5e jour dans l’octave de Noël

L’hymne des vêpres et des matines au temps de Noël, par le chœur des moines de Kergonan vers 1967, sous la direction de « Père Feuvre », selon l’indication du 45 tours, à savoir dom Louis Le Feuvre, qui écrit :

« Un premier mode nous introduit, avec son recueillement paisible, dans la lumière de Noël. La pureté de la ligne sui se déploie, avec aisance et en toute liberté, nous saisit par la précision de sa marche, par le mélange si heureux du binaire et du ternaire, par la légèreté et la souplesse des accents. »

(Les strophes 3 et 4 et la doxologie sont omises.)

Christe Redémptor ómnium,
Ex Patre Patris únice,
Solus ante princípium
Natus ineffabíliter.

O Christ, ô rédempteur de tous, issu du Père Fils unique, toi seul, avant le principe es né inexprimablement.

Tu lumen, tu splendor Patris,
Tu spes perénnis ómnium:
Inténde quas fundunt preces
Tui per orbem fámuli.

Splendeur du Père et son éclat, espoir à jamais de tout homme, écoute le flot des prières de ceux qui te servent sur toute la terre.

Meménto salútis Auctor,
Quod nostri quondam córporis,
Ex illibáta Vírgine
Nascéndo, formam súmpseris.

Auteur du salut, souviens-toi : naguère tu as pris la forme de notre corps, en ta naissance d’une femme au sein virginal.

Sic præsens testátur dies,
Currens per anni círculum,
Quod solus a sede Patris
Mundi salus advéneris.

Ce jour présent en est témoin, que le cycle de l’an ramène : seul, quittant le séjour du Père, tu vins sauver le monde.

Hunc cælum, terra, hunc mare,
Hunc omne quod in eis est,
Auctórem advéntus tui,
Laudans exsúltat cántico.

Le ciel et la terre et la mer et tous les êtres qu’ils contiennent louent, dans la joie de leur cantique, ce jour de ton avènement.

Nos quoque, qui sancto tuo
Redémpti sánguine sumus,
Ob diem natális tui,
Hymnum novum concínimus.

Et nous les hommes, nous aussi, que ton sang précieux rachète, fêtons le jour de ta naissance, et entonnons le chant nouveau.

Glória tibi Dómine,
Qui natus es de Vírgine,
Cum Patre et Sancto Spíritu,
In sempitérna sǽcula. Amen.

Gloire à toi, Seigneur, qui es né de la Vierge, avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles éternels. Amen.

Dimanche dans l’octave de Noël

La messe de ce dimanche est en quelque sorte la quatrième messe de Noël.

L’introït est très impressionnant (c’est aussi l’antienne du Benedictus aux laudes) :

Dum médium siléntium tenérent ómnia, et nox in suo cursu médium iter háberet, omnípotens Sermo tuus, Dómine, de cælis a regálibus sédibus venit.

Traduction littérale : « Tandis que tout tenait le milieu du silence, et que la nuit dans sa course était au milieu de son chemin, ta Parole toute-puissante, Seigneur, est venue des cieux, des trônes royaux. »

Le texte de la traduction latine du livre de la Sagesse dans la Vulgate (qui n’est pas de saint Jérôme) dit « Sermo », mais le texte grec dit bien « Logos ». Il s’agit du Verbe. Sermo désignait la parole de Dieu dans les vieilles latines, et les premiers pères latins employaient donc souvent Sermo pour désigner le Verbe.

Or, dans le contexte du livre de la Sagesse, il s’agit de l’Ange exterminateur qui tue tous les premiers nés de l’Egypte. Cet Ange « Logos » est Jésus qui délivre le peuple d’Egypte, comme le souligne saint Jude dans son épître (du moins dans le texte latin et le texte grec du Vaticanus et de l’Alexandrinus, car c’est « le Seigneur », sans précision, dans les autres manuscrits grecs et la tradition byzantine). Il ne vient pas tuer les premiers nés, il est le Premier né d’une multitude de frères qu’il vient sauver.

Le graduel et l’alléluia évoquent la royauté de celui qui vient de naître, royauté pleine de gloire, de force et de beauté.

L’antienne d’offertoire (qui comme l’alléluia est celle de la messe de l’aurore) évoque le Verbe créateur : celui qui vient de naître est de toute éternité. Il a affermi le globe de la terre et en a fait son trône depuis lors.

Et l’antienne de communion, in fine, nous ramène à l’histoire de la nativité : alors que la sainte famille s’est réfugiée en Egypte, l’ange dit à Joseph de ramener l’enfant et sa mère dans le pays d’Israël, car ceux qui voulaient le tuer sont morts.

