Jeudi de Pâques

Icône crétoise, vers 1500, église Saint-Georges des Grecs, Venise. Marie Madeleine dit au Christ : « Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je le prendrai. » Puis, le reconnaissant : « Rabbouni ».

L’évangile de ce jour est celui du « noli me tangere » (Μή μου ἅπτου), expression aujourd’hui défigurée dans sa traduction et son interprétation. saint Romanos le Mélode (VIe siècle), dans sa première hymne de Pâques, centrée sur Marie Madeleine, l’interprète, strophe 11, comme tous les pères de l’Eglise, selon sa signification obvie. (Traduction de José Grosdidier de Matons, Sources chrétiennes.)

9 Alors celui qui voit tout, voyant Marie-Madeleine vaincue par les sanglots, accablée de regret, en eut le cœur touché et se montra, disant à la jeune fille : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu dans le sépulcre ? » Alors Marie se retourna pour lui dire : « Je pleure parce qu’on a enlevé mon Seigneur du tombeau, et je ne sais pas où il repose. Mais certainement c’est là ton ouvrage, car si je ne me trompe, tu es le jardinier. Eh bien ! si tu as enlevé le corps, dis-le-moi, et moi je reprendrai mon Rédempteur. Il est mon maître, il est mon Seigneur, lui qui offre aux hommes déchus la résurrection. »

10 Celui qui sonde les cœurs et qui explore les reins, sachant que Marie reconnaîtrait sa voix, appelait en vrai pasteur l’agnelle bêlante, disant : « Marie ! » Elle dit aussitôt, l’ayant reconnu : « Oui, c’est bien mon bon pasteur qui m’appelle pour me compter désormais avec les quatre- vingt-dix-neuf brebis. Je vois derrière lui qui m’appelle des légions de saints, des armées de justes, aussi je ne dis pas : ‘Qui es-tu, toi qui m’appelles ?’ Car je sais bien qui il est, celui qui m’appelle : je l’avais dit, c’est mon Seigneur, c’est celui qui offre aux hommes déchus la résurrection. »

11 Emportée par la ferveur du désir, par l’embrasement de l’amour, la jeune fille voulut saisir celui qui remplit toute la création sans en recevoir des limites. Mais le Créateur, s’il ne lui reprocha pas son ardeur, l’éleva vers le monde divin en disant : « Ne me touche pas : me prendrais-tu seulement pour un mortel ? Je suis Dieu, ne me touche pas. Ô femme vénérable, ouvre là-haut tes yeux et considère le monde céleste : c’est là que tu dois me chercher. Car je monte vers mon Père, que je n’ai pas quitté : j’ai toujours été en même temps que lui, je partage son trône, je reçois même honneur, moi qui offre aux hommes déchus la résurrection.

12 Que ta langue désormais publie ces choses, femme, et les explique aux fils du royaume qui attendent que je m’éveille, moi, le Vivant. Va vite, Marie, rassembler mes disciples. J’ai en toi une trompette à la voix puissante : sonne un chant de paix aux craintives oreilles de mes amis cachés, éveille-les tous comme d’un sommeil, afin qu’ils viennent à ma rencontre et qu’ils allument des torches. Va dire : ‘L’époux s’est éveillé, sortant de la tombe, sans rien laisser au- dedans de la tombe. Chassez, apôtres, la tristesse mortelle, car il est réveillé, celui qui offre aux hommes déchus la résurrection. »

Dans la « domus ecclesiae » de Doura Europos, où se trouvent les plus anciennes fresques chrétiennes conservées (241), deux femmes portant des torches et des récipients sont ce qui reste d’un double cortège de cinq femmes convergeant vers un bâtiment. On en a fait des myrophores, mais il est clair qu’il s’agit des vierges folles et des vierges sages, même si elles portent des torches et non des lampes. Et ce sont ces vierges portant des torches que chante Romanos : les vierges sages qui figurent les apôtres réveillés par la myrophore… Et nous tous sommes à Pâques ces vierges sages, comme le chante la liturgie byzantine dans le canon pascal, qu’on doit à saint Jean Damascène :

Tenant nos lampes allumées, / comme au-devant de l’Époux / allons à la rencontre du Christ ressuscité, / et tous ensemble célébrons / en festive procession / la divine Pâque où nous trouvons le salut.

