Le patriarche serbe à Moscou

Le patriarche Porphyre de l’Eglise orthodoxe serbe a rencontré hier Vladimir Poutine au Kremlin. Il était accompagné du métropolite Irénée de Bačka, du patriarche russe Cyrille et du métropolite Antoine, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou.

Ce qu’ils se sont dit n’est pas inintéressant à plusieurs égards. Voici la traduction donnée par le site Orthodoxie.com de l’intégralité de la conversation.

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Mercredi de Pâques

Les icônes russes des 12 grandes fêtes de l’année autour de la Résurrection montrent toutes, en bas à droite de l’image de la Résurrection, la scène de la pêche miraculeuse après la Résurrection. De façon plus ou moins détaillée selon la place qui reste et selon l’inspiration de l’iconographe. On y voit généralement deux ou trois apôtres dans une barque (éventuellement avec de belles voiles comme ici), saint Pierre qui s’est jeté à l’eau, et Jésus sur le rivage.

En affirmant que le filet est rempli de gros poissons, le texte en précise aussi la quantité, à savoir cent cinquante-trois. Ce nombre renferme un grand mystère, dont la profondeur même sollicite toute votre attention. En effet, l’évangéliste ne prendrait pas la peine de formuler le nombre total avec cette précision, s’il ne l’avait jugé plein de mystère. Vous savez que tout ce que nous devons faire nous est prescrit, dans l’Ancienne Alliance, par les dix commandements, tandis que dans la Nouvelle, un nombre croissant de fidèles reçoit la force d’accomplir les mêmes œuvres par la grâce septiforme de l’Esprit-Saint, telle que l’a annoncée le prophète : « Esprit de sagesse et d’intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de science et de piété, et Esprit de crainte du Seigneur, qui le remplira. » (Is 11, 2). Mais on n’obtient d’agir par cet Esprit que si l’on adhère à la foi trinitaire, croyant et confessant que le Père, le Fils et ce même Esprit-Saint sont d’une seule et même puissance, d’une seule et même substance. Et puisque sept [dons] — nous venons d’en parler — nous sont accordés à profusion par le Nouveau Testament, tandis que dix [commandements] nous sont imposés par l’Ancien, toutes nos vertus et toutes nos œuvres peuvent être comprises dans le dix et le sept. Multiplions dix et sept par trois, nous obtenons cinquante et un : nombre qui renferme assurément un grand mystère, car nous lisons dans l’Ancien Testament que la cinquantième année doit être appelée une année jubilaire, pendant laquelle le peuple entier se repose de tout travail (cf. Lv 25, 11). Mais le vrai repos est dans l’unité, qui ne peut être divisée ; en effet, là où il y a une fissure de division, il n’y a pas de vrai repos. Multiplions cinquante et un par trois, pour obtenir cent cinquante-trois. Puisque toutes nos œuvres, accomplies dans la foi en la Trinité, nous conduisent au repos, nous avons multiplié dix-sept par trois, de manière à obtenir cinquante et un. Et notre vrai repos étant atteint par la connaissance de la gloire de cette même Trinité, que nous croyons fermement exister au sein de l’unité divine, nous multiplions cinquante et un par trois et nous tenons la somme totale des élus dans la patrie céleste, que figure ce nombre de cent cinquante-trois poissons. Il convenait que le filet jeté après la Résurrection du Seigneur prît le nombre de poissons qu’il fallait pour désigner les élus qui habitent la patrie céleste. (1)

Par ailleurs, les passages d’Evangile lus hier et aujourd’hui nous stimulent à chercher avec soin pourquoi on y lit que le Seigneur, notre Rédempteur, a mangé du poisson grillé après sa Résurrection. Ce qu’il a accompli par deux fois ne peut être sans mystère. On nous a lu aujourd’hui qu’il mangeait du pain et du poisson grillé, et dans la lecture d’hier, c’était du poisson grillé avec un rayon de miel (cf. Lc 24, 42-43). Que peut bien symboliser, à votre avis, le poisson grillé, sinon le Médiateur entre Dieu et les hommes, qui a souffert ? (2) Car il a daigné se cacher dans les eaux du genre humain; il a voulu se laisser prendre dans le filet de notre mort et être, pour ainsi dire, rôti par la souffrance au temps de sa Passion. Mais celui qui a daigné se faire poisson grillé en sa Passion s’est montré pour nous rayon de miel en sa Résurrection. Et si dans le poisson grillé, il a voulu figurer la souffrance de sa Passion, n’a-t-il pas voulu exprimer, dans le rayon de miel, la double nature de sa personne ? Un rayon de miel, c’est du miel dans de la cire; et le miel dans la cire, c’est la divinité dans l’humanité.

