Mercredi de la quatrième semaine de carême

Dómine, non secúndum peccáta nostra, quæ fécimus nos : neque secúndum iniquitátes nostras retríbuas nobis.
. Dómine, ne memíneris iniquitátum nostrarum antiquarum : cito antícipent nos misericórdiæ tuæ, quia páuperes facti sumus nimis.
. Adjuva nos, Deus, salutáris noster : et propter glóriam nóminis tui, Dómine, libera nos : et propítius esto peccátis nostris, propter nomen tuum.

Seigneur, ne nous traitez pas selon nos péchés, et ne nous punissez pas selon nos iniquités.
Seigneur, ne vous souvenez plus de nos anciennes iniquités ; que vos miséricordes viennent en hâte au-devant de nous, car nous sommes réduits à la dernière misère.
Aidez-nous, ô Dieu notre Sauveur, et pour la gloire de votre nom, Seigneur, délivrez-nous et pardonnez-nous nos péchés, à cause de votre nom.

Ce trait (psaumes 102,10 et 78,8-9), qui n’est apparu semble-t-il qu’au XIIe siècle, mais qui est fort beau, est chanté à la messe des lundis, mercredis et vendredis de carême. On s’agenouille au deuxième verset.

Le voici par les moines de Fontgombault.

Mardi de la quatrième semaine de carême

En 2020 j’avais cité les leçons des matines, qui sont un extrait du commentaire de saint Augustin sur l’évangile. Voici la suite de ce commentaire.

Je le dis donc brièvement à votre charité : il me semble que par ces paroles : « Ma doctrine ne vient pas de moi », le Seigneur Jésus s’est exprimé dans le même sens que s’il avait dit : Je ne viens pas de moi-même. En effet, quoique nous disions et croyions le Fils égal au Père ; quoique nous reconnaissions qu’il n’y a entre eux aucune différence de nature et de substance ; quoique enfin l’éternité appartienne aussi bien au Fils engendré qu’au Père son générateur, nous disons, cette réserve faite et bien entendue : Ce qu’est le Père, le Fils l’est aussi : le Père n’existe pas sans le Fils, comme le Fils n’existe pas sans le Père. Le Fils est Dieu, et il vient du Père ; le Père est Dieu, mais il ne vient pas du Fils. Il est le Père du Fils, mais il n’est pas Dieu venant du Fils ; tandis que le Fils est le Fils du Père ; il est Dieu venant du Père, car on appelle Notre-Seigneur Jésus-Christ Lumière de Lumière. La Lumière qui ne vient pas de la Lumière, et la Lumière égale à la Lumière, et qui en vient, ne sont ensemble qu’une seule et même Lumière, et non pas deux Lumières.

Si nous avons bien compris, que Dieu en soit loué ; si quelqu’un n’a pas parfaitement saisi ces vérités, il est allé aussi loin que les forces humaines le lui ont permis, et il doit considérer ce qui surpasse son intelligence, comme l’objet de ses espérances immortelles. Pareils à des ouvriers, nous pouvons bien extérieurement planter et arroser ; mais à Dieu seul il appartient de donner l’accroissement. « Ma doctrine, dit le Sauveur, ne vient pas de moi, mais de Celui qui m’a envoyé ». Qu’il écoute le conseil du Maître, celui qui dit : Je n’ai pas compris. Car, après avoir dit cette grande et mystérieuse chose, le Sauveur Jésus vit bien que tous ne saisiraient pas un enseignement aussi profond ; il leur donna donc immédiatement un conseil. Veux-tu comprendre ? Aie la foi ; car le Seigneur a dit par la bouche du Prophète : « Si vous ne croyez, vous ne comprendrez point ». A cela revient ce qu’ajouta ensuite le Sauveur : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il saura de ma doctrine si elle vient de Dieu, ou si je parle de moi-même ». Qu’est-ce que cela : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu ? » Moi j’avais dit : Si quelqu’un croit, et j’avais conseillé de croire. Si tu n’as pas compris, je le répète, aie la foi ; car l’intelligence est la récompense de la foi. Ne cherche donc pas à comprendre, afin de croire ; mais crois, afin de comprendre, parce que « si vous ne croyez, vous ne comprendrez pas ».* Pour vous rendre capables de comprendre, je vous avais indiqué, comme moyen, l’obéissance de la foi, et j’avais dit que le Sauveur Jésus nous a recommandé le même moyen, dans la phrase suivante ; et néanmoins nous l’entendons nous dire : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il saura de ma doctrine ». « Il saura », c’est-à-dire il comprendra ; et ces paroles : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu », signifient : Si quelqu’un veut croire. Mais puisque ces mots : « Il saura », veulent dire comprendre, tous comprennent ; et ces autres : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu », signifiant la même chose que croire, nous avons besoin, pour mieux comprendre, que Notre-Seigneur lui-même nous instruise ; il faut qu’il nous dise si réellement l’accomplissement de la volonté de son Père est corrélatif à la foi.

