“Les époux Arnolfini”

Le site Culture Critic a publié sur X mardi dernier une remarquable analyse du fameux tableau de Jan van Eyck “Les époux Arnolfini”.

En voici une traduction.

Cette peinture vieille de 600 ans est l’une des plus mystérieuses de l’histoire. Le miroir à l’arrière ne mesure que 5 cm, mais il reflète toute la pièce avec force détails. En y regardant de plus près, vous vous rendrez compte que rien n’est ce qu’il semble être.

À première vue, on pourrait croire que le chef-d’œuvre de Jan van Eyck est un portrait ordinaire : le marchand italien Giovanni Arnolfini et sa femme, Costanza. On pourrait croire qu’il s’agit d’une cérémonie de mariage, mais il se passe bien plus que cela…

Tout d’abord, il est étonnamment riche en détails et en symboles. Pour vous donner une idée, les grains de prière du fond (un cadeau à la mariée symbolisant la pureté) projettent chacun une ombre minuscule sur le mur et reflètent la lumière de la pièce.

Prenons aussi cette orange, elle-même symbole de richesse puisqu’elle a été importée à grand frais à Bruges (où elle a été peinte). Son ombre est magistralement rendue, mais elle a même un léger reflet dans le rebord de la fenêtre.

Ou encore ce chien, symbole de loyauté et de fidélité, dont chacun des poils a été peint avec un seul poil du pinceau de van Eyck…

Mais si l’on creuse davantage les symboles, on comprend pourquoi il s’agit de l’une des peintures les plus analysées de l’histoire. Tout d’abord, certains pensent qu’il s’agit d’un véritable contrat de mariage, ce qui explique la présence de la signature de l’artiste comme témoin [Johannes de Eyck était ici, 1434].

Sur le cadre du lit se trouve une sculpture de sainte Marguerite, la patronne des accouchements. Il s’agit donc d’un portrait d’un mariage heureux et fructueux à venir, n’est-ce pas ?

C’est faux. Regardez maintenant le miroir. Faire tenir tous ces détails dans un si petit espace est déjà impressionnant, mais notez qu’il s’agit d’un verre convexe. La distorsion est représentée avec une précision stupéfiante.

Si vous zoomez davantage, vous verrez à nouveau l’orange sur le rebord de la fenêtre. Mais le plus intéressant, ce sont les deux personnages à l’arrière : un homme en rouge que l’on identifie généralement comme le peintre lui-même, et un autre – est-ce nous, le spectateur ?

La véritable nature de ce tableau est en fait révélée autour du miroir, en 10 images minuscules. Chacune d’entre elles est plus petite qu’un demi-ongle et représente des scènes de la Passion du Christ, de l’agonie dans le jardin à la résurrection.

Vous remarquerez peut-être que les scènes du côté de Giovanni se déroulent pendant la vie du Christ et que celles du côté de Costanza se déroulent après la mort du Christ. Cette peinture a été achevée en 1434. Costanza est morte en 1433…

Maintenant, beaucoup d’autres choses commencent à faire sens : le cerisier en fleurs (symbole de la fugacité de la vie), les vêtements sombres de Giovanni (comme s’il assistait à un enterrement). Aucun détail n’est accidentel.

Le lustre n’a qu’une seule bougie allumée : celle qui se trouve au-dessus de la tête de Giovanni. La bougie au-dessus de Costanza s’est éteinte – il ne reste que quelques gouttes de cire. Ce tableau est un hommage posthume à Costanza.

Il est difficile de ne pas remarquer la façon dont elle se tient et la position de ses mains. Il s’agit d’une femme sur le point d’accoucher, à une époque où la mort en couches était fréquente. Son sacrifice s’accompagne du sacrifice ultime : la crucifixion du Christ.

Un dernier détail : regardez les chaussures de Giovanni qu’il a enlevées. Il l’a fait par respect : un mariage a lieu ici, la pièce est donc transformée en lieu saint…

Et malgré ce qui s’est passé, il n’a pas l’intention de renoncer à ses vœux – ou à sa foi. Toute cette scène est un hommage à la disparition d’une épouse bien-aimée, avec des détails que seul un véritable génie pouvait réaliser…


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3 réflexions sur ““Les époux Arnolfini”

  1. Merci pour ce beau commentaire. Mais il semble bien que les époux se donnent bien la main dans le miroir (bras en bleu de la dame, bras foncé du mari) car l’homme en bleu suggéré comme le spectateur ne peut avoir les deux bras de couleur différente.

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