Etats-Unis – Russie : discrètement…

Le représentant permanent de la Russie auprès des Nations Unies à Genève, Guennady Gatilov, déclare à une télévision russe :

« En ce qui concerne les États-Unis et la délégation américaine ici, à Genève, on peut constater certains progrès dans le fait que la délégation américaine a cessé de soutenir les décisions ou les projets de décisions russophobes approuvés par divers organes du système des Nations unies. »

Il a précisé que lors d’un récent vote à l’Organisation internationale du travail (OIT), les États-Unis, qui faisaient auparavant partie des partisans des initiatives antirusses, se sont abstenus, ce qui, selon Gatinov, était « plutôt symptomatique ».

Les changements qui se produisent sur la scène internationale en général et dans les relations entre la Russie et les États-Unis en particulier « ne seront pas perdus » et « ne peuvent qu’avoir un impact sur l’atmosphère » dans les enceintes internationales, a-t-il ajouté.

Et de nouvelles discussions russo-américaines ont eu lieu ce jour à Istanbul.

Moscou et Washington : on se parle

Kirill Dmitriev, encore interdit d’entrée sur le territoire américain il y a quelques jours, en conférence de presse devant la Maison Blanche…

Kirill Dmitriev, PDG du Fonds russe d’investissement direct et nommé par Vladimir Poutine le 23 février dernier envoyé présidentiel pour l’investissement étranger et la coopération économique, vient de passer deux jours à Washington, invité par le gouvernement américain qui a dû pour cela annuler les sanctions à son encontre…

« La Russie et les États-Unis ont fait trois pas en avant au cours des deux derniers jours », a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse. De nombreux acteurs tentent de perturber le dialogue entre Moscou et Washington, et des divergences subsistent entre la Russie et les États-Unis, mais les deux parties « s’efforcent de les surmonter ».

Dmitriev a affirmé que les préoccupations et la position de Moscou sont entendues par Washington. Lors de la série de réunions, il a été question non seulement de diplomatie, mais aussi d’affaires : la coopération dans l’Arctique et dans le domaine des terres rares ainsi que la reprise des liaisons aériennes entre les États-Unis et la Russie. « Les entreprises américaines se montrent prêtes à occuper les marchés laissés vacants en Russie par les entreprises européennes », a-t-il dit aussi.

Le dialogue entre la Russie et les Etats-Unis, qui a été « complètement détruit sous l’administration Biden, est crucial pour le monde entier ». Son rétablissement sera un processus « complexe et progressif », mais « la vraie compréhension de la position russe ouvre de nouvelles opportunités pour une coopération constructive, notamment dans le domaine des investissements économiques. »

Danone et la Russie en lambeaux

En 2022, la firme Danone avait vertueusement quitté la Russie pour protester contre la guerre en Ukraine et accompagner les sanctions occidentales qui allaient détruire l’économie russe. C’était pourtant son deuxième marché, juste après la France.

L’entreprise russe qui a repris les actifs de Danone s’appelle Vie et nutrition. L’année dernière elle a fait 7 milliards de roubles d’investissements et lancé 30 nouveaux produits. La production a progressé de 20,6% et ses revenus de 21,6%, à plus de 140 milliards de roubles (1,5 milliard d’euros).

En 2023, Le Monde osait titrer : « Comment le piège russe s’est refermé sur Danone, Le Point :« Comment Poutine a fait main basse sur le géant français », Les Echos tonnaient : « Moscou prend brutalement le contrôle de la filiale russe de Danone ». C’est ce qu’on appelle encore chez nous « l’information ».

Elton John « indésirable »

Le parquet général russe déclare « indésirable » l’ONG Elton John AIDS Foundation.

Le parquet note que l’organisation vise « à soutenir les associations publiques de prévention et de lutte contre le sida parmi les groupes les plus vulnérables (personnes LGBT, toxicomanes), ainsi qu’à lutter contre la discrimination et la négligence à l’égard des personnes séropositives et des personnes ayant des opinions non traditionnelles », et que « dans une plus large mesure, elle se concentre sur la promotion des relations sexuelles non traditionnelles, des modèles familiaux occidentaux et du changement de sexe ».

De fait, un rapide coup d’œil sur son site permet de constater, sans surprise, que cette Fondation fait de la propagande LGBT, ce qui est banni en Russie.

