L’Heure pascale

Une des particularités de l’office byzantin est que pendant la semaine de Pâques toutes les petites heures (y compris les complies et l’office de minuit) sont remplacées par un bref et unique office entièrement chanté et sans psaumes. Les moniales de Minsk ont publié hier une vidéo où elles chantent cette Heure pascale, sur fond d’images des (très longues) célébrations de la Passion et de la Résurrection.

Tropaire de Pâques (trois fois) : « Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort il a terrassé la mort, et à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie ! »

Ikos (trois fois) : « Ayant contemplé la Résurrection du Christ, adorons le Saint, le Seigneur Jésus, le Seul sans péché. Nous vénérons Ta Croix, Ô Christ, et nous chantons et glorifions Ta Résurrection ; car Tu es notre Dieu, nous n’en connaissons pas d’autre que Toi. Venez, tous les fidèles, vénérons la Résurrection du Christ, car voici que par la Croix, la joie est venue dans le monde entier. Bénissons en tout temps le Seigneur, nous chantons Sa Résurrection, car en endurant la Croix, par la mort il a détruit la mort. » (trois fois) ;

Hypakoï : « Devançant l’aurore et trouvant la pierre roulée de devant le sépulcre, celles qui suivaient Marie s’entendirent demander par l’ange : pourquoi cherchez-vous comme un homme parmi les morts Celui qui Se tient dans la lumière perpétuelle ? Voyez les bandelettes funéraires, faites diligence et annoncez au monde que le Seigneur S’est levé, ayant mis à mort la mort, car Il est le Fils du Dieu qui sauve le genre humain. »

Kondakion : « Bien que Tu sois descendu dans la tombe, Ô Immortel, Tu as détruit la puissance des enfers ; Tu es ressuscité en Vainqueur, Ô Christ Dieu, en annonçant : “Réjouissez-vous” aux femmes myrophores, faisant don de la paix à Tes apôtres et donnant la résurrection à ceux qui étaient tombés. »

Tropaires :
« Au Sépulcre pour le corps et aux enfers pour l’âme, Tu fus au Paradis avec le Bon Larron et sur le trône avec le Père et le Saint-Esprit, Ô Christ, emplissant tout, sans être contenu. »
« Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit »
« Porteur de vie, et plus beau que le Paradis, plus lumineux en vérité qu’aucune chambre royale, Ton Sépulcre, Ô Christ, s’est révélé la source de notre Résurrection. »
« Maintenant et à jamais et dans les siècles des siècles. »
« Ô demeure consacrée et divine du Très-Haut, réjouis-Toi. Par toi, ô Mère de Dieu, a été donnée la joie à ceux qui s’écrient : tu es bénie entre toutes les femmes, Ô Souveraine tout immaculée. »

« Seigneur, aie pitié » (quarante fois) ;

« Gloire au Père et au Père et au Saint-Esprit, maintenant et à jamais et dans les siècles des siècles. »

« Toi, plus vénérable que les Chérubins, et incomparablement plus glorieuse que les Séraphins, qui sans corruption enfantas Dieu le Verbe, toi, véritablement Mère de Dieu, nous te magnifions. »

Tropaire pascal, trois fois, la dernière fois on ajoute : « Il nous a donné l’éternelle vie, nous adorons sa Résurrection le troisième jour. »

Mardi de Pâques

Intónuit de cælo Dóminus, et Altíssimus dedit vocem suam : et apparuérunt fontes aquárum, allelúia.

Le Seigneur a tonné du haut du ciel et le Très-Haut a fait entendre sa voix : alors les sources des eaux ont paru, alléluia.

L’antienne d’offertoire de la messe de ce jour, par les moniales d’Argentan, sous la direction de dom Gajard qui écrit :

Assez extraordinaire pour un 4e mode, malgré les nombreuses cadences sur mi, est l’offertoire Intonuit de caelo, avec sa ligne inhabituelle, dès l’intonation, avec ses si bémol fréquents et l’importance donnée au fa, notamment dans la tenue dedit vocem qui aboutit franchement à une cadence en ré.

C’est pourquoi dom Johner dit carrément que la deuxième partie de la deuxième phrase (dedit vocem suam) « suit étroitement les formules du premier mode ». Il remarque aussi que la deuxième moitié de l’alléluia reproduit la fin de Dominus à la première phrase.

Lundi de Pâques

Pendant la semaine de Pâques on chante à la messe la délicieuse séquence Víctimæ pascháli laudes, l’une des cinq qui furent conservées dans le missel de saint Pie V. Comme d’habitude on était passé d’un extrême à l’autre, même si évidemment il fallait faire le ménage, surtout pour respecter la sobriété romaine, après la prolifération médiévale. Curieusement, alors que la LICRA n’existait pas encore, saint Pie V supprima une strophe qui certes déplaisait certainement aux juifs mais n’était pas plus violente que l’oraison du Vendredi Saint. Aucun liturgiste romain ne semble s’être aperçu que si l’on supprimait cette strophe, sans la remplacer, on déséquilibrait la séquence. Car sa composition est balancée de façon très claire, comme à deux chœurs qui se répondent, le deuxième reprenant la même mélodie que le premier, après les deux premiers vers qui servent d’introduction et seraient chantés par les deux chœurs ensemble. En supprimant la strophe « antisémite » (?), on laisse la dernière mélodie orpheline, entonnée par le deuxième chœur qui vient déjà de chanter la strophe précédente. On le voit parfaitement dans cette « reconstruction » qui imagine un chantre vocalisant la mélodie des deux strophes suivantes. Et la « reconstruction » (anonyme…) n’a pas d’autre choix que de remettre la strophe supprimée à sa place. Cela dit, en oubliant que cette strophe a existé, on peut aussi faire de la dernière une strophe chantée par les deux chœurs comme la première.