La péricope évangélique de ce dimanche est également étonnante. C’est la suite de l’évangile du 2 février. La deuxième partie de l’épisode de la Présentation au Temple. Mais dépourvue de tout repère de temps et de lieu.

« Joseph et Marie, la mère de Jésus, étaient dans l’étonnement pour les choses que l’on disait de lui. » Cette première phrase peut donc s’appliquer aux bergers, aux mages, à tous ceux qui vinrent à Bethléem, ainsi qu’à ceux qui vont dire quelque chose dans la suite de cet évangile : Siméon et Anne, et aussi (comme le suggérera l’antienne de communion) aux Egyptiens et aux Juifs d’Egypte qui auront rencontré, nourri, hébergé la sainte famille. Et il n’y a pas de raison de s’arrêter là. Joseph et Marie auront de quoi être dans l’étonnement jusqu’au Calvaire et à la Résurrection.

Cet évangile est d’ailleurs l’occasion d’entendre la célèbre prophétie de Siméon disant à Marie qu’un glaive transpercera son âme. Et c’est aussi l’occasion de remarquer ce qui, dans ce riche récit, passe souvent inaperçu : la vieille prophétesse Anne « se mit à parler de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d’Israël ». La bonne nouvelle annoncée par les anges le jour de Noël a déjà trouvé une voix pour la propager.

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La liturgie latine fait lire à partir d’aujourd’hui et jusqu’à la Septuagésime les épîtres de saint Paul. On commence donc par l’épître aux Romains. Et au premier chapitre on peut lire ceci :

Dieu les a livrés aux désirs de leur cœur, à l’impureté, en sorte qu’ils ont déshonoré eux-mêmes leurs propres corps : eux qui ont changé la vérité de Dieu en mensonge, et qui ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni dans tous les siècles. Amen. C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions honteuses ; en effet leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui est contre nature. De même aussi les hommes, abandonnant l’usage naturel de la femme, se sont embrasés dans leurs désirs les uns pour les autres, les hommes commettant l’infamie avec les hommes, et recevant en eux-mêmes le salaire dû à leur égarement. (…) Ayant connu la justice de Dieu, ils n’ont pas compris que ceux qui font de telles choses sont dignes de mort, et non seulement ceux qui les font, mais encore ceux qui approuvent ceux qui les font.

Le verbe généralement traduit par « approuver » ne veut pas dire, tant en grec (συνευδοκέω) qu’en latin (consentio) approuver fermement et formellement, mais simplement être d’accord.

On constate que l’Eglise de Rome a répudié l’épître aux Romains puisque, sans approuver dogmatiquement les relations sexuelles contre nature, elle est assez d’accord avec ceux qui les pratiquent pour procéder à la bénédiction des « couples » de même sexe.

« Un air de gousli »

Extrait du concert d’Otava Yo pour le 18e anniversaire du groupe le 29 mai 2021 à Saint-Pétersbourg, mis en ligne avant-hier en cadeau de Noël pour ses fans occidentaux…

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Mais le vrai Otava Yo de Noël c’est ça (et il y en a deux autres ici) :

A Jérusalem les cloches se sont mises à sonner :
Réjouissez-vous ! Terre, réjouis-toi, le Fils de Dieu est né !
A toi maître nous apportons une bonne nouvelle.
Terre, réjouis-toi : le Fils de Dieu est né !
A la Vierge bénie est né un fils, réjouissez-vous !
Terre, réjouis-toi, le Fils de Dieu est né !

Et pour toi maître ce sont trois fêtes.
Réjouissez-vous, terre, réjouis-toi, le Fils de Dieu est né.
La première est le saint jour de Noël
Réjouissez-vous, terre, réjouis-toi, le Fils de Dieu est né.
La deuxième est pour Basile le Grand [1er janvier].
Réjouissez-vous, terre, réjouis-toi, le Fils de Dieu est né.
Et puis il y a le Saint Baptême [la Théophanie], le troisième jour saint.
Réjouissez-vous, terre, réjouis-toi, le Fils de Dieu est né.

Par ces paroles soyez bénis !
Réjouissez-vous, terre, réjouis-toi, le Fils de Dieu est né !

(Cette vidéo mise en ligne en 2019 a été vue plus de 900.000 fois.)

Saint Jean

Saint Jean et le Christ, évangéliaire de Charlemagne, Godescalc, 781-783.

L’alléluia de la messe est encore sur la mélodie de l’alléluia de Noël, mais ici dans une version différente, par les moines de la Grande Chartreuse.

Allelúia, allelúia. Hic est discípulus ille, qui testimónium pérhibet de his : et scimus, quia verum est testimónium eius. Allelúia.

Alléluia, alléluia. C’est ce disciple qui rend témoignage de ces faits, et nous savons que son témoignage est véridique. Alléluia.