília fecit Dóminus, allelúia : ante conspéctum géntium revelávit justítiam suam, allelúia, allelúia, allelúia.
Salvávit sibi déxtera eius : et bráchium sanctum ejus.

Chantez au Seigneur un cantique nouveau, alléluia ; car le Seigneur a opéré des merveilles, alléluia, Il a révélé sa justice aux yeux des nations, alléluia, alléluia, alléluia.
Sa droite et son saint bras l’ont fait triompher.

Saint Pascal Baylon

Apud Villam Regálem, in Hispánia, sancti Paschális, ex Ordine Minórum, Confessóris, miræ innocéntiæ et pæniténtiæ viri; quem Leo Papa Décimus tértius cæléstem eucharisticórum Cœtuum et Societátum a sanctíssima Eucharístia Patrónum declarávit.

A Vila-Real, en Espagne, saint Pascal, de l’Ordre des Frères Mineurs, confesseur, homme d’une innocence et d’une pénitence admirables. Le pape Léon XIII l’a déclaré patron céleste des congrès eucharistiques et des confréries du Très Saint Sacrement.

Le martyrologe dit aussi :

Eódem die sanctæ Restitútæ, Vírginis et Mártyris; quæ, in Africa, Valeriáno imperánte, a Próculo Júdice várie torta, et in navículam pice et stupa refértam, ut in mari comburerétur, impósita, tandem, cum in incensóres, immísso igne, flamma converterétur, in oratióne spíritum Deo réddidit. Ipsíus corpus cum eádem navícula, Dei nutu, ad Ænáriam ínsulam, prope Neápolim, in Campánia, devéctum est, et a Christiánis magna veneratióne suscéptum; ac póstmodum in ejus honórem Constantínus Magnus Basílicam in ipsa urbe Neápoli erigéndam curávit.

Le même jour, sainte Restitute, vierge et martyre. Sous l’empereur Valérien, elle fut tourmentée de bien des manières en Afrique par le juge Procule, puis exposée sur la mer dans une barque pleine de poix et d’étoupes, pour être brûlée au milieu des eaux; mais quand on y eut mis le feu, les flammes se retournèrent contre ceux qui les avaient allumées, et Restitute, en priant, rendit son âme à Dieu. Son corps, avec la barque, aborda miraculeusement à l’île d’Enaria (aujourd’hui Ischia), près de Naples, en Campanie, et les Chrétiens le reçurent avec de grandes marques de piété. Dans la suite, Constantin le Grand fit bâtir à Naples une basilique en son honneur.

La basilique :

La Mère de Dieu entre saint Janvier et sainte Restitute (1322) :

Le baptistère (IVe siècle) :

En attendant Léon…

Pour le moment la dictature de François poursuit son œuvre. A Valence, l’évêque éjecte la Fraternité Saint-Pierre et annonce que la messe traditionnelle sera célébrée par un prêtre diocésain (en attendant d’être supprimée ?), et « le catéchisme sera assuré en présence d’un prêtre de la paroisse », c’est-à-dire sous surveillance permanente… Et à Montélimar le catéchisme « sera totalement organisé par la paroisse Notre Dame du Rhône et sous l’autorité du curé ». Le collet se resserre. Là où on tolère encore la messe on supprime tout le reste, conformément aux ordres de François.

Saint Ubald

Sur saint Ubald :

• Comment saint Ubald (1129-1160), né à Gubbio, chanoine de Gubbio, évêque de Gubbio, mort à Gubbio, est devenu saint Thiébaut de Thann, en Alsace.

• La « fête des cierges » à Gubbio, qui a son pendant dans les trois « sapins » de Thann.

• Pour tout savoir sur la question : ici.

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La deuxième notice du martyrologe évoque saint Pérégrin, ou Pèlerin, d’Auxerre.

Antisiodóri pássio sancti Peregríni, qui fuit primus ejúsdem civitátis Epíscopus. Hic, a beáto Xysto Papa Secúndo in Gállias, una cum áliis Cléricis, missus, ibi, Evangélicæ prædicatiónis múnere expléto, capitáli senténtia damnátus corónam méruit sempitérnam.

