Vendredi de la troisième semaine de carême

Désormais, à l’Évangile, nous n’entendrons plus que la voix de saint Jean. Mieux que les autres évangélistes, il nous fait pénétrer dans l’âme souffrante de Jésus. Le thème de la Passion ira chaque jour en s’accentuant. La messe d’aujourd’hui est encore consacrée aux catéchumènes. Deux images leur révèlent l’importance du baptême. Moïse conduit à travers le désert le peuple altéré ; Dieu lui apparaît dans sa gloire et lui ordonne de frapper le rocher, pour en faire jaillir de l’eau et apaiser abondamment la soif du peuple (Leçon). Le Christ est le nouveau Moïse qui, du bâton de sa Croix, frappe le rocher ; bien plus, il est, selon Saint Paul, le rocher qui accompagne les Juifs, qui donne aux catéchumènes l’eau vive du Baptême et, avec cette eau, la vie éternelle. C’est de cette eau vive que le Christ parle à la Samaritaine (Évangile) ; cette eau qui devient une source de vie éternelle est, pour les catéchumènes, le Baptême ; les fidèles possèdent déjà cette eau ; elle jaillit tous les jours pour eux dans l’Eucharistie.

A l’Introït, les catéchumènes demandent un « signe de ta bonté » (signum). Ce signe est la Croix dont ils sont marqués, c’est le signe indélébile du baptême et, devant ce signe, s’enfuient les ennemis du salut. Le psaume 85, qu’on récite maintenant, est une prière fervente et confiante qui convient très bien dans la bouche des catéchumènes, des pénitents et des fidèles. L’oraison est une des prières typiques de Carême, elle nous montre l’esprit et le sens du jeûne. « Que nous nous abstenions des péchés, comme nous nous privons des aliments corporels. » Sous l’influence des lectures, les catéchumènes et les pénitents sentent leur « chair fleurir » par le rafraîchissement de la boisson salutaire. L’Offertoire se rattache aux dernières paroles de l’Évangile. Les Samaritains reconnurent le Seigneur comme « Sauveur du monde » et nous, à l’Offrande, nous nous approchons du Christ et nous lui disons : « mon Seigneur et mon Dieu ». Nous trouvons réellement dans l’Eucharistie cette eau promise, c’est ce que chante et dit l’antienne de Communion : « Cette eau deviendra une source vive qui jaillira dans la vie éternelle. »

Dom Pius Parsch

✝︎ Joseph Fahmé ✝︎

Le Père Joseph Fahmé, de son nom de basilien Maximos, allait avoir 101 ans le 4 avril prochain.

Il était un des grands spécialistes du chant byzantin grec et arabe, et (dernier ?) représentant de la tradition d’Alep. Je l’ai entendu chanter et diriger le chœur de Saint-Julien-le-Pauvre pendant près de 30 ans. Mais il y était depuis longtemps, et il y fut encore longtemps après. Je l’ai revu à l’Ascension 2018. Il avait 94 ans. Il avait célébré la divine liturgie comme s’il avait 20 ans de moins, comme d’habitude.

Un jour je l’avais croisé dans la rue, il revenait d’un enterrement, et il s’exclame tout à trac : « Mais vous n’avez plus de tout de liturgie ! » Ben oui… C’est même pour cela que j’allais à Saint-Julien le Pauvre. J’étais quand même un peu vexé de ce « vous » alors que j’étais un fidèle de cette église depuis 20 ans…

Il nous reste quelques enregistrements de son art, mais trop peu.

Que celui qui est ressuscité des morts, le Christ notre vrai Dieu, par les prières de sa Mère toute-pure, des saints, glorieux et illustres Apôtres, de nos Pères saints et théophores et de tous les saints, place dans les demeures des justes l’âme de son serviteur défunt Joseph ; qu’il la fasse reposer dans le sein d’Abraham, l’ajoute au nombre des justes et nous prenne en pitié, lui qui est bon et qui aime les hommes. Que sa mémoire soit éternelle !

Jeudi de la troisième semaine de carême

La liturgie de ce jour est centrée sur la guérison du corps et le salut de l’âme, la première étant image et signe du second.