Mozartissime

Avis aux amateurs. Demain à Saint-Pétersbourg, à 19h, le 24e concerto de Mozart par Elisabeth Leonskaïa avec l’Orchestre philharmonique (« le premier orchestre symphonique de Russie ») sous la direction d’Alexandre Roudine. Le concert est donné à l’occasion du 110e anniversaire de Sviatoslav Richter, avec qui Elisabeth Leonskaïa joua souvent en duo.

Elisabeth Leonskaïa, 79 ans, est « autrichienne », comme dit le programme. Née en Géorgie, élève du conservatoire de Moscou, elle vit en effet en Autriche depuis 1978, mais elle reste fidèle à la Russie. Elle a récemment enregistré une exceptionnelle intégrale des sonates de Mozart, que j’avais découverte à la faveur d’un bis, déjà à Saint-Pétersbourg, déjà à la suite d’un concerto de Mozart.

Elle fait partie de ces interprètes de premier plan qui en vieillissant acquièrent une nouvelle palette, plus spirituelle, tout en transparence musicale.

Pâques à Kiev

Leur soi-disant « bail » a été « résilié » il y a 26 mois, ils ont reçu leur « avis d’expulsion » il y a 25 mois, leur Eglise orthodoxe ukrainienne est interdite depuis huit mois… et ils sont toujours là, les moines de la laure des Grottes de Kiev, alors que le gouvernement était certain qu’ils allaient se rallier à l’Eglise du pouvoir…

Ils sont tous là, à l’exception de l’unique moine qui avait fait défection dès le début et qui a été bombardé abbé du monastère de la laure haute de l’Eglise du pouvoir, où il est le seul moine, et du métropolite Paul, l’abbé du monastère, toujours assigné en résidence après avoir été longtemps incarcéré, en attente de son procès.

La nuit de Pâques, avec le métropolite Onuphre, primat de l’Eglise orthodoxe ukrainienne :

La réunion avortée

Il devait y avoir aujourd’hui à Londres une réunion des ministres des Affaires étrangères du Royaume-Uni, des Etats-Unis, de France et d’Allemagne pour avancer sur le conflit ukrainien. Mais Marco Rubio a dit qu’il ne viendrait pas, et les ministres français et allemand ont annulé leur voyage.

Selon les rumeurs véhiculées par la presse, Marco Rubio aurait déclaré forfait après le refus catégorique de Zelensky (hier soir encore) de reconnaître la souveraineté russe sur la Crimée. Selon ces rumeurs, le plan américain comprenait la reconnaissance par l’Ukraine de la souveraineté de jure de la Russie sur la Crimée et de facto sur le Donbass, en échange de garanties de sécurité européennes pour l’Ukraine sans accession à l’OTAN. Les journaux vont plus avant dans les détails, mais le Kremlin a parfaitement raison d’exhorter à s’en tenir aux déclarations officielles des gouvernements.

En tout cas l’annulation de cette réunion est une bonne nouvelle. D’autant que Marco Rubio, et cela n’est pas une rumeur, a déclaré ouvertement que si l’Ukraine refusait le plan américain les Etats-Unis se désintéresseraient complètement de l’affaire ukrainienne.

Addendum

Marco Rubio, cet après-midi:

« Je dirais que nous nous efforçons de comprendre la position russe. Nous la comprenons mieux aujourd’hui, car nous avons enfin pu dialoguer avec eux après trois ans de silence. Quelle est la position ukrainienne et faut-il même considérer que ces deux pays sont dans un même voisinage, étant donné que leurs codes sont complètement différents ? Nous devrons peut-être conclure qu’ils sont tellement éloignés l’un de l’autre que la paix est impossible à l’heure actuelle. »

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Dans le déluge des rumeurs en tout genre, ces jours-ci, il y a celle selon laquelle Macron aurait demandé aux cinq cardinaux français de tout faire pour empêcher l’élection du cardinal Sarah comme pape.

Or le cardinal Sarah n’a hélas aucune chance d’être élu. Mais il est sympathique de voir la campagne que mène en sa faveur Alexandre Douguine :

« Robert Sarah présente deux qualités remarquables : il est traditionaliste (il croit en Dieu) et il est noir (sa foi est authentique, car les Noirs sont moins hypocrites que les Blancs). »