
L’évangile de ce jour est celui du « noli me tangere » (Μή μου ἅπτου), expression aujourd’hui défigurée dans sa traduction et son interprétation. saint Romanos le Mélode (VIe siècle), dans sa première hymne de Pâques, centrée sur Marie Madeleine, l’interprète, strophe 11, comme tous les pères de l’Eglise, selon sa signification obvie. (Traduction de José Grosdidier de Matons, Sources chrétiennes.)
9 Alors celui qui voit tout, voyant Marie-Madeleine vaincue par les sanglots, accablée de regret, en eut le cœur touché et se montra, disant à la jeune fille : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu dans le sépulcre ? » Alors Marie se retourna pour lui dire : « Je pleure parce qu’on a enlevé mon Seigneur du tombeau, et je ne sais pas où il repose. Mais certainement c’est là ton ouvrage, car si je ne me trompe, tu es le jardinier. Eh bien ! si tu as enlevé le corps, dis-le-moi, et moi je reprendrai mon Rédempteur. Il est mon maître, il est mon Seigneur, lui qui offre aux hommes déchus la résurrection. »
10 Celui qui sonde les cœurs et qui explore les reins, sachant que Marie reconnaîtrait sa voix, appelait en vrai pasteur l’agnelle bêlante, disant : « Marie ! » Elle dit aussitôt, l’ayant reconnu : « Oui, c’est bien mon bon pasteur qui m’appelle pour me compter désormais avec les quatre- vingt-dix-neuf brebis. Je vois derrière lui qui m’appelle des légions de saints, des armées de justes, aussi je ne dis pas : ‘Qui es-tu, toi qui m’appelles ?’ Car je sais bien qui il est, celui qui m’appelle : je l’avais dit, c’est mon Seigneur, c’est celui qui offre aux hommes déchus la résurrection. »
11 Emportée par la ferveur du désir, par l’embrasement de l’amour, la jeune fille voulut saisir celui qui remplit toute la création sans en recevoir des limites. Mais le Créateur, s’il ne lui reprocha pas son ardeur, l’éleva vers le monde divin en disant : « Ne me touche pas : me prendrais-tu seulement pour un mortel ? Je suis Dieu, ne me touche pas. Ô femme vénérable, ouvre là-haut tes yeux et considère le monde céleste : c’est là que tu dois me chercher. Car je monte vers mon Père, que je n’ai pas quitté : j’ai toujours été en même temps que lui, je partage son trône, je reçois même honneur, moi qui offre aux hommes déchus la résurrection.
12 Que ta langue désormais publie ces choses, femme, et les explique aux fils du royaume qui attendent que je m’éveille, moi, le Vivant. Va vite, Marie, rassembler mes disciples. J’ai en toi une trompette à la voix puissante : sonne un chant de paix aux craintives oreilles de mes amis cachés, éveille-les tous comme d’un sommeil, afin qu’ils viennent à ma rencontre et qu’ils allument des torches. Va dire : ‘L’époux s’est éveillé, sortant de la tombe, sans rien laisser au- dedans de la tombe. Chassez, apôtres, la tristesse mortelle, car il est réveillé, celui qui offre aux hommes déchus la résurrection. »

Dans la « domus ecclesiae » de Doura Europos, où se trouvent les plus anciennes fresques chrétiennes conservées (241), deux femmes portant des torches et des récipients sont ce qui reste d’un double cortège de cinq femmes convergeant vers un bâtiment. On en a fait des myrophores, mais il est clair qu’il s’agit des vierges folles et des vierges sages, même si elles portent des torches et non des lampes. Et ce sont ces vierges portant des torches que chante Romanos : les vierges sages qui figurent les apôtres réveillés par la myrophore… Et nous tous sommes à Pâques ces vierges sages, comme le chante la liturgie byzantine dans le canon pascal, qu’on doit à saint Jean Damascène :
Tenant nos lampes allumées, / comme au-devant de l’Époux / allons à la rencontre du Christ ressuscité, / et tous ensemble célébrons / en festive procession / la divine Pâque où nous trouvons le salut.
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