« A Auxerre, la passion de saint Pérégrin, premier évêque de cette ville. Envoyé dans les Gaules par le bienheureux pape Sixte II, avec d’autres clercs, il s’y acquitta du ministère de la prédication évangélique, fut condamné à la peine capitale et mérita ainsi la couronne immortelle. »

Il serait mort le 16 mai 304 ou 305, lors de la grande persécution de Dioclétien. Il aurait alors évangélisé la région pendant plus de 45 ans. Il figure au 16 mai également dans le calendrier de l’Eglise orthodoxe roumaine pour la France.

Saint Sixte II envoyant saint Pèlerin en France, avec sacre et martyre de saint Pèlerin (Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 50 f.377v)

Saint Jean-Baptiste de la Salle

Méditation pour le 3e dimanche après Pâques

Jésus-Christ dit, dans l’Évangile de ce jour (Jn 16, 20), que le monde sera dans la joie, et que les serviteurs de Dieu seront pour un temps dans la tristesse, mais que leur tristesse se changera en joie. C’est ce qui vous donne lieu de considérer la différence qu’il y a entre la joie des gens du monde et celle des serviteurs de Dieu. La joie du monde sera courte, celle des serviteurs de Dieu n’aura point de fin : c’est ce qui paraît par les paroles du saint Évangile.

Le mondain, dit Jésus-Christ, sera dans la joie : mais combien de temps ? Tout au plus autant qu’il sera au monde : mais dès qu’il cessera d’être au monde, c’est-à-dire après cette vie, sa joie cessera, et la tristesse qui lui succédera sera éternelle.

Pour ce qui est de la joie des serviteurs de Dieu, elle sera telle que personne, dit Jésus-Christ (Jn 16, 22), ne la leur pourra ravir : s’ils ont de la peine et des sujets de tristesse, ce n’est que pour un peu de temps (Jn 16, 16), la joie qui succédera à leurs peines n’aura point de fin.

Malheur à ceux qui pensent qu’à se contenter en ce monde, car ce contentement sera peu durable !

Une seconde différence qu’il y a entre la joie des gens du monde et celle des serviteurs de Dieu, c’est que celle des premiers n’est que superficielle, au lieu que celle des seconds est très solide. Cette différence se fait sentir dans les paroles de Jésus-Christ (Jn 16, 20) : Le monde sera dans la joie ; à l’égard des serviteurs de Dieu, ce sera leur cœur qui se réjouira (Jn 16, 22) ; ce qui nous marque que la joie des uns n’est qu’apparence : c’est le monde qui n’a que le faste et l’apparence. Mais quand les serviteurs de Dieu sont dans la joie, c’est leur cœur qui se réjouit, qui étant le soutien de la vie de l’homme parce qu’il est en eux le dernier vivant, leur joie, selon l’application de Notre Seigneur, est très solide et n’est pas facilement sujette à l’altération, parce qu’elle est fondée sur ce qui soutient en eux la vie de la grâce, qui est l’amour de Dieu et la communication avec Dieu, par le moyen de l’oraison et par l’usage des sacrements. C’est ce qui fait que, Dieu soutenant et entretenant leur joie, elle est solidement fondée, étant fondée en Dieu.

Votre joie est solide, si vous vous réjouissez au milieu des souffrances et de toutes les peines les plus sensibles ; mais si vous faites consister votre joie à jouir des plaisirs des sens, ah ! qu’il est bien vrai qu’elle n’a rien que de superficiel, puisqu’elle est de la nature même de son objet, qui n’est qu’un bien fragile et périssable !

Il y a encore une différence bien considérable entre la joie des gens du monde et celle des serviteurs de Dieu : la joie des premiers est toute extérieure, et celle des derniers est intérieure, parce qu’elle est dans le cœur.

C’est ce qui fait que, dans les mondains, la moindre peine trouble leur joie et les jette dans l’abattement ; au lieu que la joie des serviteurs de Dieu étant au-dedans d’eux-mêmes, rien de ce qui est au-dehors n’est capable de leur nuire, parce que rien de ce qui est au-dehors ne peut pénétrer jusqu’au fond du cœur, qui n’a de communication au-dehors qu’autant qu’il se laisse prévenir par les sens. Et comme la joie des justes est causée par l’amour de Dieu qui est au fond de leur cœur, et que cet amour a pour objet un bien inaltérable, immuable et éternel, il s’ensuit qu’ils ne peuvent être troublés dans la possession de ce délicieux contentement, pendant que la charité unira leurs âmes à Dieu.