Mardi de la Passion

La liturgie a conservé deux hymnes de saint Venance Fortunat célébrant l’arrivée triomphale de la relique de la Sainte Croix offerte par l’empereur Justin II en 569 à l’abbaye de Poitiers fondée par sainte Radegonde. L’hymne Vexilla Regis est chantée aux vêpres du temps de la Passion. L’hymne Pange lingua, chantée intégralement le vendredi saint en dernière partie de l’adoration de la Croix, a été divisée en deux pour l’office du temps de la Passion : la première partie est chantée aux matines, la seconde aux laudes. Voici les trois premières strophes de la première partie, chantées par un mystérieux « Escolania a cappella choir » (sic : espagnol, italien, anglais). Il y a ensuite Crux fidelis, qui est une strophe de la deuxième partie. Il semble que ce soit ainsi que l’hymne est chantée dans la néo-liturgie du vendredi saint (dans les rares endroit où il y a encore du latin), qui supprime donc six strophes…

Pange, lingua, gloriósi
Láuream certáminis,
Et super Crucis trophǽo
Dic triúmphum nóbilem,
Quáliter Redémptor orbis
Immolátus vícerit.

Chante, ma langue
Les lauriers d’un glorieux combat ;
Célèbre le noble triomphe
Dont la croix est le trophée,
Et la victoire que le Rédempteur du monde
Remporta en s’immolant.

De paréntis protoplásti
Fraude Factor cóndolens,
Quando pomi noxiális
In necem morsu ruit,
Ipse lignum tunc notávit,
Damna ligni ut sólveret.

Dieu compatit au malheur
Du premier homme sorti de ses mains.
Dès que, mordant à la pomme funeste
Adam se précipita dans la mort,
Dieu lui-même désigna l’arbre nouveau
Pour réparer les malheurs causés par le premier.

Hoc opus nostræ salútis
Ordo depopóscerat,
Multifórmis proditóris
Ars ut artem fálleret,
Et medélam ferret inde,
Hostis unde lǽserat.

Tel fut le plan divin
Dressé pour notre salut,
Afin que la sagesse y déjouât
La ruse de notre cauteleux ennemi,
Et que le remède nous arrivât par le moyen même
Qui avait servi pour nous faire la blessure.

Quando venit ergo sacri
Plenitúdo témporis,
Missus est ab arce Patris
Natus, orbis Cónditor,
Atque ventre virgináli
Carne amíctus pródiit.

Lors donc que le temps marqué
Par le décret divin fut arrivé,
Celui par qui le monde a été créé
Fut envoyé du trône de son Père,
Et ayant pris chair au sein d’une Vierge,
Il parut en ce monde.

Vagit infans inter arcta
Cónditus præsépia:
Membra pannis involúta
Virgo Mater álligat:
Et Dei manus pedésque
Stricta cingit fáscia.

Petit enfant, il vagit
Couché dans une pauvre crèche,
La Vierge, sa Mère enveloppe de langes
Ses membres délicats,
Et des bandelettes étroites serrent
Les mains et les pieds d’un Dieu.

Sempitérna sit beátæ
Trinitáti glória,
Æqua Patri, Filióque;
Par decus Paráclito:
Uníus Triníque nomen
Laudet univérsitas. Amen.

Que toujours en sa béatitude
A la Trinité soit la gloire,
Egalement au Père et au Fils ;
pareil honneur au Paraclet :
Que du Dieu trine et un, le nom
soit loué dans tout l’Univers. Ainsi soit- il.

*

Crux fidélis, inter omnes
Arbor una nóbilis:
Silva talem nulla profert
Fronde, flore, gérmine:
Dulce ferrum, dulce lignum
Dulce pondus sústinent.

Ô Croix fidèle,
Arbre unique, noble entre tous,
Nulle forêt n’en produit de pareil
En feuillage, en fleurs et en fruits :
Fer bien-aimé, bois bien-aimé,
Qui porte un bien-aimé fardeau !


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Une réflexion sur “Mardi de la Passion

  1. Traduction est toujours un peu trahison…

    A la strophe 2, Pomum noxiale, c’est le FRUIT nocif, empoisonné (jamais la pomme en latin classique, qui se dit Malum, grec mêlon), on voit que c’est par le latin que c’est devenu la pomme…

    A la strophe 3, Hostis n’est pas traduit : tout de même dommage. d’ignorer le Diable, l’Ennemi !

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