Deus, qui nos, in tantis perículis constitútos, pro humána scis fragilitáte non posse subsístere : da nobis salútem mentis et córporis ; ut ea, quæ pro peccátis nostris pátimur, te adjuvánte vincámus.
O Dieu, qui savez qu’en raison de la fragilité humaine, nous ne pourrions subsister au milieu de tant de périls, donnez-nous la santé de l’âme et du corps, afin que grâce à votre secours, nous puissions surmonter ce que nous souffrons pour nos péchés.
La collecte de ce dimanche, qui se trouve dans les plus anciens sacramentaires, a bien sûr été rejetée par les « rénovateurs » de la liturgie ex-latine. (Evidemment, si un spécialiste de cette néo-liturgie me lit, il va me dire que ce n’est pas vrai, puisqu’elle figure en option dans la troisième messe votive pour toute nécessité… Mais c’est une sinistre blague. On l’a mise dans un tiroir où personne n’ira la chercher. Preuve en est que si l’on demande à Google, dans les dix premières pages de réponse on ne trouve pas de référence au nouveau missel, mais on en trouve deux chez… Luther…)
Il est très malvenu aujourd’hui de laisser entendre qu’il y aurait une « fragilité humaine », et que nous ne pouvons nous en sortir que par le secours divin, et, pire encore, que si cette fragilité nous occasionne des souffrances c’est à cause de nos péchés… Tout cela est contraire à la foi adulte qu’enseigne la nouvelle religion conformément aux aspirations de l’homme d’aujourd’hui.
Dans sa chronique de New liturgical Movement, Michael Foley souligne que cette collecte est bien en phase avec l’évangile du jour, celui de la tempête apaisée. Les oraisons de cette messe, dit-il, « nous donnent un manuel de navigation pour un bon pilotage même au sein d’un Armageddon aquatique » (car à cette époque de l’année liturgique il s’agit de la tempête de la fin des temps).
Michael Foley traduit subsistere par résister : notre fragilité ne nous permet pas de résister à de tels dangers. Il ajoute : « Toujours dans l’esprit du récit évangélique, le verbe peut revêtir deux autres significations. Subsistere signifie littéralement rester debout, ce qui est difficile à faire lorsqu’un navire tangue et roule. Mais il signifie aussi arrêter, comme dans le cas de Jésus qui arrête immédiatement la tempête pour apporter un grand calme. L’homme, dans sa fragilité, ne peut pas faire cela. »
En outre, la collecte dit que notre fragilité est causée ou du moins aggravée par nos péchés. Pourtant, nous osons penser que nous vaincrons, avec l’aide de Dieu. « Le verbe fort utilisé pour vaincre (vincere) me fait entendre le cri de « Vincerò ! » (je vaincrai) dans l’air « Nessun dorma » de l’opéra Turandot de Puccini. »
La secrète parle aussi de notre fragilité, et nous demandons que le sacrifice la purifie et la protège contre tout mal. Dans la postcommunion nous demandons que les dons de l’autel « nous libèrent des délices terrestres, et nous restaurent toujours des nourritures célestes ». Notre « restauration », par l’eucharistie, est ce qui nous fortifie dans la tempête. Michael Foley fait encore remarquer, notamment, que le verbe qu’on traduit par « libérer » est expedio, qui « fait littéralement référence au pied libéré d’un piège ». Le piège des délices terrestres, ce qui n’est pas non plus dans l’air du temps de la nouvelle religion.
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