Quelqu’un ignore-t-il qu’accomplir la volonté de Dieu, c’est faire son œuvre, ou, en d’autres termes, ce qui lui plaît ? Le Sauveur dit formellement ailleurs : « C’est l’œuvre de Dieu que vous croyiez en Celui qui m’a envoyé ». « Que vous croyiez en lui », et non pas que vous croyiez à lui. Si vous croyez en lui, croyez à lui ; mais quiconque croit à lui, ne croit pas par cela même en lui ; car les démons croyaient à lui sans croire en lui. Nous pouvons, de même, dire de son Apôtre : Nous croyons à Paul, et non pas, nous croyons en Paul : nous croyons à Pierre, et non, nous croyons en Pierre. « Lorsqu’un homme croit en celui qui justifie le pécheur, sa foi lui est imputée à justice ». Qu’est-ce donc que croire en lui ? C’est l’aimer, c’est le chérir, c’est tendre vers lui, c’est s’incorporer à ses membres, et tout cela, par la foi.

La foi, voilà donc ce que Dieu exige de nous, et voilà, néanmoins, ce qu’il ne peut trouver en nous, à moins qu’il ne l’y mette lui-même par sa grâce. De quelle foi est-il ici question, sinon de celle dont l’Apôtre a si bien tracé le caractère, quand il a dit : « La circoncision et l’incirconcision ne servent de rien ; la foi seule qui agit par la charité, sert à quelque chose ». Il ne s’agit pas d’une foi quelconque, mais de celle « qui agit par la charité ». Puisse-t-elle se trouver en toi, et tu auras l’intelligence de sa doctrine. Que comprendras-tu ? Que « cette doctrine n’est pas la mienne, mais qu’elle vient de Celui qui m’a envoyé » ; en d’autres termes, tu sauras que le Christ est le Fils de Dieu, qu’il est la doctrine du Père; il n’est pas à lui-même son principe, mais il est le Fils de Dieu.

* « Ergo noli quaerere intellegere ut credas, sed crede ut intellegas; quoniam nisi credideritis, non intellegetis. » C’est six siècles et demi avant que saint Anselme se rende célèbre par cette phrase qu’il a seulement recopiée et mise à la première personne. La citation sur laquelle s’appuie saint Augustin est d’Isaïe 7,9 selon la Septante. Elle avait été repérée dès Clément d’Alexandrie dans ses Stromates (IV, 21), qui l’applique à l’intelligence de l’Ecriture : « Qu’est-ce à dire ? Si vous n’avez pas foi en celui dont l’avènement a été prédit et figuré par la loi, vous ne comprendrez pas l’ancien Testament que le Sauveur explique par son incarnation. » Dans Isaïe c’est le Seigneur qui parle à Achaz par le prophète, et lui dit juste après : « La Vierge concevra… »

Saint Jean Climaque

Au 4e dimanche de carême, dans le calendrier byzantin, on célèbre saint Jean Climaque, dont l’œuvre L’échelle sainte (qui lui a donné son surnom), est de fait la lecture de carême par excellence. Saint Jean Climaque a aussi sa fête, qui est le 30 mars. Or cette année le 30 mars est le 4e dimanche de carême, ce qui arrive rarement. Voici le doxastikon des vêpres du 4e dimanche, par les moines de Dokhiariou (Athos).

Ὅσιε Πάτερ τῆς φωνῆς τοῦ Εὐαγγελίου, τοῦ Κυρίου ἀκούσας, τὸν Κόσμον κατέλιπες, τὸν πλοῦτον καὶ τὴν δόξαν εἰς οὐδὲν λογισάμενος· ὅθεν πᾶσιν ἐβόας· Ἀγαπήσατε τὸν Θεὸν καὶ εὑρήσετε χάριν αἰώνιον, μηδὲν προτιμήσητε τῆς ἀγάπης αὐτοῦ, ἵνα ὅταν ἔλθῃ ἐν τῇ δόξῃ αὐτοῦ εὑρήσητε ἀνάπαυσιν μετὰ πάντων τῶν Ἁγιων, ὧν ταίς ἱκεσίαις Χριστὲ φύλαξον, καὶ σῶσον τὰς ψυχὰς ἡμῶν.

Sage Père, tu as entendu la voix de l’Évangile du Seigneur – tu as quitté le monde, tenant pour rien la richesse et la gloire – Et tu as dit à tous : Aimez Dieu – et vous trouverez la grâce éternelle – Ne préférez rien à son Amour – afin, lorsqu’Il viendra dans sa gloire – de trouver le repos avec tous les saints – Par leurs prières, Christ, garde et sauve nos âmes.