Cela n’est pas en désaccord avec la lecture d’aujourd’hui : le Seigneur mange du poisson et du pain. Celui qui a pu, en tant qu’homme, être grillé comme un poisson, nous restaure de pain en tant que Dieu. Il l’a affirmé : « Je suis le Pain vivant descendu du Ciel. » (Jn 6, 51). Il mange donc du poisson grillé et du pain pour nous montrer, par ses aliments mêmes, qu’il a accompli sa Passion en vertu de l’humanité qu’il partage avec nous, et qu’il nous a procuré notre nourriture en vertu de sa divinité.

Si nous regardons attentivement, nous voyons aussi comment il nous convient de l’imiter. Car le Rédempteur ne se révèle à nous, qui le suivons, que pour nous ouvrir la voie et nous permettre de l’imiter. Notre-Seigneur a voulu, dans son repas, joindre un rayon de miel au poisson grillé, parce qu’il reçoit dans son corps pour l’éternel repos ceux qui, malgré les tribulations qu’ils subissent ici-bas pour le Seigneur, ne perdent pas l’amour de la douceur intérieure. Avec le poisson grillé, il mange un rayon de miel, puisque ceux qui souffrent ici-bas pour la Vérité sont rassasiés là-haut de la véritable douceur.

Saint Grégoire le Grand, 24e homélie sur l’Evangile, suite du texte lu aux matines.

(1) Sur le nombre 153, voir aussi ici.

(2) « Quid autem signare piscem assum credimus, nisi ipsum Mediatorem Dei et hominum passum ? » Saint Augustin avait déjà dit, avec son sens de la formule : « Piscis assus, Christus est passus » (le poisson grillé c’est le Christ dans sa Passion) : 123e homélie sur saint Jean.

L’Heure pascale

Une des particularités de l’office byzantin est que pendant la semaine de Pâques toutes les petites heures (y compris les complies et l’office de minuit) sont remplacées par un bref et unique office entièrement chanté et sans psaumes. Les moniales de Minsk ont publié hier une vidéo où elles chantent cette Heure pascale, sur fond d’images des (très longues) célébrations de la Passion et de la Résurrection.

Tropaire de Pâques (trois fois) : « Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort il a terrassé la mort, et à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie ! »

Ikos (trois fois) : « Ayant contemplé la Résurrection du Christ, adorons le Saint, le Seigneur Jésus, le Seul sans péché. Nous vénérons Ta Croix, Ô Christ, et nous chantons et glorifions Ta Résurrection ; car Tu es notre Dieu, nous n’en connaissons pas d’autre que Toi. Venez, tous les fidèles, vénérons la Résurrection du Christ, car voici que par la Croix, la joie est venue dans le monde entier. Bénissons en tout temps le Seigneur, nous chantons Sa Résurrection, car en endurant la Croix, par la mort il a détruit la mort. » (trois fois) ;

Hypakoï : « Devançant l’aurore et trouvant la pierre roulée de devant le sépulcre, celles qui suivaient Marie s’entendirent demander par l’ange : pourquoi cherchez-vous comme un homme parmi les morts Celui qui Se tient dans la lumière perpétuelle ? Voyez les bandelettes funéraires, faites diligence et annoncez au monde que le Seigneur S’est levé, ayant mis à mort la mort, car Il est le Fils du Dieu qui sauve le genre humain. »

Kondakion : « Bien que Tu sois descendu dans la tombe, Ô Immortel, Tu as détruit la puissance des enfers ; Tu es ressuscité en Vainqueur, Ô Christ Dieu, en annonçant : “Réjouissez-vous” aux femmes myrophores, faisant don de la paix à Tes apôtres et donnant la résurrection à ceux qui étaient tombés. »

