De la Sainte Vierge le samedi

Cui serváta est victória, nisi Maríæ ? Ipsa procul dúbio caput contrívit venenátum, quæ omnímodam malígni suggestiónem tam de carnis illécebra, quam de mentis supérbia dedúxit ad níhilum. Quam vero áliam Sálomon requirébat, cum dicébat : Mulíerem fortem quis invéniet ? Nóverat quippe vir sápiens huius sexus infirmitátem, frágile corpus, lúbricam mentem. Quia tamen et Deum légerat promisísse, et ita vidébat congrúere, ut qui vícerat per féminam, vincerétur per ipsam, veheménter admírans aiébat : Mulíerem fortem quis invéniet ? Quod est dícere : Si ita de manu féminæ pendet et nostra ómnium salus, et innocéntiæ restitútio, et de hoste victória; fortis omníno necésse est ut provideátur, quæ ad tantum opus possit esse idónea.

A qui est réservée la victoire, sinon à Marie ? C’est elle, sans aucun doute, qui broya la tête venimeuse et ainsi réduisit à néant toute suggestion du malin tant pour les plaisirs de la chair que pour l’orgueil de l’esprit. Et vers qui d’autre se portait la recherche de Salomon lorsqu’il disait : « Une femme forte, qui la trouvera ? » Car cet homme sage connaissait la faiblesse de ce sexe, son corps frêle, son esprit chancelant. Il avait lu cependant la promesse de Dieu : celui qui avait vaincu par une femme, serait par elle vaincu ; et voyant bien qu’il devait en être ainsi, stupéfait d’admiration il disait : « Une femme forte, qui la trouvera ? » Ce qui revient à dire : Si notre salut à tous, la restitution de notre innocence et notre victoire sur l’ennemi dépendent à ce point de la main d’une femme, il faut absolument, selon le plan providentiel, que cette femme soit forte pour pouvoir être à la hauteur d’une telle tâche.

Saint Bernard, 2e sermon A la louange de la Vierge Mère, leçon des matines.

« Une femme forte, qui la trouvera ? ». C’est le début de l’éloge de la « femme forte » (en grec littéralement la femme virile), poème alphabétique qui termine le livre des Proverbes. Ce texte pris au premier degré est devenu l’épître du commun des saintes femmes (ni vierges ni martyres). Mais il s’agit d’une allégorie de la Sagesse divine personnifiée. Une annonce du Christ qui est « puissance de Dieu et sagesse de Dieu », comme dit saint Paul. Mais la liturgie (latine) utilise nombre de textes des livres sapientiaux pour célébrer la Sainte Vierge. Et c’est tout naturellement que la « femme forte » de la fin des Proverbes est la Sainte Vierge, car il ne peut y avoir de femme plus forte que celle qui a terrassé le démon et a porté Dieu.

En 1501 parut un commentaire de 500 pages de ce poème, écrit par un bénédictin de Fontevraud à la demande de sa sœur bénédictine. Le livre eut au moins trois éditions.

Le Livre de la femme forte et vertueuse declaratif du cantique de Salomon es proverbes au chapitre qui se commence Mulierem fortem quis inveniet, la quelle exposition est extraicte de plusieurs excellens docteurs utile et prouffitable a personnes religieuses et autres gens de devocion, faict et compose par ung religieux de la reformation de lordre de Fontevrault a la requeste de sa seur religieuse reformée dudit ordre.‎


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Une réflexion sur “De la Sainte Vierge le samedi

  1. Cet ouvrage de François Le Roy est sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1520811g

    ainsi que trois autres du même :

    Le dialogue de consolation entre l’âme et raison (ca 1499-1500) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5774585p

    Le dialogue de confidence en Dieu, moult dévot et consolatif pour relever l’âme pécheresse, faict et composé par ung religieux de la réformation de l’ordre de Fontevrault, pour sa seur, religieuse réformée dudict ordre (ca 1500) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5772619d

    Le mirouer de penitence, tres devot et salutaire, tres utile et proffitable a toutes personnes et specialement a gens de religion… . Fait et compose nouvellement en Lan mil cinq cens et xii, par celuy qui autreffois a compille en francoys le Livre de la femme forte et le Dyalogue de consolation entre lame et raison et est religieux de la reformation de lordre de Fontevrault, lequel a cueily ledit Mirouer… pour devotes religieuses sanctimoniales de la Magdalene lez Aurelians incluses et reformees dudit ordre https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15192783

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