Mardi de la quatrième semaine de carême

En 2020 j’avais cité les leçons des matines, qui sont un extrait du commentaire de saint Augustin sur l’évangile. Voici la suite de ce commentaire.

Je le dis donc brièvement à votre charité : il me semble que par ces paroles : « Ma doctrine ne vient pas de moi », le Seigneur Jésus s’est exprimé dans le même sens que s’il avait dit : Je ne viens pas de moi-même. En effet, quoique nous disions et croyions le Fils égal au Père ; quoique nous reconnaissions qu’il n’y a entre eux aucune différence de nature et de substance ; quoique enfin l’éternité appartienne aussi bien au Fils engendré qu’au Père son générateur, nous disons, cette réserve faite et bien entendue : Ce qu’est le Père, le Fils l’est aussi : le Père n’existe pas sans le Fils, comme le Fils n’existe pas sans le Père. Le Fils est Dieu, et il vient du Père ; le Père est Dieu, mais il ne vient pas du Fils. Il est le Père du Fils, mais il n’est pas Dieu venant du Fils ; tandis que le Fils est le Fils du Père ; il est Dieu venant du Père, car on appelle Notre-Seigneur Jésus-Christ Lumière de Lumière. La Lumière qui ne vient pas de la Lumière, et la Lumière égale à la Lumière, et qui en vient, ne sont ensemble qu’une seule et même Lumière, et non pas deux Lumières.

Si nous avons bien compris, que Dieu en soit loué ; si quelqu’un n’a pas parfaitement saisi ces vérités, il est allé aussi loin que les forces humaines le lui ont permis, et il doit considérer ce qui surpasse son intelligence, comme l’objet de ses espérances immortelles. Pareils à des ouvriers, nous pouvons bien extérieurement planter et arroser ; mais à Dieu seul il appartient de donner l’accroissement. « Ma doctrine, dit le Sauveur, ne vient pas de moi, mais de Celui qui m’a envoyé ». Qu’il écoute le conseil du Maître, celui qui dit : Je n’ai pas compris. Car, après avoir dit cette grande et mystérieuse chose, le Sauveur Jésus vit bien que tous ne saisiraient pas un enseignement aussi profond ; il leur donna donc immédiatement un conseil. Veux-tu comprendre ? Aie la foi ; car le Seigneur a dit par la bouche du Prophète : « Si vous ne croyez, vous ne comprendrez point ». A cela revient ce qu’ajouta ensuite le Sauveur : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il saura de ma doctrine si elle vient de Dieu, ou si je parle de moi-même ». Qu’est-ce que cela : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu ? » Moi j’avais dit : Si quelqu’un croit, et j’avais conseillé de croire. Si tu n’as pas compris, je le répète, aie la foi ; car l’intelligence est la récompense de la foi. Ne cherche donc pas à comprendre, afin de croire ; mais crois, afin de comprendre, parce que « si vous ne croyez, vous ne comprendrez pas ».* Pour vous rendre capables de comprendre, je vous avais indiqué, comme moyen, l’obéissance de la foi, et j’avais dit que le Sauveur Jésus nous a recommandé le même moyen, dans la phrase suivante ; et néanmoins nous l’entendons nous dire : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il saura de ma doctrine ». « Il saura », c’est-à-dire il comprendra ; et ces paroles : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu », signifient : Si quelqu’un veut croire. Mais puisque ces mots : « Il saura », veulent dire comprendre, tous comprennent ; et ces autres : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu », signifiant la même chose que croire, nous avons besoin, pour mieux comprendre, que Notre-Seigneur lui-même nous instruise ; il faut qu’il nous dise si réellement l’accomplissement de la volonté de son Père est corrélatif à la foi.

Quelqu’un ignore-t-il qu’accomplir la volonté de Dieu, c’est faire son œuvre, ou, en d’autres termes, ce qui lui plaît ? Le Sauveur dit formellement ailleurs : « C’est l’œuvre de Dieu que vous croyiez en Celui qui m’a envoyé ». « Que vous croyiez en lui », et non pas que vous croyiez à lui. Si vous croyez en lui, croyez à lui ; mais quiconque croit à lui, ne croit pas par cela même en lui ; car les démons croyaient à lui sans croire en lui. Nous pouvons, de même, dire de son Apôtre : Nous croyons à Paul, et non pas, nous croyons en Paul : nous croyons à Pierre, et non, nous croyons en Pierre. « Lorsqu’un homme croit en celui qui justifie le pécheur, sa foi lui est imputée à justice ». Qu’est-ce donc que croire en lui ? C’est l’aimer, c’est le chérir, c’est tendre vers lui, c’est s’incorporer à ses membres, et tout cela, par la foi.

