Voulant faire apprécier sa grâce et confondre la sagesse humaine, Dieu daigna prendre chair d’une femme, mais d’une vierge, afin de restituer la ressemblance par un semblable, de guérir le contraire par un contraire, d’arracher l’épine vénéneuse et d’effacer, avec une souveraine puissance, la cédule du péché. Eve a été l’épine, en blessant, et Marie, la rose, en gagnant l’affection de tous. Eve a été l’épine inoculant la mort à tous, et Marie la rose qui nous a tous guéris. Marie fut une rose blanche par la virginité, et rouge par la charité ; blanche par la chasteté de son corps, rouge par la ferveur de son esprit ; blanche en recherchant la vertu, rouge en foulant aux pieds les vices ; blanche par la pureté des affections, rouge par la mortification de la chair ; blanche en aimant Dieu, rouge en compatissant au prochain.
« Le Verbe s’est fait chair, » et déjà il habite en nous. Il habite dans notre mémoire, il habite dans notre pensée, car il descend jusque dans notre imagination elle-même. Comment cela, dites-vous ? En gisant sur la paille de la crèche, en reposant sur un sein virginal, en prêchant sur la montagne, en passant la nuit en prières, en se laissant suspendre à la croix et défigurer par le trépas, en se montrant « libre entre les morts » et en commandant à l’enfer ; en ressuscitant le troisième jour, en montrant à ses Apôtres, dans les traces des clous, les signes de sa victoire, enfin en s’élevant devant eux au plus haut du ciel.
Est-ce que chacun de ces faits n’inspire pas des pensées vraies, pieuses, saintes ? Quand je les repasse dans mon esprit, c’est à Dieu que je pense, et dans ces mystères, je trouve mon Dieu. Méditer ces choses, selon moi, c’est sagesse, et, à mon jugement, c’est prudence que d’en ramener le souvenir, souvenir dont la douceur est comme l’amande du fruit produit en abondance par la verge d’Aaron, et que Marie est allée cueillir dans les hauteurs des cieux, pour le répandre sur nous à profusion. Oui, c’est bien au plus haut des cieux qu’elle est allée le prendre, et par delà les Anges, quand elle a reçu le Verbe du sein de Dieu même, pour nous enrichir. C’est dans les hauteurs et plus haut que les Anges, que Marie a reçu le Verbe, du sein même du Père.
Ces leçons des matines de la fête d’aujourd’hui sont tirées d’un sermon qui fut attribué à saint Bernard mais n’est pas de lui (premier paragraphe), et du sermon de saint Bernard sur la nativité de la Sainte Vierge, dit « l’Aqueduc ».
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Comment sait-on que le sermon n’est pas de St Bernard? Connaît-on l’auteur?
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Il y avait une telle admiration (justifiée) pour saint Bernard qu’on lui a attribué un très grand nombre de textes, y compris l’intégralité des écrits de Guillaume de Saint-Thierry, alors que le style (et parfois le fond) n’est pas le même, bien qu’ils fussent proches amis. Les spécialistes de saint Bernard ont fait le tri depuis assez longtemps. Même dans la collection de Migne, ce sermon vient après un autre dont Migne dit qu’il n’est certainement pas de saint Bernard, et avant un autre dont Migne qu’il est « indigne de notre saint Bernard ». En fait celui-ci fait penser à saint Bernard, mais par un imitateur trop zélé, qui en rajoute dans les oppositions et les images de façon exagérée. Le texte intégral est ici chez Migne:
Cliquer pour accéder à 1100-1200,_Auctor_Incertus,_De_Beata_Maria_Virgine_Sermo,_MLT.pdf
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Merci beaucoup pour votre réponse et pour le lien
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