En outre, ajoute le parquet, elle a « une attitude négative à l’égard des politiques des pays qui protègent les valeurs spirituelles et morales traditionnelles. Avec le début de l’opération militaire spéciale, elle participe à la campagne de l’Occident visant à dénigrer la Russie. »

Le dernier grand article mis en ligne est d’ailleurs intitulé « Le coût humain du conflit en Ukraine ». Il est signé Denys Denysenko, le directeur du programme Ukraine de la Fondation, qui se dit aussi membre du conseil régional de Donetsk (sic), et directeur de « Développement des villes ukrainiennes » à Lvov (à l’autre bout de l’Ukraine), alors qu’il vit en Angleterre…

Le New York Times déballe…

Le New York Times a mené une enquête sur les dessous de la guerre en Ukraine, et il apporte diverses preuves que ce sont les Américains qui sont à la manœuvre depuis le début. Le changement de politique de la Maison Blanche n’est évidemment pas étranger à ces révélations…

Au printemps 2022, deux mois après le début du conflit en Ukraine, dit le journal, deux généraux ukrainiens se sont rendus secrètement de Kiev à Wiesbaden, en Allemagne, sous couverture diplomatique. Ils avaient pour mission de discuter avec le commandement américain en Europe du rôle des États-Unis dans les opérations militaires ukrainiennes contre la Russie. Cette rencontre était destinée à rester « l’un des secrets les mieux gardés », sur fond de crainte géopolitique majeure : la possibilité que Vladimir Poutine perçoive cette collaboration comme le franchissement d’une « ligne rouge » militaire.

À Wiesbaden, le général ukrainien Mikhaïl Zabrodsky a rencontré le général américain Christopher Donahue, ancien commandant des forces spéciales Delta. Un accord de coopération a été conclu, prévoyant notamment l’échange d’informations de renseignement, la conception stratégique et la planification d’opérations militaires ukrainiennes. Dans ce cadre a été créé le groupe opérationnel Dragon, chargé de fournir des données précises à l’armée ukrainienne, incluant des cibles situées en Crimée et sur le territoire russe hors de la zone directe des combats. Cependant, dès le départ, les États-Unis avaient refusé de soutenir les frappes ukrainiennes en territoire russe, s’abstenant également de fournir des informations permettant de cibler de hauts responsables russes. Néanmoins, l’administration Biden a progressivement levé plusieurs interdictions initiales, envoyant d’abord des conseillers militaires à Kiev, puis augmentant leur nombre à une trentaine, officiellement qualifiés d’« experts spécialisés ». Le groupe de Wiesbaden coordonnait également les frappes de missiles HIMARS, contrôlant même directement leur activation grâce à une carte électronique spéciale pouvant être désactivée par les Américains à tout moment. Lorsque des missiles à longue portée ATACMS ont été fournis à l’Ukraine, leur emploi restait limité à des zones frontalières spécifiques, bien que Kiev ait insisté pour les utiliser en profondeur sur le territoire russe. Toutefois, l’incursion ukrainienne malencontreuse dans la région russe de Koursk le 6 août 2024, effectuée sans accord américain, d’après le New York Times, a constitué une rupture secrète des limites convenues.

Ce n’était pourtant pas la première manifestation de leurs divergences. À mesure que le conflit en Ukraine avançait, le partenariat entre Washington et Kiev s’est fragilisé. Les Ukrainiens considéraient souvent les Américains comme trop autoritaires et soucieux de tout contrôler, tandis que les responsables américains s’étonnaient du refus de leurs homologues ukrainiens de suivre leurs « bons conseils ». Cette méfiance croissante a conduit Kiev à cacher de plus en plus ses intentions stratégiques à Washington, frustré par le refus américain de fournir certaines armes et équipements jugés cruciaux.

À la mi-2023, alors que l’Ukraine se préparait à une contre-offensive, la stratégie élaborée à Wiesbaden montrait ses limites. Même entre eux, les membres du régime de Kiev ne pouvaient pas trouver un langage commun. Volodymyr Zelensky et le commandant en chef Valéry Zaloujny n’arrivaient pas à s’entendre, ce qui affaiblissait davantage la coordination militaire. L’armée ukrainienne a dépensé beaucoup de forces pour reprendre Bakhmout, mais après plusieurs mois de combats, l’offensive avait échoué.

Par ailleurs, toujours selon le New York Times, les États-Unis ont finalement donné leur feu vert à une opération baptisée « Lunar Hail », visant à forcer le retrait des infrastructures militaires russes de Crimée. Cette opération combinait drones maritimes et missiles à longue portée britanniques et français (Storm Shadow et SCALP). L’objectif le plus symbolique était le pont de Crimée, lien stratégique entre la Crimée et la Russie continentale, véritable obsession de Kiev et ligne rouge pour Washington en 2022. Cependant, après de nombreuses discussions, la Maison Blanche a finalement autorisé les militaires américains et la CIA à préparer secrètement un plan d’attaque avec les Ukrainiens et les Britanniques pour détruire ce pont. Les missiles ATACMS devaient fragiliser sa structure, tandis que des drones maritimes viseraient ses piliers. Mais, face à un renforcement russe des défenses, les Ukrainiens ont décidé d’attaquer uniquement avec des ATACMS. Malgré les réticences américaines, la frappe a été menée durant l’été 2024.

Ces révélations du New York Times mettent en évidence une implication directe et profonde des États-Unis dans la conduite militaire ukrainienne, confirmant les déclarations répétées de Moscou accusant l’Occident de participation directe au conflit en Ukraine. Vladimir Poutine a, à plusieurs reprises, affirmé que Kiev n’était pas en mesure de mener des opérations sur le territoire russe sans l’appui direct des pays occidentaux. Le New York Times lui donne raison…