La foi, voilà donc ce que Dieu exige de nous, et voilà, néanmoins, ce qu’il ne peut trouver en nous, à moins qu’il ne l’y mette lui-même par sa grâce. De quelle foi est-il ici question, sinon de celle dont l’Apôtre a si bien tracé le caractère, quand il a dit : « La circoncision et l’incirconcision ne servent de rien ; la foi seule qui agit par la charité, sert à quelque chose ». Il ne s’agit pas d’une foi quelconque, mais de celle « qui agit par la charité ». Puisse-t-elle se trouver en toi, et tu auras l’intelligence de sa doctrine. Que comprendras-tu ? Que « cette doctrine n’est pas la mienne, mais qu’elle vient de Celui qui m’a envoyé » ; en d’autres termes, tu sauras que le Christ est le Fils de Dieu, qu’il est la doctrine du Père; il n’est pas à lui-même son principe, mais il est le Fils de Dieu.

* « Ergo noli quaerere intellegere ut credas, sed crede ut intellegas; quoniam nisi credideritis, non intellegetis. » C’est six siècles et demi avant que saint Anselme se rende célèbre par cette phrase qu’il a seulement recopiée et mise à la première personne. La citation sur laquelle s’appuie saint Augustin est d’Isaïe 7,9 selon la Septante. Elle avait été repérée dès Clément d’Alexandrie dans ses Stromates (IV, 21), qui l’applique à l’intelligence de l’Ecriture : « Qu’est-ce à dire ? Si vous n’avez pas foi en celui dont l’avènement a été prédit et figuré par la loi, vous ne comprendrez pas l’ancien Testament que le Sauveur explique par son incarnation. » Dans Isaïe c’est le Seigneur qui parle à Achaz par le prophète, et lui dit juste après : « La Vierge concevra… »

Le New York Times déballe…

Le New York Times a mené une enquête sur les dessous de la guerre en Ukraine, et il apporte diverses preuves que ce sont les Américains qui sont à la manœuvre depuis le début. Le changement de politique de la Maison Blanche n’est évidemment pas étranger à ces révélations…

Au printemps 2022, deux mois après le début du conflit en Ukraine, dit le journal, deux généraux ukrainiens se sont rendus secrètement de Kiev à Wiesbaden, en Allemagne, sous couverture diplomatique. Ils avaient pour mission de discuter avec le commandement américain en Europe du rôle des États-Unis dans les opérations militaires ukrainiennes contre la Russie. Cette rencontre était destinée à rester « l’un des secrets les mieux gardés », sur fond de crainte géopolitique majeure : la possibilité que Vladimir Poutine perçoive cette collaboration comme le franchissement d’une « ligne rouge » militaire.

À Wiesbaden, le général ukrainien Mikhaïl Zabrodsky a rencontré le général américain Christopher Donahue, ancien commandant des forces spéciales Delta. Un accord de coopération a été conclu, prévoyant notamment l’échange d’informations de renseignement, la conception stratégique et la planification d’opérations militaires ukrainiennes. Dans ce cadre a été créé le groupe opérationnel Dragon, chargé de fournir des données précises à l’armée ukrainienne, incluant des cibles situées en Crimée et sur le territoire russe hors de la zone directe des combats. Cependant, dès le départ, les États-Unis avaient refusé de soutenir les frappes ukrainiennes en territoire russe, s’abstenant également de fournir des informations permettant de cibler de hauts responsables russes. Néanmoins, l’administration Biden a progressivement levé plusieurs interdictions initiales, envoyant d’abord des conseillers militaires à Kiev, puis augmentant leur nombre à une trentaine, officiellement qualifiés d’« experts spécialisés ». Le groupe de Wiesbaden coordonnait également les frappes de missiles HIMARS, contrôlant même directement leur activation grâce à une carte électronique spéciale pouvant être désactivée par les Américains à tout moment. Lorsque des missiles à longue portée ATACMS ont été fournis à l’Ukraine, leur emploi restait limité à des zones frontalières spécifiques, bien que Kiev ait insisté pour les utiliser en profondeur sur le territoire russe. Toutefois, l’incursion ukrainienne malencontreuse dans la région russe de Koursk le 6 août 2024, effectuée sans accord américain, d’après le New York Times, a constitué une rupture secrète des limites convenues.

Ce n’était pourtant pas la première manifestation de leurs divergences. À mesure que le conflit en Ukraine avançait, le partenariat entre Washington et Kiev s’est fragilisé. Les Ukrainiens considéraient souvent les Américains comme trop autoritaires et soucieux de tout contrôler, tandis que les responsables américains s’étonnaient du refus de leurs homologues ukrainiens de suivre leurs « bons conseils ». Cette méfiance croissante a conduit Kiev à cacher de plus en plus ses intentions stratégiques à Washington, frustré par le refus américain de fournir certaines armes et équipements jugés cruciaux.

À la mi-2023, alors que l’Ukraine se préparait à une contre-offensive, la stratégie élaborée à Wiesbaden montrait ses limites. Même entre eux, les membres du régime de Kiev ne pouvaient pas trouver un langage commun. Volodymyr Zelensky et le commandant en chef Valéry Zaloujny n’arrivaient pas à s’entendre, ce qui affaiblissait davantage la coordination militaire. L’armée ukrainienne a dépensé beaucoup de forces pour reprendre Bakhmout, mais après plusieurs mois de combats, l’offensive avait échoué.