Tropaires :
« Au Sépulcre pour le corps et aux enfers pour l’âme, Tu fus au Paradis avec le Bon Larron et sur le trône avec le Père et le Saint-Esprit, Ô Christ, emplissant tout, sans être contenu. »
« Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit »
« Porteur de vie, et plus beau que le Paradis, plus lumineux en vérité qu’aucune chambre royale, Ton Sépulcre, Ô Christ, s’est révélé la source de notre Résurrection. »
« Maintenant et à jamais et dans les siècles des siècles. »
« Ô demeure consacrée et divine du Très-Haut, réjouis-Toi. Par toi, ô Mère de Dieu, a été donnée la joie à ceux qui s’écrient : tu es bénie entre toutes les femmes, Ô Souveraine tout immaculée. »

« Seigneur, aie pitié » (quarante fois) ;

« Gloire au Père et au Père et au Saint-Esprit, maintenant et à jamais et dans les siècles des siècles. »

« Toi, plus vénérable que les Chérubins, et incomparablement plus glorieuse que les Séraphins, qui sans corruption enfantas Dieu le Verbe, toi, véritablement Mère de Dieu, nous te magnifions. »

Tropaire pascal, trois fois, la dernière fois on ajoute : « Il nous a donné l’éternelle vie, nous adorons sa Résurrection le troisième jour. »

L’Ukraine en bref

La cathédrale Saint-Michel de Tcherkassy a été prise le 17 octobre dernier par les sbires du régime, avec un rare déchaînement de violence. Ce dimanche avait lieu la divine liturgie solennelle de la plus grande fête de l’année. L’Eglise du pouvoir avait dépêché un évêque et deux diacres, et il y avait en tout et pour tout 11 laïcs, quand l’an dernier s’y pressaient des centaines de fidèles.On remarque aussi l’unique mini-cierge au milieu d’un chandelier qui devrait déborder de cierges.

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Le monastère Saint-Nicolas de Gornal a été repris par l’armée russe. Les Ukrainiens ont fait sauter plusieurs bâtiments avant de partir. Seule l’église est encore debout.

Il reste à chasser les Ukrainiens du village de Gornal pour que la région de Koursk soit enfin totalement libérée. Tout ce que les Ukrainiens auront gagné (en dehors de leurs milliers de morts et de leurs centaines de blindés hors d’usage) est que l’armée russe a franchi la frontière et occupe désormais une zone importante dans l’oblast ukrainien de Soumy.

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Pour la première fois, un train de conteneurs a fait le trajet Iekaterinbourg-Sebastopol en passant par les « Chemins de fer de Nouvelle-Russie », à savoir par Marioupol et Melitopol dans la République de Donetsk, donc sans utiliser le pont de Crimée : 3.000 km en moins de cinq jours.

C’est aussi important symboliquement qu’économiquement, car les chemins de fer russes sont désormais pleinement opérationnels dans les anciennes zones « ukrainiennes » ravagées par la guerre, et la continuité territoriale avec la Crimée est affirmée.

« Un nouveau type de transport de marchandises régulier par conteneurs est lancé. Il s’agit bien sûr d’une nouvelle étape de développement pour les Chemins de fer de Crimée et pour l’économie régionale dans son ensemble », souligne Mikhaïl Gontcharov, directeur général des Chemins de fer de Crimée.

Mardi de Pâques

Intónuit de cælo Dóminus, et Altíssimus dedit vocem suam : et apparuérunt fontes aquárum, allelúia.

Le Seigneur a tonné du haut du ciel et le Très-Haut a fait entendre sa voix : alors les sources des eaux ont paru, alléluia.

L’antienne d’offertoire de la messe de ce jour, par les moniales d’Argentan, sous la direction de dom Gajard qui écrit :

Assez extraordinaire pour un 4e mode, malgré les nombreuses cadences sur mi, est l’offertoire Intonuit de caelo, avec sa ligne inhabituelle, dès l’intonation, avec ses si bémol fréquents et l’importance donnée au fa, notamment dans la tenue dedit vocem qui aboutit franchement à une cadence en ré.

C’est pourquoi dom Johner dit carrément que la deuxième partie de la deuxième phrase (dedit vocem suam) « suit étroitement les formules du premier mode ». Il remarque aussi que la deuxième moitié de l’alléluia reproduit la fin de Dominus à la première phrase.