Lundi après l’Ascension

L’hymne des vêpres et des laudes du temps de l’Ascension, et la belle traduction de Jacqueline Pascal (la sœur de Blaise, peu avant qu’on lui interdise de poursuivre… et qu’elle entre à Port-Royal sous le nom de sœur Euphémie).

Jesu nostra redémptio,
Amor et desidérium.
Deus Creátor omnium,
Homo in fine témporum.

Jesus, digne rançon de l’homme racheté,
Amour de notre cœur et désir de notre ame,
Seul créateur de tout, Dieu dans l’éternité,
Homme à la fin des temps en naissant d’une femme.

Quae te vicit cleméntia
Ut ferres nostra crímina,
Crudélem mortem pátiens
Ut nos a morte tólleres,

Quel excez de clémence a su te surmonter
Que portant les peschez de ton peuple rebelle,
Tu souffris une mort horrible à raconter,
Pour garantir les tiens de la mort éternelle ?

Inférni claustra pénetrans,
Tuos captívos rédimens,
Victor triúmpho nóbili
Ad dextram Patris résidens.

Jusqu’au fond des enfers tu fis voir ta splendeur,
Rachetant tes captifs de leur longue misère ;
Et par un tel triomphe en glorieux vainqueur
Tu t’assis pour jamais à la droite du Père.

Ipsa te cogat píetas
Ut mala nostra súperes,
Parcéndo et voti cómpotes
Nos tuo vultu sáties.

Que la mesme bonté t’oblige maintenant
A surmonter les maux dont ton peuple est coupable
Remplis ses justes vœux en les luy pardonnant,
Et qu’il jouisse en paix de ta veuë ineffable.

Tu esto nostrum gáudium,
Qui es futurus praemium;
Sit nostra in te glória
Per cuncta semper saecula. Amen.

Sois notre unique joye, o Jésus nostre roy.
Qui seras pour toujours nostre unique salaire !
Que toute nostre gloire à jamais soit en toy.
Dans le jour éternel où ta splendeur esclaire !

Par les moines de Kergonan en 1967 :

Dimanche après l’Ascension

A la veille de nous envoyer son Esprit, Jésus nous annonce les effets que ce divin Consolateur produira dans nos âmes. S’adressant aux Apôtres dans la dernière Cène, il leur dit que cet Esprit leur rendra témoignage de lui, c’est-à-dire qu’il les instruira sur la divinité de Jésus et sur la fidélité qu’ils lui doivent, jusqu’à mourir pour lui. Voilà donc ce que produira en eux cet hôte divin que Jésus, près de monter aux cieux, leur désignait en l’appelant la Vertu d’en haut. De rudes épreuves les attendent ; il leur faudra résister jusqu’au sang. Qui les soutiendra, ces hommes faibles ? L’Esprit divin qui sera venu se reposer en eux. Par lui ils vaincront, et l’Évangile fera le tour du monde. Or, il va venir de nouveau, cet Esprit du Père et du Fils ; et quel sera le but de sa venue, sinon de nous armer aussi pour le combat, de nous rendre forts pour la lutte ? Au sortir de la Saison pascale, où les plus augustes mystères nous illuminent et nous protègent, nous allons retrouver en face le démon irrité, le monde qui nous attendait, nos passions calmées un moment qui voudront se réveiller. Si nous sommes « revêtus de la Vertu d’en haut », nous n’aurons rien à craindre ; aspirons donc à la venue du céleste Consolateur, préparons-lui en nous une réception digne de sa majesté ; quand nous l’aurons reçu, gardons-le chèrement ; il nous assurera la victoire, comme il l’assura aux Apôtres.

Dom Guéranger

*

Dans la liturgie byzantine, ce dimanche célèbre les pères du concile de Nicée. Cette année c’est le 1700e anniversaire de ce concile, qui s’est ouvert le 20 mai 325, comme je l’ai souligné ce 20 mai. L’an dernier j’avais reproduit le synaxaire de ce jour, qui retrace l’histoire du concile.