Par ailleurs, toujours selon le New York Times, les États-Unis ont finalement donné leur feu vert à une opération baptisée « Lunar Hail », visant à forcer le retrait des infrastructures militaires russes de Crimée. Cette opération combinait drones maritimes et missiles à longue portée britanniques et français (Storm Shadow et SCALP). L’objectif le plus symbolique était le pont de Crimée, lien stratégique entre la Crimée et la Russie continentale, véritable obsession de Kiev et ligne rouge pour Washington en 2022. Cependant, après de nombreuses discussions, la Maison Blanche a finalement autorisé les militaires américains et la CIA à préparer secrètement un plan d’attaque avec les Ukrainiens et les Britanniques pour détruire ce pont. Les missiles ATACMS devaient fragiliser sa structure, tandis que des drones maritimes viseraient ses piliers. Mais, face à un renforcement russe des défenses, les Ukrainiens ont décidé d’attaquer uniquement avec des ATACMS. Malgré les réticences américaines, la frappe a été menée durant l’été 2024.

Ces révélations du New York Times mettent en évidence une implication directe et profonde des États-Unis dans la conduite militaire ukrainienne, confirmant les déclarations répétées de Moscou accusant l’Occident de participation directe au conflit en Ukraine. Vladimir Poutine a, à plusieurs reprises, affirmé que Kiev n’était pas en mesure de mener des opérations sur le territoire russe sans l’appui direct des pays occidentaux. Le New York Times lui donne raison…

Un jury indépendant

Un jury de journalistes, indépendant, en Europe ? Ça existe encore ? Eh oui. Le prestigieux concours mondial de la photo de presse (World Press Photo), créé à Amsterdam en 1955 et toujours basé à Amsterdam, Pays-Bas, a attribué l’un de ses prix 2025 à un photographe de presse… russe, Mikhaïl Terechtchenko. Et non seulement russe, mais travaillant pour l’agence TASS. Et non seulement travaillant pour l’agence TASS, mais ouvertement favorable à la guerre en Ukraine et ayant salué la « libération » de Marioupol par l’armée russe…

Naturellement, ce prix a fait scandale. D’abord en Géorgie, parce que Mikhaïl Terechtchenko est récompensé pour ses photos des récentes émeutes géorgiennes : c’est donc un double scandale, puisqu’il s’agissait de protestations contre une élection soi-disant « sous influence russe ». L’opposition géorgienne hurle, suivie bien entendu par les Ukrainiens, et par les Occidentaux au courant de l’affaire.

World Press Photo a répondu : « Nous n’excluons aucun photographe, quel que soit son pays. (…) Nous faisons confiance au jury indépendant et à nos processus de jugement rigoureux pour garantir que la qualité visuelle et journalistique de toutes les photos gagnantes soit de classe mondiale. »

Pourquoi World Press Photo n’a-t-il pas informé le jury que le photographe travaille pour TASS ? « Le jury indépendant juge les œuvres de manière anonyme, sans connaître le nom des photographes ou des médias pour lesquels ils travaillent. Le principe est que le jury juge l’œuvre, et non la personne ou l’agence pour laquelle elle travaille. Nous appliquons nos règles de manière uniforme à toutes les candidatures, sans exception. »

Or de fait les 10 photos primées de Mikhaïl Terechtchenko sont remarquables. Et elles sont remarquables aussi en ce qu’elles montrent l’extrême violence des… manifestants. C’est pour avoir brisé ce tabou des gentils défenseurs de la démocratie confrontés aux sauvages policiers qu’on lui en veut d’abord, sans oser le dire.

« A la trappe ! »

Même si le Rassemblement national a abandonné presque tout ce qui faisait la spécificité du parti de Jean-Marie Le Pen, il semble qu’il fasse toujours aussi peur, pour qu’un tribunal se mêle de politique au point de déclarer inéligible la candidate en tête des sondages pour la prochaine présidentielle, en utilisant une procédure d’exception et d’exclusion qui fait fi de ce qui peut se passer en appel…

Et cela parce que le parti utilisait une partie du pactole européen qui lui était alloué pour payer des permanents étiquetés « assistants parlementaires ». Tous les partis ont fait cela, même si le Modem seul a été inquiété avant le RN. Tous plus ou moins, le RN plus que d’autres pour la raison qu’on lui refusait tout financement de campagne, par pression politique sur les banques.

Cette pratique était tacitement tolérée, jusqu’au moment où l’on a décidé de frapper le parti des Le Pen. Quand Ubu a dit : Le Pen à la trappe ! L’Ubu européen, le temple de la corruption au plus haut niveau, avec un déluge de fric qui inonde diverses mafias bien en cour (y compris hors UE, comme en Ukraine), mais qui sévit contre les intrus politiques. Comme en Moldavie, comme en Roumanie, comme on aurait aimé le faire en Géorgie, et en Allemagne l’AfD a échappé de peu à l’interdiction, et la prochaine victime est déjà désignée : Conor McGregor, en Irlande.

Ainsi va donc désormais la « démocratie » européenne. Un système qui a vécu, et qui s’effondre dans l’ignominie avec la complicité d’une justice partisane.