Dont acte

Il y avait une foule de dirigeants à la première messe officielle de Léon XIV, et aucun n’aurait imaginé être reçu en audience privée le premier jour du pontificat. Pourtant il y a eu une audience privée, et spectaculaire : celle de Zelensky.

Ainsi le pape a-t-il voulu montrer au monde que le dirigeant qu’il porte dans son cœur et qu’il soutient est l’ancien saltimbanque ukrainien devenu président (illégal depuis un an exactement) du pays le plus corrompu d’Europe, fabricant et marchand d’enfants, sanglante marionnette de la famille Biden et des dirigeants britanniques, adepte des « valeurs de l’UE » woke et LGBT, bourreau de son peuple qu’il détruit avec acharnement, dictateur qui a aboli les libertés politiques et médiatiques et a détruit des millions de livres pour la seule raison qu’ils étaient écrits en russe, persécuteur des orthodoxes au point de mettre des évêques en prison pour délit d’opinion, seul et unique président du XXIe siècle à avoir interdit une Eglise chrétienne…

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Zelensky a donné au pape une « icône » peinte sur des planches de caisses d’obus. En dehors du dessin général vu de loin, ce tableau n’a rien d’une icône. Ni par son procédé de fabrication, ni par ses motifs. En dehors de la très atypique Akhtyrskaya inventée au milieu du XVIIIe siècle sous influence occidentale, la Mère de Dieu a toujours la tête couverte de son maphorion. Les seules femmes à avoir la tête découverte sont les « repenties », d’abord Marie-Madeleine et Marie l’Egyptienne. On note surtout le délicat symbolisme de la Mère de Dieu sur une caisse d’obus…

Saint Pierre Célestin

La date de naissance de Pietro Angeleri, fils de pauvres paysans, va de 1209 à 1221 selon les sources. Il se fit ermite sur le mont Morrone, d’où le nom qu’on lui donna aussi de « Pietro del Morrone » ou « Pierre de Moron ». Sa réputation de grande sainteté lui attira des disciples, et il créa une branche bénédictine qui prit ensuite le nom de Célestins. Puis il se retira dans un autre ermitage. En juillet 1294 les cardinaux allèrent le chercher pour le faire pape. Il y avait 27 mois que le siège apostolique était vacant, et les cardinaux avaient fini par se dire qu’un saint ferait l’affaire. Pietro fut donc sacré évêque et couronné pape, sous le nom de Célestin V, malgré sa volonté. Il n’était pas du tout préparé à une telle tâche, et il fut effrayé par les intrigues politiques qui se tramaient à Rome. Au bout de cinq mois il démissionna et retourna à sa chère solitude.

On a raconté que le cardinal Caetani l’avait forcé à démissionner pour prendre sa place, et fait mettre en prison, où il mourut, et certains ajoutent : empoisonné. Le cardinal Caetani devint en effet son successeur sous le nom de Boniface VIII. Mais le reste relève de la légende noire. Plusieurs témoignages d’époque le prouvent, dont celui de Pétrarque :

« Je reviens à Célestin, dont l’abdication, joyeuse et spontanée, montre combien son élévation lui avait été pénible et forcée. J’ai entendu des personnes qui avaient été témoins, rapporter qu’il s’enfuit avec tant de joie et qu’il laissa apercevoir dans ses yeux et sur son visage des marques si sensibles de son contentement intérieur, quand il se retira du consistoire, libre et rendu à lui-même, qu’on eût dit non seulement qu’il venait de briser un joug qui pesait sur ses épaules, mais de retirer sa tête de dessous la hache fatale ; un éclat angélique brillait sur tout son extérieur. »

Il est établi que le cardinal Caetani avait conseillé dans un premier temps à Célestin V de ne pas démissionner, puis, comme le pape le voulait absolument, lui avait demandé de faire avaliser sa démission par le collège des cardinaux (d’où le consistoire dont parle Pétrarque).

De fait, Boniface VIII fit enfermer son prédécesseur dans la tour d’un château fort. Mais c’était pour éviter un schisme ourdi par des gens qui se réclamaient abusivement de Célestin V. On peut certes reprocher à Boniface VIII d’avoir confiné le saint dans une pièce très étroite. Mais quelques jours avant sa mort (le 12 mai 1296), il dira : « Je n’ai jamais eu de cellule où l’on put aussi bien prier. »

Célestin V fut canonisé dès 1313 par Clément V en Avignon. « Sancti Petri, confessoris, olim Celestini, papæ » : saint Pierre, confesseur, anciennement Célestin, pape. La fête de « saint Pierre Célestin, pape », fut instituée en 1668.

En Bretagne c’est la fête de saint Yves. Voir ici et là, et le plus célèbre cantique.

Dimanche de la Samaritaine

Dans la liturgie byzantine, ce dimanche est celui de la Samaritaine. Voici le doxastikon des vêpres, dans l’interprétation flamboyante de Mère Mariam Skorda.