Icône des pères du concile de Nicée, par Michel Damaskinos, 1591. On remarque qu’il fait figurer, face à un empereur Constantin très christique, le pape Silvestre (avec une tiare) alors qu’il était représenté par un légat. En haut, la vision de saint Pierre d’Alexandrie : « Cette nuit-là, alors que j’avais achevé l’office, selon mon habitude, et que j’étais debout en prière, il arriva que je visse un enfant qui passait la porte de cette cellule, il avait environ douze ans et son visage resplendissait de lumière de sorte que toute cette pièce était illuminée. Il était vêtu d’un colombium de lin qui était déchiré en deux depuis le cou et la poitrine sur le devant jusques au bas des pieds et de ses deux mains, sur sa poitrine, il serrait les deux lambeaux du colombium et couvrait sa nudité. Dès que je le vis ainsi, derechef, je poussai un cri une fois ma bouche ouverte et criai d’une voix forte en disant : ‘Seigneur, qui a déchiré ta tunique ?’ Et celui-ci en réponse me dit : ‘Arius m’a déchiré. Allons, garde-toi de le recevoir dans la communion avec toi’. » Et Jésus est ici sur l’autel eucharistique.

Leur Eglise

Dans la cathédrale de Paderborn, devant l’autel et le cierge pascal allumé, spectacle pour les 1250 ans de la Westphalie. Célébrant « la chair », avec des poulets sans tête mais avec des couches. En présence du président de la République fédérale d’Allemagne qui parle à la fin, et sans aucun doute de l’archevêque dont on peut supposer qu’il fait la claque, avec son grand sourire niais. (En tout cas il savait de quoi il s’agit, puisque c’est un spectacle qui tourne dans tout le Land, mais en général dans des lieux profanes.)

Haro sur la Géorgie (encore)

Les deux fanatiques greluches de la dictature eurocratique Kaja Kallas et Marta Kos ont pondu un communiqué commun pour condamner la Géorgie, au prétexte que la loi sur les agents étrangers, déjà maintes fois vilipendée, entre en vigueur aujourd’hui. Or c’est tout simplement une loi de bon sens (calquée sur la loi américaine analogue) qui oblige toute entité représentant un pays, organisation ou parti étrangers à déclarer ses activités aux autorités.

C’est une loi de transparence démocratique. Mais pour les furies européistes elle « marque un sérieux revers pour la démocratie dans le pays » et « constitue une nouvelle mesure agressive des autorités géorgiennes visant à réprimer la dissidence, restreindre les libertés et réduire encore davantage l’espace dont disposent les militants, la société civile et les médias indépendants », menaçant « l’existence même des fondements démocratiques de la Géorgie et l’avenir de ses citoyens dans une société libre et ouverte » Sic.

Le Conseil européen, poursuit le communiqué, a déjà dit que « cette ligne de conduite compromettait la voie de la Géorgie vers l’UE », et d’ailleurs le processus d’adhésion est « suspendu ». « L’UE est prête à envisager le retour de la Géorgie sur la voie de l’adhésion à l’UE si les autorités prennent des mesures crédibles pour inverser le recul démocratique. »

Les eurocrates s’énervent parce que, alors que l’Arménie, théoriquement candidate à l’UE, se tourne de plus en plus vers la Russie (son président était à Moscou le 9 mai), il pourrait bientôt en être de même de la Géorgie, pays qui n’a pourtant plus de relations diplomatiques officielles avec Moscou depuis 2008.

Avant-hier, le président de la commission des Affaires étrangères du Conseil de la Fédération de Russie (Sénat), Grigory Karassine, a déclaré (on notera la différence de ton, qui ne peut laisser indifférents les Géorgiens) :

« Nous serions heureux de rétablir nos relations diplomatiques. Pour des raisons historiques, nous disposons actuellement d’une section à l’ambassade de Suisse à Tbilissi, composée de nos diplomates. Son nom correspond à celui de la section à l’ambassade de Suisse à Moscou, qui représente les intérêts de la Géorgie. Elle est composée de diplomates géorgiens. En d’autres termes, les relations dans leur ensemble deviennent plus actives. Nous pensons que ces dernières années, l’élite politique et les dirigeants politiques géorgiens ont considérablement mûri. La Géorgie est désormais pleinement engagée dans une approche responsable. Elle ne veut plus se battre pour les intérêts d’autrui. Cela trouve un écho favorable dans l’opinion publique russe. Et lentement mais sûrement, le tourisme se redresse et les visiteurs géorgiens commencent à arriver en Russie. »