Traité des sacrements, fin du troisième livre – à propos du baptême.
Un aveugle se présenta au Sauveur pour être guéri. Celui-ci guérissait les autres par sa parole et son discours et rendait la lumière des yeux par son commandement. Cependant dans le livre de l’évangile intitulé selon Jean – celui qui plus que les autres vit de grands mystères, les représenta et les expliqua – il voulut préfigurer en cet homme le mystère présent. Sans doute tous les évangélistes sont saints, tous les apôtres, hormis le traître, sont saints. Pourtant saint Jean, qui écrivit le dernier l’évangile, comme un familier recherché et choisi par le Christ, fit entendre les mystères éternels avec une trompette plus puissante. Tout ce qu’il dit est mystère. Un autre a dit qu’un aveugle a été guéri. Matthieu l’a dit, Luc l’a dit, Marc l’a dit. Qu’est-ce que Jean est seul à dire ? « Il prit de la boue, l’étendit sur ses yeux et lui dit : Va à Siloam. Il se leva, s’en alla, se lava et revint avec la vue. »
Considère, toi aussi, les yeux de ton cœur. Tu voyais ce qui est corporel, avec les yeux de ton corps ; mais ce qui concerne les sacrements, tu ne pouvais pas encore le voir des yeux de ton cœur. Quand donc tu t’es fais inscrire, il a pris de la boue et te l’a étendue sur les yeux. Qu’est-ce que cela signifie ? Que tu avais à reconnaître ton péché, à examiner ta conscience, à faire pénitence de tes fautes, c’est-à-dire, à reconnaître le sort de la race humaine. Car, bien que celui qui vient au baptême ne confesse pas de péché, cependant il fait par là même la confession de tous ses péchés, parce qu’il demande le baptême pour être justifié, c’est-à-dire pour passer de la faute à la grâce.
Ne croyez pas que c’est inutile. Il y en a, je sais au moins qu’il y en eut un qui répondait, quand nous lui disions : « A ton âge tu as une plus grande obligation de te faire baptiser », il répondait : « Pourquoi me faire baptiser ? Je n’ai pas de péché. Est-ce que j’ai commis un péché ? » Celui-là n’avait pas de boue, parce que le Christ ne la lui avait pas étendue sur les yeux, c’est-à-dire qu’il ne lui avait pas ouvert les yeux. Car personne n’est sans péché.
Il se reconnaît donc homme, celui qui cherche refuge au baptême du Christ. Ainsi donc il t’a mis de la boue, à toi aussi, c’est-à-dire la crainte respectueuse, la prudence, la conscience de ta faiblesse, et il t’a dit : « Va à Siloam. » Qu’est-ce que Siloam ? « Cela se traduit, dit-il, par envoyé. » C’est-à-dire : « Va à la fontaine où l’on prêche la croix du Seigneur, à cette fontaine où le Christ a racheté les erreurs de tous. »
Tu y es allé, tu t’es lavé, tu es venu à l’autel, tu as commencé à voir ce que tu ne voyais pas avant, c’est-à-dire que par la fontaine et la prédication de la passion du Seigneur tes yeux se sont ouverts. Toi qui semblais avoir le cœur aveuglé, tu t’es mis à voir la lumière des sacrements.
Nous voici donc arrivés, frères très chers, jusqu’à l’autel, à un sujet d’entretien plus riche. A l’heure qu’il est, nous ne pouvons pas entreprendre l’explication complète, parce que cet entretien est trop long. Contentez-vous de ce qui a été dit aujourd’hui, et demain, s’il plaît au Seigneur, nous vous entretiendrons des sacrements eux-mêmes.
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