Víctimæ pascháli laudes
ímmolent Christiáni.

A la victime pascale, que les Chrétiens immolent des louanges.

Agnus redémit oves :
Christus ínnocens Patri
reconciliávit peccatóres.

L’Agneau a racheté les brebis : le Christ innocent a réconcilié les pécheurs avec son Père.

Mors et vita duéllo
conflixére mirándo :
dux vitæ mórtuus,
regnat vivus.

La vie et la mort se sont affronté en un duel prodigieux : l’Auteur de la vie était mort, il règne vivant.

Dic nobis María,
quid vidísti in via ?
Sepúlchrum Christi vivéntis,
et glóriam vidi resurgéntis:

Dis-nous, Marie, qu’as-tu vu en chemin ? J’ai vu le tombeau du Christ vivant, et la gloire du ressuscité.

Angélicos testes,
sudárium, et vestes.
Surréxit Christus spes mea :
præcédet suos in Galiléam.

J’ai vu les témoins angéliques, le suaire et les linceuls. Il est ressuscité, le Christ, mon espérance : il vous précèdera en Galilée.

Credéndum est magis soli
Maríæ veráci
quam Judæórum turbæ falláci.

Il vaut mieux se fier à Marie seule qui dit vrai, qu’à la foule menteuse des Juifs.

Scimus Christum surrexísse
a mórtuis vere :
tu nobis, victor Rex, miserére.
Amen, Allelúia.

Nous le savons : le Christ est ressuscité des morts : ô Toi, Roi vainqueur, aie pitié de nous. Amen. Alléluia.

Par les moines d’En Calcat, en 1960.

Pâques

Resurréxi, et adhuc tecum sum, allelúia : posuísti super me manum tuam, allelúia : mirábilis facta est sciéntia tua, allelúia, allelúia.
Dómine, probásti me et cognovísti me : tu cognovísti sessiónem meam et resurrectiónem meam.

Je suis ressuscité, et je suis encore avec Toi, Alléluia : Tu as posé ta main sur moi, alléluia ; Ta sagesse a fait des merveilles, alléluia, alléluia.
Seigneur, tu m’as éprouvé et tu me connais : tu as été témoin de ma mort et de ma résurrection.

En Calcat, 1960.

*

Χριστὸς ἀνέστη ἐκ νεκρῶν, θανάτῳ θάνατον πατήσας, καὶ τοῖς ἐν τοῖς μνήμασι, ζωὴν χαρισάμενος !

Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort il a vaincu la mort, et à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie.

Vatopedi, Athos. (A 1’34, mélodie ancienne de l’Athos.)

Samedi Saint

Ne pleure pas sur moi, Mère, de voir dans le tombeau le Fils que tu as conçu sans semence. Car Je ressusciterai, Je serai glorifié et J’élèverai dans la gloire en Dieu ceux qui dans la foi et le désir t’exaltent.

L’hirmos de la 9e ode du canon des matines du samedi saint.

Par Panagiotis Neochoritis, « archon protopsalte de la Grande Eglise du Christ », en la cathédrale patriarcale du Phanar (date non donnée).

Μὴ ἐποδύρου μου Μῆτερ, καθορῶσα ἐν τάφῳ, ὃν ἐν γαστρὶ ἄνευ σπορᾶς, συνέλαβες Υἱόν· ἀναστήσομαι γὰρ καὶ δοξασθήσομαι, καὶ ὑψώσω ἐν δόξῃ, ἀπαύστως ὡς Θεός, τοὺς ἐν πίστει καὶ πόθῳ σὲ μεγαλύνοντας.

Par la chorale de la paroisse Saint-Séraphin martyr (en 1946), à Grodno (Biélorussie). La petite église, dans la périphérie sud de la ville, a été construite en 2013.

Не рыда́й Мене́, Ма́ти, зря́щи во гро́бе, Его́же во чре́ве без се́мене зачала́ еси́ Сы́на: воста́ну бо и просла́влюся, и вознесу́ со сла́вою непреста́нно я́ко Бог, ве́рою и любо́вию Тя велича́ющыя.

L’icône qu’on voit sur cette vidéo est l’icône russe dont le nom est « Ne pleure pas sur moi, Mère ». On voit Jésus au tombeau, mort (les yeux fermés) mais debout, consolant sa Mère, avec la croix en arrière-plan. C’est manifestement une adaptation orientale de la Pietà.

Ici, en 1675, église Saint-Sauveur sur Seni (Rostov-la-Grande) :