Παρὰ τὸ φρέαρ τοῦ Ἰακώβ, εὑρὼν ὁ Ἰησοῦς τὴν Σαμαρείτιδα, αἰτεῖ ὕδωρ παρ’ αὐτῆς ὁ νέφεσι καλύπτων τὴν γῆν. Ὢ τοῦ θαύματος! ὁ τοῖς Χερουβὶμ ἐποχούμενος, πόρνῃ γυναικὶ διελέγετο, ὕδωρ αἰτῶν, ὁ ἐν ὕδασι τὴν γῆν κρεμάσας, ὕδωρ ζητῶν, ὁ πηγὰς καὶ λίμνας ὑδάτων ἐκχέων, θέλων ἑλκῦσαι ὄντως αὐτήν, τὴν θηρευομένην ὑπὸ τοῦ πολεμήτορος ἐχθροῦ, καὶ ποτίσασθαι ὕδωρ ζωῆς, τὴν φλεγομένην ἐν τοῖς ἀτοπήσασι δεινῶς, ὡς μόνος εὔσπλαγχνος καὶ φιλάνθρωπος.

Près du puits de Jacob / Jésus, trouvant la Samaritaine, lui demande de l’eau, / lui qui couvre la terre de nuées ! / Merveille, celui qui chevauche les Chérubins / converse avec une femme dépravée ; / il demande de l’eau, celui qui suspendit la terre sur les eaux, / il cherche de l’eau, celui qui remplit les sources et les étangs ; / mais en vérité il désire sauver la pécheresse du filet de l’ennemi, / l’abreuver d’eau vive pour éteindre les flammes de ses passions, / dans son unique bonté et son amour pour les hommes.

4e dimanche après Pâques

La liturgie de ce dimanche est très proche de celle de dimanche dernier : l’évangile évoque la tristesse des apôtres, il y a une semaine parce que Jésus leur annonce son Ascension, aujourd’hui parce qu’il annonce la Pentecôte, quand il ne sera plus là. Or tout cela baigne dans les chants de la joie pascale, joie de la Résurrection qui est début et prémices des joies éternelles.

La collecte, qui est une des plus belles de l’année par le rythme de son parallélisme final et de ses assonances, nous fait demander qu’au milieu des mundanas varietates, de tout ce qui change tout le temps en ce monde (dont parle aussi saint Jacques au début de l’épître), nos cœurs soient fixés là où sont les vraies joies :

ibi nostra fixa sint corda
ubi vera sunt gaudia.

La joie s’installe dès l’introït : Cantate Domino canticum novum alleluia. Et l’on peut mettre deux points après canticum novum : ce chant nouveau que nous chantons au Seigneur, c’est « Alléluia ».

Par les moines du Barroux en 1994 :

Cantáte Dómino cánticum novum, allelúia : quia mirabília fecit Dóminus, allelúia : ante conspéctum géntium revelávit justítiam suam, allelúia, allelúia, allelúia.
Salvávit sibi déxtera eius : et bráchium sanctum ejus.

Chantez au Seigneur un cantique nouveau, alléluia ; car le Seigneur a opéré des merveilles, alléluia, Il a révélé sa justice aux yeux des nations, alléluia, alléluia, alléluia.
Sa droite et son saint bras l’ont fait triompher.

Eurovision et collabos

Certes, la Russie est interdite d’Eurovision, pour la raison que l’on sait. Mais l’influence russe peut se cacher là où on ne l’attend pas. Ainsi l’agence de communication ukrainienne Top Lead a-t-elle publié le 13 mai un visuel indiquant pour qui ne pas voter aux demi-finales pour « éviter de soutenir indirectement la Russie ».

Il y a la candidate irlandaise, parce que l’auteur de la chanson est « russe » (ce qui est faux : les auteurs sont norvégiens, avec des noms norvégiens, comme la chanteuse d’ailleurs, dont on ne sait pourquoi elle représente l’Irlande). Il y a le candidat autrichien, parce que « l’artiste reconnaît s’être inspiré d’une femme russe ». Sic. Il y a le candidat arménien, parce qu’il s’est produit en Russie depuis 2022. Il y a la candidate géorgienne, parce qu’elle est favorable au parti au pouvoir, dit « pro-russe » alors qu’il n’a pas de relations diplomatiques avec la Russie. Il y a le rappeur estonien Tommy Cash, parce qu’il « promeut la nostalgie de l’URSS, n’a pas condamné la Russie et sa performance est dirigée par les Russes ».

Renseignement pris, Tommy Cash a bel et bien condamné « l’agression russe ». Mais son père est russe et il parle russe, le péché originel est bien là.

Cela dit, Top Lead a raté un gros poisson. Car le candidat qui fait scandale aujourd’hui chez les Baltes est le groupe letton Tautumeitas : il vient de donner une interview en… russe ! « Il est inacceptable que des interviews en russe soient diffusées sur des médias publics financés par les contribuables, en particulier dans le contexte du concours Eurovision », a déclaré le président du Conseil national des médias de Lettonie.

A propos de la Lettonie, on remarque aussi que le Théâtre russe de Riga a organisé un débat sur le thème : « Est-il éthique de jouer les œuvres de Tchékov et la musique de Tchaïkovski ? ». En coopération avec le programme de recherche de l’Etat letton « Vecteurs de cohésion sociale »… (Plus du tiers des Lettons sont russophones.)