Mercredi de la troisième semaine de carême

La lecture biblique de cette semaine est l’histoire de Joseph, dans les derniers chapitres de la Genèse. Les répons de l’office des matines sont des agencements de versets de cette histoire pris dans la Vulgate, sauf deux d’entre eux : l’un reprend des expressions de psaumes 80 et 104 qui évoquent Joseph, l’autre, qui est le troisième aujourd’hui… ne correspond à aucun texte de l’Ecriture.

℟. Lamentabátur Jacob de duóbus fíliis suis : Heu me, dolens sum de Joseph pérdito, et tristis nimis de Bénjamin ducto pro alimóniis : * Precor cæléstem Regem, ut me doléntem nímium fáciat eos cérnere.
. Prósternens se Jacob veheménter cum lácrimis pronus in terram, et adórans ait.
℟. Precor cæléstem Regem, ut me doléntem nímium fáciat eos cérnere.

Jacob se lamentait à propos de ses deux fils : Malheureux que je suis, je souffre de la perte de Joseph, et je suis triste à l’excès à propos de Benjamin emmené pour avoir des vivres. Accablé de douleur, je prie le Roi céleste qu’il me les fasse revoir. Se prosternant instamment avec larmes jusqu’à terre et adorant il dit : Je prie le Roi céleste qu’il me les fasse revoir.

On a vraiment l’impression d’une citation de la Genèse, mais on ne l’y trouvera pas. Certes, Jacob se lamente, mais le mot ne s’y trouve pas. Certes il est triste, mais le mot ne s’y trouve pas non plus. Et il n’est fait nulle mention de sa prière en ces termes-là. Voici les versets qui correspondent au répons.

Chapitre 42 :

Alors Jacob, leur père, leur dit : Vous m’avez réduit à être sans enfants ; Joseph n’est plus, Siméon est en prison, et vous voulez m’enlever Benjamin. Tous ces maux sont retombés sur moi. (…) Non, dit Jacob, mon fils n’ira point avec vous. Son frère est mort, lui seul est resté. S’il lui arrive quelque malheur au pays où vous allez, vous accablerez mes cheveux blancs d’une douleur qui m’emportera au tombeau.

Chapitre 43 :

Je prie mon Dieu tout-puissant de vous le rendre favorable, afin qu’il renvoie avec vous votre frère qu’il tient prisonnier, et Benjamin ; cependant moi je demeurerai seul, comme si j’étais sans enfants.

Il convient aussi de se reporter au chapitre 37, quand Jacob apprend la mort (croit-il) de Joseph. C’est en fait plus proche du répons, alors que la scène a lieu bien des années avant.

Ayant déchiré ses vêtements, il se couvrit d’un cilice, pleurant son fils fort longtemps. Alors tous ses enfants s’assemblèrent pour tâcher de soulager leur père dans sa douleur ; mais il ne voulut point recevoir de consolation, et il leur dit : Je pleurerai toujours, jusqu’à ce que je descende avec mon fils aux enfers. Ainsi il continua toujours de pleurer.

La poignante expression de ce répons a inspiré les compositeurs de la Renaissance. Le plus connu est celui de Cristobal de Morales. Les interprètes en rajoutent généralement dans la « lamentation », de façon caricaturalement sentimentale. En voici une plus sobre, qui date de la fin de l’année dernière.


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