Quatrième dimanche de carême

Mardi dernier, la messe rappelait le miracle de l’huile remplissant tous les vases de la pauvre veuve par l’intercession d’Elisée, et jeudi prochain elle rappellera la résurrection du fils de la Sunamite par le même Elisée. Entre les deux il y a un autre miracle moins célèbre et dont la liturgie ne fait pas état, du moins directement :

Et il vint un homme de Baal-Salisa, qui portait à l’homme de Dieu des pains des prémices, vingt pains d’orge, et du froment nouveau dans son sac. Elisée dit : Donnez à manger au peuple. Son serviteur lui répondit : Qu’est-ce que cela pour servir à cent personnes ? Elisée dit encore : Donnez à manger au peuple ; car voici ce que dit le Seigneur : Ils mangeront, et il y en aura de reste. Il servit donc ces pains devant ces gens ; ils en mangèrent, et il y en eut de reste, selon la parole du Seigneur.

C’est presque mot pour mot les miracles de multiplication des pains dans les Evangiles. Dont celui de ce dimanche, qui est la multiplication des pains selon saint Jean, exposée de façon eucharistique comme le soulignent les premiers mots : la Pâque était proche. Et ce récit sera suivi du discours sur le pain de vie.

On remarque que lorsque le Messie est là, l’abondance messianique dépasse de loin l’annonce qu’en faisaient les prophètes : Avec 20 pains Elisée donne à manger à 100 personnes, avec 5 pains Jésus donne à manger à 5.000 hommes sans compter les femmes et les enfants.

Dans l’évangile on remarque l’insistance sur le 5 : il convient d’ajouter que le mot « pain » apparaît 5 fois dans le texte, de même que le mot « Jésus » : Jésus est le pain. Le nombre 5 indique ce qui est consacré : David fuyant Saül avait demandé cinq pains au prêtre de Nobé, qui n’en avait pas d’autres que les « pains de proposition », les pains consacrés à Dieu exposés sur une table d’or. Episode que rappelle Jésus lui-même dans l’évangile de saint Matthieu.

Le nombre 5 se trouve déjà dans le récit d’Elisée, puisque 100 c’est cinq fois 20.

D’autre part le nombre 5 apparaît cinq fois dans l’évangile de saint Jean, de même que les mots « saint », « d’en haut », « royaume ». Les 5.000 sont donc les saints, au sens que ce mot a dans les épîtres de saint Paul : les fidèles baptisés, donc l’Eglise, ceux qui sont nourris par le pain eucharistique donné en abondance.

*

Le propre de la messe à Triors.

Le propre de la messe à En Calcat en 1956.

Samedi de la troisième semaine de carême

« Jésus se rendit au Mont des Oliviers », au mont fertile, au mont du parfum, au mont de l’onction. Où convenait-il au Christ d’enseigner sinon sur le Mont des Oliviers ? En effet, le nom Christ vient de ‘chrisma’ et le mot ‘chrisma’, en grec, correspond au latin ‘unctio’, onction. Ainsi donc le Christ nous a oints parce qu’il a fait de nous des lutteurs contre le démon. « Mais, dès l’aurore, il revint dans le Temple et tout le peuple se rassembla autour de lui. S’étant assis, il les enseignait. » Et l’on ne mettait pas la main sur lui parce qu’il ne consentait pas encore à souffrir. Considérez maintenant sur quel point la mansuétude du Seigneur fut mise à l’épreuve par ses ennemis.

« Les scribes et les pharisiens lui amenèrent alors une femme surprise en adultère. Ils la mirent bien au milieu et dirent à Jésus : Maître, cette femme a été surprise à commettre l’adultère. Dans la Loi, Moïse a commandé de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve afin de pouvoir l’accuser. » L’accuser de quoi ? Est-ce lui qu’ils avaient surpris dans quelque crime ou cette femme passait-elle pour avoir quelque rapport avec lui ?

Comprenons, mes frères, l’admirable mansuétude qui était dans le Seigneur. Ils ont remarqué qu’il était d’une extrême douceur, d’une extrême mansuétude. C’est de lui qu’il avait été dit autrefois : « Ceins ton épée à ton côté, tout-puissant. Dans ton éclat et ta beauté, avance, triomphe et règne pour la vérité, la mansuétude et la justice. » (Accingere gladio tuo super femur tuum, potentissime. Specie tua et pulchritudine tua intende, prospere procede, et regna, propter veritatem, et mansuetudinem, et justitiam – psaume 44.)

Il a donc apporté la vérité comme docteur, la mansuétude comme libérateur, la justice comme juge. C’est à cause de cela qu’il devait régner, selon que dans l’Esprit-Saint le prophète l’avait prédit. Lorsqu’il parlait, on reconnaissait la vérité ; lorsqu’il restait sans s’émouvoir face à ses ennemis, on louait la mansuétude. Ses ennemis donc, torturés par la jalousie et l’envie, au sujet de ces deux vertus, la vérité et la mansuétude, placèrent un piège dans la troisième, la justice.

Saint Augustin, tractatus 33 sur saint Jean, leçons des matines. On peut lire la suite ici.

Sur le parallèle entre les deux lectures de la messe de ce jour.

• Sur l’histoire de Suzanne.