La station, c’est-à-dire l’église de Rome où le pape célébrait la messe, était celle des saints Côme et Damien : les médecins anargyres, qui soignaient « sans argent », et guérissaient souvent miraculeusement. Au nom du Seigneur. Salus populi… « Je suis le salut du peuple, dit le Seigneur. » Ainsi chante l’introït. « Ceci est mon corps livré pour vous », dira Jésus le Jeudi Saint, dans trois semaines.

La liturgie insiste sur la guérison au point que les trois oraisons de la messe évoquent les saints Côme et Damien, dont c’est la « solennité », dit même la collecte. L’évangile insiste quant à lui sur les guérisons miraculeuses du Christ. Dans les sept versets de saint Luc, Jésus guérit la belle-mère de Pierre, puis une quantité indéfinie de malades. « Et lui, imposant les mains à chacun d’eux, les guérissait. »

Mais la guérison de la belle-mère de Pierre est atypique : il n’y a pas de geste. Il n’y a pas de mention de la foi de la patiente. Simplement, Jésus est debout au-dessus d’elle, et il « commande » à la fièvre, et la fièvre la quitte. Le verbe grec traduit en latin par « impero » est épitimao. C’est un commandement qui a une valeur de menace, d’admonestation, de rabrouement. C’est le verbe qui vient d’être employé pour dire que Jésus commande au démon de sortir d’un homme, c’est celui qui va être employé juste après pour dire que Jésus ne permet pas aux démons de parler quand il guérit tout le monde en imposant la main, c’est celui qui va être employé ensuite pour dire que Jésus commande à la mer pour que cesse la tempête :il admoneste la mer comme il admoneste la fièvre et les démons.

Au début de cet évangile, Jésus sort de la synagogue. Sept versets plus tard, il explique à la foule qui veut le retenir qu’il doit aller annoncer la bonne nouvelle (evangelizare) dans les autres villes. « Et il prêchait dans les synagogues de la Galilée. » Tant en latin qu’en grec on insiste sur cet imparfait qui indique une occupation habituelle sur une longue durée, mot à mot : « Il était prêchant ». Dans les synagogues. Or c’est ce qu’on ne voit jamais dans les films qui évoquent la vie de Jésus.

Mercredi de la troisième semaine de carême

« Ne comprenez-vous pas que tout ce qui est entré dans la bouche va au ventre et est rejeté en un lieu secret ? mais ce qui sort de la bouche vient du cœur, et voilà ce qui souille l’homme. » Il n’est pas de passage des Évangiles qui ne soit plein de scandale pour les yeux des hérétiques et des méchants. Partant de cette proposition, quelques-uns soutiennent à tort que le Seigneur, dans l’ignorance de l’organisme physique, pense que tous les aliments vont dans le ventre et se dirigent au dehors, quand aussitôt ils se répandent et se distribuent à travers les membres, les veines, les nerfs et jusque dans la moelle des os. Aussi n’en voit-on pas en nombre dont l’estomac malade, et ne pouvant rien supporter, rejettent, aussitôt après leur repas, tout ce qu’ils ont pris et qui cependant sont d’un embonpoint sensible ; c’est parce qu’au premier contact, le boire et le manger, rendus liquides, se sont portés dans les membres. C’est ainsi que cette sorte d’hommes révèlent leur ignorance en voulant démontrer celle d’autrui…

« C’est du cœur, en effet, que sortent les pensées mauvaises, les homicides, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes ; c’est là ce qui souille l’homme ; mais manger sans avoir lavé ses mains, cela ne souille pas l’homme. » Les pensées mauvaises, dit-il, viennent du cœur. Le chef de l’âme n’est donc pas dans le cerveau, comme le veut Platon, mais d’après le Christ, il est dans le cœur. Ce passage donc doit confondre ceux qui pensent que les mauvaises pensées viennent du diable, et non du fond de la volonté propre. Le diable peut être l’auxiliaire et le fauteur des pensées mauvaises, il ne peut en être l’inspirateur. Quoiqu’il soit toujours aux aguets et à tendre des pièges, et que, par ses excitations, il active à leur naissance toutes nos pensées, nous ne devons pas conclure qu’il pénètre dans les secrets du cœur, mais que c’est par l’état du corps et son attitude qu’il juge de ce qui se passe en nous ; ainsi, s’il nous voit regarder fréquemment une belle femme, il comprend que notre cœur est blessé par le trait de l’amour.

Saint Jérôme, commentaire sur saint Matthieu, traduction Bareille, 1881.