Saint Jean-Baptiste de la Salle

Méditation pour le 3e dimanche après Pâques

Jésus-Christ dit, dans l’Évangile de ce jour (Jn 16, 20), que le monde sera dans la joie, et que les serviteurs de Dieu seront pour un temps dans la tristesse, mais que leur tristesse se changera en joie. C’est ce qui vous donne lieu de considérer la différence qu’il y a entre la joie des gens du monde et celle des serviteurs de Dieu. La joie du monde sera courte, celle des serviteurs de Dieu n’aura point de fin : c’est ce qui paraît par les paroles du saint Évangile.

Le mondain, dit Jésus-Christ, sera dans la joie : mais combien de temps ? Tout au plus autant qu’il sera au monde : mais dès qu’il cessera d’être au monde, c’est-à-dire après cette vie, sa joie cessera, et la tristesse qui lui succédera sera éternelle.

Pour ce qui est de la joie des serviteurs de Dieu, elle sera telle que personne, dit Jésus-Christ (Jn 16, 22), ne la leur pourra ravir : s’ils ont de la peine et des sujets de tristesse, ce n’est que pour un peu de temps (Jn 16, 16), la joie qui succédera à leurs peines n’aura point de fin.

Malheur à ceux qui pensent qu’à se contenter en ce monde, car ce contentement sera peu durable !

Une seconde différence qu’il y a entre la joie des gens du monde et celle des serviteurs de Dieu, c’est que celle des premiers n’est que superficielle, au lieu que celle des seconds est très solide. Cette différence se fait sentir dans les paroles de Jésus-Christ (Jn 16, 20) : Le monde sera dans la joie ; à l’égard des serviteurs de Dieu, ce sera leur cœur qui se réjouira (Jn 16, 22) ; ce qui nous marque que la joie des uns n’est qu’apparence : c’est le monde qui n’a que le faste et l’apparence. Mais quand les serviteurs de Dieu sont dans la joie, c’est leur cœur qui se réjouit, qui étant le soutien de la vie de l’homme parce qu’il est en eux le dernier vivant, leur joie, selon l’application de Notre Seigneur, est très solide et n’est pas facilement sujette à l’altération, parce qu’elle est fondée sur ce qui soutient en eux la vie de la grâce, qui est l’amour de Dieu et la communication avec Dieu, par le moyen de l’oraison et par l’usage des sacrements. C’est ce qui fait que, Dieu soutenant et entretenant leur joie, elle est solidement fondée, étant fondée en Dieu.

Votre joie est solide, si vous vous réjouissez au milieu des souffrances et de toutes les peines les plus sensibles ; mais si vous faites consister votre joie à jouir des plaisirs des sens, ah ! qu’il est bien vrai qu’elle n’a rien que de superficiel, puisqu’elle est de la nature même de son objet, qui n’est qu’un bien fragile et périssable !

Il y a encore une différence bien considérable entre la joie des gens du monde et celle des serviteurs de Dieu : la joie des premiers est toute extérieure, et celle des derniers est intérieure, parce qu’elle est dans le cœur.

C’est ce qui fait que, dans les mondains, la moindre peine trouble leur joie et les jette dans l’abattement ; au lieu que la joie des serviteurs de Dieu étant au-dedans d’eux-mêmes, rien de ce qui est au-dehors n’est capable de leur nuire, parce que rien de ce qui est au-dehors ne peut pénétrer jusqu’au fond du cœur, qui n’a de communication au-dehors qu’autant qu’il se laisse prévenir par les sens. Et comme la joie des justes est causée par l’amour de Dieu qui est au fond de leur cœur, et que cet amour a pour objet un bien inaltérable, immuable et éternel, il s’ensuit qu’ils ne peuvent être troublés dans la possession de ce délicieux contentement, pendant que la charité unira leurs âmes à Dieu.


En savoir plus sur Le blog d'Yves Daoudal

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

3 réflexions sur “Saint Jean-Baptiste de la Salle

Répondre à michel Annuler la réponse.